La dernière tragédie en Méditerranée est partout dans la presse européenne

Jusque-là, les journaux parlaient de façon étonnamment timide de ce problème. Aujourd'hui, avec ce nouveau naufrage et plus de 700 disparus, toutes les unes y sont consacrées. C’est la première fois depuis des mois par exemple que Ta Nea , à Athènes, ne titre pas sur la crise grecque, constatant ce matin que « la Méditerranée, notre mer commune, est devenue un effroyable cimetière ».

Premiers concernés, les Italiens

« L’hécatombe », le même mot est partout à la une. Tous les journaux publient le témoignage d’un survivant du Bangladesh à propos de ces nombreux passagers enfermés dans la cale par les passeurs, avec aucune chance de survivre au naufrage.

Les réactions sur place sont multiples, de la polémique déclenchée par la Ligue du Nord qui exige un blocage naval, au Pape qui a rappelé hier que nous avons affaire à des êtres humains qui fuient la pauvreté et la guerre. Il est grand temps que l’Europe comprenne que cette crise est non seulement italienne mais continentale, plaide l’éditorial de la Stampa , une fois de plus. « Il faut surtout neutraliser les mafias ethniques qui non seulement organisent ces voyages, mais qui aident ceux qui survivent à échapper des centres d’accueil et passer vers le nord de l’Europe, insiste le journal turinois ».

Puis à Malte, The Times of Malta cite à sa une le premier ministre du pays horrifié que les patrouilles maltaises essaient en vain d’identifier quelques survivants parmi les cadavres qui flottent dans la mer.

Ailleurs en Europe, comment réagit-on ?

Pour La Vanguardia à Barcelone c’est la pire tragédie qui frappe la Méditerranée depuis la Seconde Guerre Mondiale.

ABC à Madrid trouve que la responsable des Affaires étrangères de l’Union Européenne a dit « plus jamais ça » un peu trop de fois déjà.

The Independent britannique parle aussi de l’heure la plus sombre pour L'Union Européenne tandis que Die Presse en Autriche trouve que cette tragédie constitue une honte pour notre conception de notre humanité commune.

En Allemagne, le Tageszeitung prévient qu’il faut cesser de croire qu’on peut indéfiniment tenir à l’écart tous ceux qui veulent venir chez nous.

Le Süddeutsche Zeitung , est d’accord – on ne peut laisser la Grèce et l’Italie gérer la situation toutes seules – si l’Europe est une communauté de valeurs, il faut se mobiliser autour justement de ces valeurs…

Un témoignage qui sort du lot dans The Irish Times

Celui, glaçant d’un passeur, un trafiquant en vies humaines. Comme dit le journal irlandais, Ahmed, ce n’est pas son vrai nom - interviewé à Tripoli dans un café, dos à la mer. Evoquant la somme de 10.000 dollars le voyage, il dit faire tout pour assurer la sécurité des passagers et prévient que tant que perdurent les crises du continent africain, it’s not going to stop, tout cela ne va pas s’arrêter. Même chose pour un infirmier érythréen dans un centre d’immigrés à l’est de Tripoli. Face à la dictature dans notre pays, l’échec des pays voisins et des organisations internationales, si personne ne nous aide, notre seule option demeure d’aller voir les passeurs.

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