La tragédie en Méditerranée continue de dominer très largement la presse européenne

Une photo surtout, sur la première page d’une dizaine de journaux dans des pays différents, est plus éloquente que les dizaines d’éditoriaux que j’ai lus. C’est celle d’une femme qui a survécu sur une plage de Rhodes hier, dans les bras d’un secouriste grec. A quelques mètres d’elle, un bébé qui est mort. Même The Daily Mail qui passe son temps à pester à bas mots contre les migrants économiques en Grande-Bretagne, trouve cette photo « heart breaking » - « à vous fendre le cœur ».

Vous étiez vous-même à Malte ce week-end

Cela fait évidemment les grands titres sur place, et les ressources de ce petit pays sont inadéquates pour faire face à tant de scènes d’horreur. « Y a-t-il une solution ? » se demande le Times of Malta, « à cette crise humanitaire sans précédent qui se joue dans nos propres eaux territoriales ? Rappelons qu’il y a 4 millions de Syriens qui ont fui une guerre civile atroce, juste en face de chez nous. Pendant ce temps, l'Union Européenne atermoie. Les tentatives de solutions sont marquées par des mots vides et de la fausse compassion face à des scènes horrifiantes. Il faut que les responsables à Bruxelles cessent pour une fois de parler de la sortie de l’euro de la Grèce, même de l’Ukraine, et qu’on trouve une solution à cette épouvantable crise humanitaire qui échoue sur nos plages ».

Le ton est tout aussi grave dans la presse italienne

Les témoignages sont épouvantables, même constat sur les unes : « pour survivre, certains rescapés des naufrages se sont raccrochés à des cadavres flottant dans la mer ». « Là où l’humanité cesse », titre l’éditorial du Corriere della Sera qui rejoint le journal maltais. Ces tragédies infâmes sont une preuve d’une autre triste réalité, l’absence totale d’Europe. La miséricorde (la pietà) l’indignation, la consternation du monde entier augmentent avec chaque nouvelle étape dans la barbarie et de jour en jour cela devient de plus en plus intolérable de voir ce crescendo dans l’horreur. La Stampa , à Turin, ne trouve même pas de mots ce matin devant cette tragédie « inqualificabile », « inqualifiable ».

Témoignage dans The Guardian...

…D’un Libyen qui est passé il y a quelques années par Lampedusa, pour s’installer à Berlin. A de nombreux moments, enfermé dans un centre d’accueil, sans papier et sans espoir d’un travail ou d’une vie, il s’est demandé si c’était possible que les choses ici soient pire que sous la dictature de Kadhafi. « Quand je suis parti de Tripoli, je n’avais aucune idée des dangers qui m’attendaient. J’avais été une fois dans un bateau dans ma vie. Je ne sais même pas nager ».

On termine avec un papier intéressant dans le Svenska Dagbladet à Stockholm

L’une des journalistes les plus connues du quotidien compare ce qui se passe en Méditerranée avec des évènements d’une autre époque dans la mer baltique, cette belle bleue où des millions de Suédois nagent et bronzent chaque été. Elle aussi, jadis, a été un cimetière. « Mon père et 40.000 autres personnes ont fui la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie jusqu’en Suède pour échapper à la terreur stalinienne. Pour eux aussi notre mer fut synonyme d’espoirs mais de désespoir. 2.000 personne ont péri, noyées, pour lesquelles les déportations, les persécutions n’ont donné comme seule issue de se lancer dans les vagues ».

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