Le ton monte nettement dans la presse européenne après le discours de Poutine au Kremlin hier

« La Russie agit comme un voyou », le Aftonbladet à Stockholm ne mâche pas ses mots à sa Une . La situation actuelle rappelle à l’éditorialiste des scènes dans La Fureur de Vivre, notamment les défis de voitures prisés par les immigrants russes aux Etats-Unis dans les années 50. Deux conducteurs foncent l’un vers l’autre à grande vitesse, pour voir le premier à être la poule mouillée, tournant le volant pour éviter le crash. C’en est ainsi avec la Russie actuelle. Après la Crimée, c’est qui ? L’Estonie ? La Lettonie, après tout, il y a pas mal de Russes qui y vivent, rappelle le journal suédois.

A Varsovie, la Gazeta Wyborcka a frissonné hier en écoutant le discours de Poutine qu’il résume ainsi : « Poussez-vous de là, je fais ce que je veux. » La Crimée n’est que la première étape dans les rêves de puissance mondiale, prévient le journal polonais.

En Allemagne, le mot choisi par le Frankfurter Allgemeine Zeitung dans son éditorial__ n’est pas innocent– le président russe rapatrie la Crimée dans « l’empire » russe, insReich . Le Seigneur du Kremlin est loin d’être repu, suivant désormais les impératifs de sa propre propagande.

The Times, à Londres, a eu froid dans le dos, regardant la chaîne d’information russe RT, diffusée en anglais depuis Moscou, lorsqu’un présentateur a rappelé que la Russie est le seul pays au monde capable de réduire les Etats-Unis en cendres radioactives. Le tout avec au fond du plateau l’image d’un champignon nucléaire.

En Russie bien entendu, le ton est différent

Nezavissimaya Gazeta parle du Fulton de Poutine, faisant le pendant avec le discours prononcé par Winston Churchill en 1946 contre l’expansionnisme soviétique de l’après-guerre. Le journal note que Poutine a qualifié de « traîtres à la nation » et de «cinquième colonne» tous ceux qui sont en désaccord avec lui.

Toujours à Moscou,Izvestiaétonnera toujours, avec sa Une pas du tout sur la Crimée, mais consacrée à l’introduction des polygraphes pour détecter des cas de corruption dans l’industrie automobile . Si la Crimée n’est pas à la Une, c’est peut-être parce que c’est rentré déjà dans les faits. La preuve, un entretien dans le même journal avec l’ancien maire de Moscou, Yuri Mikhailovich, « ami de Sébastopol » de longue date. A la question « Pensez-vous que les entreprises russes peuvent désormais investir en Crimée sans crainte ? », M. Mikhailovich parle avec enthousiasme d’un de ses vieux dadas, le projet de pont de Kerch reliant la péninsule à la Mère Patrie, et qui serait comme une pipeline apportant à la Crimée l’eau, le gaz et l’électricité dont elle a besoin.

L’ancien maire de Moscou voit de grandes possibilités en matière de tourisme, de loisirs (il y a des parcs d’enfants merveilleux qu’il faudrait réaménager, dit-il), puis avoue qu’en tant qu’apiculteur amateur, il ne serait pas contre le fait d’acheter lui-même quelques ruches en Crimée. J’en ai déjà 300, dit-il, mais celles de la Crimée sont très intéressantes, vu le climat chaud sur place…

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.