Le vent a tourné dans la presse européenne

Jusque-là, depuis des mois, les journaux semblaient persuadés qu’on allait bricoler un arrangement avec la Grèce. Ce matin le Grexit semble une issue plus probable, et ses conséquences dramatiques . Comme l’explique dans le Guardian Timothy Garton Ash, « même, même ! si vous vous en fichez du peuple grec, s’il quitte l’euro, le continent entier sera secoué ».

Des exemples concrets

Un défaut de paiement de la Grèce coûterait 609 euros à chaque Belge sur les montants prêtés à Athènes . Le Soir de Bruxelles sort sa calculette.

« Neuf milliards d’euros rien que pour l’Autriche » selon celle de Die Presse persuadé désormais que l’on ne peut repousser indéfiniment une solution jusqu’au jour de la saint glinglin.

LeFrankfurter Allgemeine Zeitung annonce le début du « euro blame game » , chacun reprochant à l’autre d’être le coupable de la crise , et voit un clivage entre le leader du SPD et la chancelière, clivage qui met la grosse coalition sous pression.

Le Süddeutsche Zeitung est persuadé qu’il y aura bientôt « des contrôles dans les mouvements de capitaux depuis la Grèce » . Mario Draghi essaie de rassurer les lecteurs du journal financier italien 24 ore que la Banque Centrale, qu’il dirige, a quelques instruments pour gérer au mieux « un default » . Un défaut ? The Independent parle plutôt d’un « catastrophic debt default ».

Qu'en dit-on en Grèce ?

Alexis Tsipras a affirmé que les créanciers ont « pillé » la Grèce depuis cinq ans, et le verbe, traduit dans pas mal de langues, a des allures de goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les lecteurs de Bild , le journal populaire allemand, seront bouche-bée, une fois de plus mis à rude épreuve par « le turbulent ministre des finances grec Varoufakis qui appelle la chancelière à diriger la situation, quand elle sait que c’est justement ça qu’elle essaie de faire depuis belle lurette ».

Sur place à Athènes tout a été dit déjà peut-être - ce qui conduit To Vima à titrer avec une simplicité époustouflante que « la Grèce fait face à une crise financière, politique et nationale » .

En Suisse, hors l’Union Européenne, La Tribune de Genève a lu les traités. « La Grèce sortant de l’euro ? Mais ce n’est pas prévu ! » , c’est la Une du journal, le tout suivi d’un point d’exclamation un tantinet espiègle.

En Italie, la France est de plus en plus critiquée à propos du blocage de la frontière à Vintimille

« La France entière parle comme Madame le Pen », c’est l’éditorial très remonté de La Stampa , surtout contre Manuel Valls, lui-même issu de l’immigration, qui ferme les frontières. Le journal turinois parle de la

« lepenizzazione degli spiriti, come si dice in francese ». « Celui qui voyage souvent entre Turin et Paris par le train sait qu’à Modane, la police française arrive et demande des documents, non pas à nous, Italiens, mais à ceux qui ont d’autres origines sur leurs visages. La France prétend que Schengen est respecté. C’est douteux. La dignité de l’Europe en tout cas pas du tout », fin de citation.

Puis la photo la plus choc est à la une du Tageszeitung ce matin avec des dizaines de sacs poubelles devant la porte de Brandebourg, remplis de cadavres artificiels dans une action entreprise par l’association « le Centre pour la beauté en Politique », pour rappeler aux Berlinois et autres touristes la présence symbolique de tous ceux noyés en Méditerranée.

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