Depuis 20 ans que je fais la revue de presse européenne sur France Inter, je n’ai jamais vu une telle couverture d’un seul évènement en France, d’un évènement tout court.

Les unes, les premières pages, les pages d’après. D’innombrables éditoriaux émouvants ou des centaines de photos qui racontent de petits gestes poignants, captés au gré du hasard dans les cortèges. A la limite, vous connaissez les journaux dont je parle tous les jours. Il suffit de cliquer sur n’importe quel site. Pour une fois, nul besoin de Google translator pour saisir l’émotion de tout un continent.

Quelques images ou mots frappants

Peut-être Angela Merkel, visiblement bouleversée, sur le perron de l’Elysée hier à la une de Die Welt . Peut-être la vue panoramique des 44 chefs de gouvernement, épaule contre épaule, sur celle de Bild . Peut-être la façon dont le Süddeutsche Zeitung reprend le slogan très émouvant pour un lecteur allemand associé aux défilés qui ont mené à la chute du mur de Berlin pour dire que hier, à Paris, « c’était eux, le peuple » . Puis des axes poignants. La Libre Belgique montre le moment où Benjamin Netanyahou a remercié l’employé musulman du supermarché casher, Lassana Bathily, qui a sauvé la vie à plusieurs clients. De Telegraaf montre le vice premier ministre néerlandais hier soir dans une synagogue d’Amsterdam, pour montrer sa solidarité avec les juifs des Pays-Bas. Ou les 18 mille berlinois sous une pluie battante devant l’ambassade de France, les 20 mille contre la haine à Bruxelles, ou ceux qui ont complètement bloqué O’Connel Street, la principale rue de Dublin dans la presse sur place.

Le ton est unanime dans les journaux européens

La vaste majorité des journaux se rangent derrière l’avis de l’éditorial de La Repubblica : « les terroristes confisquent leur Dieu pour massacrer des êtres humains ».

Quelques éditoriaux qui vont plus loin : The Times , tout en applaudissant la résistance française, c’est sa une, rappelle que la semaine dernière 2 mille personnes ont été tués par Boko Haram dans la vielle de Baga au nord-est du Nigéria. Tôt ou tard, il va falloir agir.

Tribune qui sort du lot dans The Guardian aussi : « En tant que société nous sommes responsables des conditions qui ont vu naître ces jeunes hommes dangereux ». Si nous voulons que d’autres soient moins remplis de haine, il va falloir sortir d’un débat trop polarisé où tout est toujours en noir et blanc. En tout cas, un journaliste du Telegraph est allé, pendant la manif, dans les rues de Gennevilliers hier après-midi, et n’a eu aucun mal à trouver un jeune barbu de 20 ans qui se félicitait des actes commis par les frères Kouachis.

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