La couverture des événements hier à Oradour-sur-Glane dans la presse allemande

Ratlos – c’est un mot allemand difficile à traduire. Mon dictionnaire ce matin propose « déconcerté, perplexe, désemparé » – « Rat » c’est un conseil et le mot veut dire tout simplement dépourvu de conseil, d’aide, sans que quelqu’un puisse vous aider à comprendre les choses. C’est le mot qu’emploie Der Spiegel ce matin pour décrire l’attitude du président allemand Joachim Gauck lorsqu’il s’est retrouvé dans l’ancienne place du marché du village détruit.

« Pourquoi les soldats allemands ont détruit ce village ? » a-t-il demandé. La réponse lui est venue de Robert Hébras, l’un des survivants: « ils l’ont fait, voilà. »

L’hebdomadaire rappelle que Joachim Gauck est le premier président allemand à se rendre dans ce lieu, comme c’était le premier à se rendre sur le site d’autres atrocités en Europe, en République tchèque et en Toscane.

« Cela aura duré six décennies, jusqu’à ce qu’un haut représentant de l’Etat allemand vienne ici dans ce lieu de la honte allemande, en dépit de l’amitié franco-allemande, en dépit des jumelages de nos villes, en dépit des échanges scolaires».

Justement, parce qu’il fallait attendre ce président, cet ancien pasteur, cet homme qui n’aime pas montrer ses émotions. C’est la seule attitude possible pour un président allemand qui ose venir ici, je cite, et Der Spiegel conclut en citant les propos prononcés à la fin de son discours par le président Gauck lui-même : « Les gens de mon pays ont appris beaucoup de ces événements, ils y ont puisé de la force pour faire de mon pays un bon pays ».

En dehors des journaux français et allemands, la presse européenne couvre-t-elle les évènements à Oradour ?

Très peu de couverture de ces évènements, et pas de papiers importants là-dessus, juste des brèves. Mais ce qui est intéressant, c’est de voir comment même aujourd’hui, journée banale, la Seconde guerre mondiale laisse toujours ses traces dans la presse de notre continent, et souvent de façon inattendue.

En Suisse par exemple, il y a tout un papier dans Le Temps sur « Carl Lutz ou la diplomatie courageuse, l’homme qui sauva les Juifs de Budapest ». Lors de son affectation à Budapest au début des années 40, le vice-consul de Suisse a mis au point une stratégie ayant permis de sauver la vie à plus de 62.000 Juifs, en délivrant des laissez-passers et en plaçant des bâtiments sous protection helvétique.

Quasiment tombé dans l’oubli depuis, une exposition dans sa ville natale, Walzenhausen, en Appenzell, lui est consacrée en ce moment.

Aujourd’hui seulement, la légende Carl Lutz enterrée pendant cinquante ans, renaît, dit le journal, "car à son retour de Hongrie, le diplomate a été réprimandé par Berne pour avoir outrepassé ses compétences".

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est une autre forme d’hommage qui lui sera rendue. Hollywood prépare un film intitulé Walking with the Enemy , marchant à côté de l’ennemi, un portrait d’Elek Cohen, jeune Juif membre du cercle de Carl Lutz, qui infiltra le camp nazi pour mieux le combattre et qui raconte justement cette histoire. La sortie est prévue cet automne.

La Seconde guerre mondiale laisse ses traces plutôt inattendues dans la presse britannique

C’est la Une de toute la presse populaire, The Sun, The Mirror.. Russel Brand, l’un des comiques les plus en vogue mais, c’est le moins que l’on puisse dire, les plus polémiques en Grande Bretagne, a été viré d’une soirée de remises de prix hier.

Pendant son discours, il s’en est pris avec des plaisanteries pour le moins douteuses, sur les sponsors de la soirée Hugo Boss, dont il a rappelé qu’ils étaient à l’origine des uniformes allemands, en mettant par exemple son doigt sous le nez façon moustache d’Hitler et en étendant le bras pendant qu’il parlait, devant un parterre déconcerté. Son discours fut interrompu et il a été très rapidement éjecté de la soirée qui a ensuite dégénéré avec des discours et des insultes de tous genres. Les représentants d’Hugo Boss qui avait dépensé 250.000 livres pour sponsoriser la soirée étaient « outrés ».

Et puis même dans les pages arrière des journaux, la Seconde guerre mondiale toujours, mais avec une histoire encore plus curieuse __

Une petite histoire, mais présente aujourd’hui encore. The Telegraph publie un article ce matin sur le courage d’un chien, qui a reçu la médaille bleue, médaille de faits de guerre réservée aux animaux. La récipiendaire est un grand danois du nom de Juliana et l’on vient seulement de retrouver sa médaille dans les vieux cartons d'une vieille maison de Bristol. Qu’a-t-elle fait ? Pendant le blitz de Londres, en 1941, une bombe incendiaire est tombée sur la maison de ses maîtres, et avant qu’elle n’explose, la chienne a eu la bonne idée de « cock its leg to it »– de soulever la patte et d'uriner dessus.

Pour cet acte de bravoure la chienne a reçu cette médaille d’une valeur aujourd’hui estimé à 1100 livres sterlings. The Telegraph cite le commissaire priseur responsable de la vente aujourd'hui :« on peut supposer que Juliana avait une très grande vessie ».

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