L’Allemagne tourne-t-elle le dos à l’Ouest ?

Article très intéressant ce matin à la une de Die Welt . Que ce soit dans l’affaire Snowden ou plus récemment l’Ukraine, beaucoup de prises de position de Berlin font preuve – et surgit de la langue allemande un mot composé qui dit tout « Entwestlichung » – désoccidentalisation, en gros. L’article trouve des similitudes avec l’ambiance juste avant la première guerre mondiale et cite le héros d’une nouvelle de Thomas Mann, Tonio Kröger, qui se trouvait déjà à l’époque entre deux mondes. Je ne suis pas à la maison ni d’un côté ni de l’autre, du coup, je ne me sens pas bien. Die Welt non plus ne se sent pas bien avec, je cite, ces étranges coalitions qui se forment dans notre pays entre extrémismes de droite et de gauche, critiquant le totalitarisme à l’Ouest et lorgnant Moscou. L’Allemagne est assise au milieu, entre le pire et le plus mauvais, cherchant sa troisième voie dans une fuite en avant vers l’absence de sa propre identité.

Un plaidoyer inattendu dans The Guardian

Tellement inhabituel que je peux dire que je n’ai jamais vu un papier de ce genre dans la presse britannique, exhortant la France et l’Allemagne à reconstruire leur relation, ceci pour le bien de l’Europe. Le tout sous la photo d’Helmut Schmidt et de Valéry Giscard d’Estaing. Jamais le projet européen n’a été autant menacé par l’indifférence, par l’hostilité et par le rejet pur et simple. Certes ce n’est pas une histoire d’amour entre les deux pays. La France n’a jamais vraiment digéré la réunification allemande, et l’Allemagne se méfie toujours des velléités paternalistes de la grande nation, mais si elles ne se redonnent pas la main, nous pouvons dire Adieu, Auf Wiedersehen et Goodbye à la vision historique de l’intégration européenne.

L’Europe des bisbilles

Hier le parti indépendantiste UKIP a sorti ses affiches pour les élections européennes, pestant contre tous ces travailleurs de l’Union Européenne qui viennent vous piquer votre travail. La presse se délecte ce matin de l’embarras du leader même du parti, le turbulent Nigel Farage, et dont l’épouse, - moi-même je ne le savais pas jusqu’à hier - qui travaille comme sa secrétaire personnelle – est allemande ! "Alors Mr. Farage, votre femme européenne pique le boulot à qui au juste ?" The Independent n’est pas seul à le titiller. Réponse pour le moins évasive de l’intéressé - il n’y a qu'elle qui accepte de répondre à mes nombreux e-mails de soutien à minuit et qui me supporte.

Bisbilles aussi dans l’extrême droite néerlandaise à la une du Volkskrantce matin. L’un des proches collaborateurs de Geert Wilders démissionne, en disant qu’à force de vouloir s’approcher des partis traditionnels, un vote pour le parti de la Liberté devient un vote à gauche. Et pendant ce temps les Femen avec leurs moustaches hitlériennes défilent top-less à Paris:leur façon particulière de protester contre l’épidémie fasciste en Europe. Diario de Noticias à Lisbonne, qui titrait beaucoup sur les vibromasseurs récemment, n’hésite pas à publier sur sa première page l’album photo choc du défilé.

L’Ukraine n’est plus à la Une, remplacée par des titres plus « paroissiaux »

Les Unes allemandes sont plutôt accaparées par les nids de poule, 70% des rues berlinoises en ont selon le Berliner Zeitung, avec un nouvel impôt sensé les réparer et dont la curieuse configuration sémantique en VO une fois de plus, laisse supposer son impopularité – Schlaglochsteuer. J’ai rarement vu le journal madrilène ABC aussi furieux que ce matin après avoir constaté que les autorités catalanes auraient été jusqu’à falsifier une gravure datant de 1692 de l’artiste français Pierre Aveline, exposée actuellement à Madrid. On aurait ainsi recoloré le drapeau d’un bateau pour laisser sous-entendre qu’il était espagnol et qu’il attaquait le port de Barcelone.

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