J'ai failli avoir un malaise ce matin en lisant le Frankfurter Allgemeine Zeitung

C’est toujours le premier journal que je lis. Il vaut mieux en effet ne pas être cardiaque à 3h du matin quand on tombe sur la une : « Der Krieg ! » « C’est la guerre ! » , et surtout lorsque l’on apprend que dans la seule journée d’hier, un million et demi de Belges se sont réfugiés aux Pays-Bas face aux avancées des troupes allemandes, avant de découvrir évidemment que le journal est daté du 16 octobre non pas 2014 mais 1914.

Il suffit de cliquer pour télécharger en PDF le journal entier de l’époque.

Revenons 100 ans en avant, en 2014

Mais restons à Francfort où l’on constate, une fois de plus, dans le Frankfurter Rundschau cette fois-ci, des signes que cela ne va pas très bien en Allemagne.

« Les bisbilles de la coalition », c’est la une, avec des députés du parti d’Angela Merkel reprochant à leurs partenaires de gauche d’être responsables du « Abschwung », mot difficile à traduire, le mouvement vers le bas de l’économie. Difficile en tout cas d’imaginer un sourire plus « vers le bas » que celui arboré par la chancelière juste en-dessous de la une.

Comment la presse européenne réagit-elle aux mesures annoncées hier par Emmanuel Macron ?

De façon tiède, et il faut les chercher dans les pages intérieures. El Pais annonce sans conviction que la France étreint la « liberalización económica ».

Un seul journal y consacre son principal éditorial,le Neue Zürcher Zeitung sous le titre onomatopéique de « Reformstau », grand embouteillage dans les réformes . Les mesures touchant les pharmaciens et les notaires, ou encore la nouvelle transparence sur les couronnes dentaires sont tout sauf convaincantes et « kleinkariert », de petite taille. Cela prêterait à rire, dit le journal zurichois, pas franchement habitué à proposer de franches rigolades dans ses colonnes, mais la situation en France est tout sauf « amüsant ».

Toujours en Suisse, Le Temps voit carrément « La fin du président » dans une tribune . Depuis un demi-siècle, la position, le rôle et l’image du chef de l’Etat français n’ont cessé de se dégrader. François Hollande est l’incarnation la plus aboutie de ce déclin.

Plus conciliateur, Publico au Portugal, qui compatit avec le désir français de ne pas céder, en matière de déficit, aux diktats de Bruxelles . « Seule une interprétation ultra-orthodoxe des engagements européens pourrait conduire à une confrontation entre la Commission Européenne et l'Etat français », confrontation très peu probable, bien entendu, conclut le journal lisboète.

Autre signe du malaise allemand : les trains

Le Berliner Morgenpost montre la gare de Friedrichstrasse en plein milieu de la capitale comme on ne l’avait jamais vue : vide, suite à la grève, rarissime, des cheminots en ce moment.

Die Zeit est moins énervé et prend note des derniers tweets horrifiés du porte-parole des chemins de fer suisses, qui vient de faire un séjour dans les gares allemandes. Que dire quand on constate chez nous tous ces retards indéfinis, ces gares bondées, ces passagers urinant partout, et dans les Imbiss, ces points de vente de snacks sur les quais, un chili con carne servi non pas avec couteau et fourchette mais avec une petite cuillère à café en plastique blanc ?

Les Suisses sont des êtres définis par leurs chemins de fer, Zugmenschen, rappelle Die Zeit ,- que conclure d’autre quand ils viennent chez nous qu’ils ont pris un aller simple le purgatoire ferroviaire ?

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