La Syrie toujours à la Une de tous les journaux, notamment de la presse russe ce matin

Je guette les Unes et commentaires russes depuis le début de la semaine. C’est assez bizarre, la Syrie n’était pas à la Une d’Izvestiadepuis lundi, et le journal de Moscou titre aujourd'hui sur le droit des détenus russes à quitter provisoirement leur prison pour se rendre aux obsèques de membres de leur famille.

Il y a tout de même des articles sur l’initiative russe de mettre l’arsenal chimique syrien sous contrôle international – le journal de Moscou affirme que les anti-al Assad, ou « l’opposition syrienne » en VO, juge inacceptable la proposition russe. Izvestia insiste ensuite sur les contradictions au sein de l’Union européenne à propos de la Syrie. « Tout est loin d’être clair, car plusieurs pays, notamment la Grande Bretagne et l’Allemagne, auraient aidé Bashar al Assad à constituer son arsenal chimique, alors qu’auparavant, tout le monde jetait la pierre à l’Iran et à nous autres Russes ».

Dans l’UE justement, les journaux rivalisent de métaphores, en attendant de savoir ce qui se passera par la suite

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung parle d’un jeu de ping-pong, et donne la parole ce matin un à ancien diplomate berlinois chargé en 2005 par l’ONU de négocier avec les Syriens. « Ils sont les maîtres passés de la valse hésitation, jouant avec le temps, ils donnent, puis retirent, puis reportent les choses ».

Le Süddeustche Zeitungvoit Bashar al Assad comme un « dirigeant solitaire qui vit dans un monde parallèle », puis met à sa Une, un peu bizarrement pour le journal bavarois, la dernière manifestation anti-guerre au Brésil.

A Londres, The Independent se demande si la proposition russe est « une ruse » ?

The Timesdans son éditorial exige ce matin, s’il vous plaît, une « reality check » – revenons aux choses réelles, surtout aujourd’hui, le 11 septembre, jour anniversaire sombre s’il en est, « n’oublions pas, que le jihadisme constitue le danger le plus immédiat pour l’occident. Douze ans après, Obama redoute un monde en guerre, mais lui et ses passagers européens doivent prendre le monde comme il est, et ce monde n’est pas encore sorti de l’ombre de l’ex World Trade Center ».

The Guardiandonne la parole à l’un des plus grands correspondants de guerre anglais __

John Pilger couvre les guerres du monde depuis 50 ans. Le ton est nettement plus anti-américain que tout ce que j’ai trouvé dans la presse russe par exemple.

Pour illustrer sa tribune ce matin, il publie la photo d’enfants dont les difformités sont le résultat de dioxine envoyée par les Américains pendant la guerre du Vietnam. « Sur mon mur de journaliste », dit-il, « est accrochée en permanence cette photo datant du 5 septembre 1945 avec la une de l’époque (…) c’est un avertissement pour le monde ».

Aujourd’hui encore, on vit les conséquences de cet autre crime contre l’humanité que fut la bombe atomique sur Hiroshima. Depuis des décennies, le militarisme américain se camoufle en démocratie, le psychodrame actuel avec la Syrie le montre à nouveau. La grande chose dont personne ne parle, the great unmentionable, conclut John Pilger, « est que le plus grand ennemi de l’Humanité est là –de l’autre côté de l’Atlantique ».

Incroyable mais vrai, devinez qui fait toujours la Une de la presse italienne ? Berlusconi et le pape !

Tout un débat en Italie pour savoir si il Cavaliere doit rester sénateur ou non, avec reports de débat, menaces de démission, intervention du président du Conseil et tutti quanti.

Le seul journal où il n’est pas à la Une c’estLa Reppublica qui donne la parole au pape François, qui écrit une lettre à tous ceux qui ne croient pas en Dieu. « Le temps est venu de faire un bout de chemin ensemble avec les non croyants, car Dieu pardonne à tous ceux qui suivent leurs propres consciences ».

Si tout va mal on peut toujours se consoler en se disant – au moins on n’est pas Bulgare car, ce sont eux les plus malheureux de l’Europe

Ceci selon leur propre journal Troud à Sofia. "Les Bulgares sont super malheureux", c’est la Une. Dans le Rapport mondial sur le bonheur (World Happiness Report) publié cette semaine, la Bulgarie pointe à la 144ème place sur 156 pays du monde. Pays le plus malheureux d’Europe, elle ne devance que des pays pauvres d'Afrique ou, pour revenir à la substantifique moelle de cette revue de presse… la Syrie.

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