Evidemment,la victoire d’Angela Merkel, et on feuilettedoncla presse allemande

C’est un résultat-super ! Comme c’est beau. Angie, Angie, Angie, au siège de son parti, le CDU, ses supporters scandent son nom comme à un match de foot. C’est la première page du Frankfurter Allgemeine Zeitung, lequel, comme vous le savez, n’est pas connu pour sa légèreté de ton. A Munich, le Süddeustche Zeitung titre sur l’ère du Merkelisme et son éditorial est plutôt préoccupé par des soucis d’ordre lexical autour du mot « triumphator », qui jusque-là ne s’est jamais décliné au féminin – le journal propose « triumphantin », « vainqueuse », « vaincatrice », ou « vainqueure ».

Le Berliner Morgenpost voit la chancelière détendue, heureuse, rayonnante avec le meilleur résultat depuis 20 ans rejoignant les rangs d'Adenauer, comme chancelier champion.

Le journal populaire Bild titre sur la victoire phénoménale, où la question déterminante ne concernait pas les impôts, la justice ou l’euro. Juste : en qui avez-vous confiance ?

On imagine que les journaux plus à gauche sont moins euphoriques ?

Le Tageszeitung n’est pas content : « Tout, chez Merkel reste dans le domaine de l’approximatif. Elle a le don d’ouvrir la voie à tout ce qui? de toute façon arrivera bien un jour, tôt ou tard. C’est pas nouveau que la majorité de nos compatriotes fuie toute polémique et se précipite sur le consensus mou, mais que l’on continue à élire Merkel comme notre reine est fâcheux. Elle a fait sienne la politique du paternalisme mou mêlé d’un opportunisme machiavélique. Personne ne remarque que sur le nucléaire elle est loin d’être nette, comme pour tout ce qui concerne le salaire minimum, où là c’est ‘on va se débrouiller’ ».

Le Frankfurter Rundschau dit la même chose : « comment est-ce possible que des thèmes aussi importants que l’espionnage des données, les énormes problèmes de la transformation énergétique de ce pays, les risques que nous encourrons dans le sauvetage de l’euro, ou même notre hypothétique engagement en Syrie, n’ont pratiquement pas joué de rôle dans la campagne ? ».

Contrairement à d’autres sujets très largement débattus tels la journée végétarienne, les amendes pour les automobilistes, et une vieille histoire depuis longtemps réglée, « de pédophiles chez les verts qui date de 1981 ».

« Pourquoi ? » demande le journal -parce que ces questions-là sont plus faciles à régler, et surtout parce que nos médias, marchent tout le temps sous l’influence permanente du cirque que représente l’internet et des tweets sans relâche. Nous vivons dans un monde où l’on juge l’importance des questions politiques d’après le nombre de posts et de « j’aime » sur Facebook. C’est la politique du « slapstick ».

Quand on lit entre les lignes, on se dit qu’en effet, en dépit de sa victoire écrasante, la partie n’est pas gagnée pour la chancelière.

Car elle devra tout de même trouver quelqu’un avec qui gouverner, n’ayant pas la majorité absolue. Der Spiegel affirme que si c’est la grosse coalition droite/gauche comme dans le passé, ce sera cette fois-ci avec « un SPD humilié », avec, surtout, à sa tête, un dirigeant particulièrement turbulent : Sigmar Gabriel. Dans la dernière coalition la gauche faisait tout le travail, pendant que Frau Merkel se contentait de remporter les lauriers.

« Cette fois-ci Gabriel et compagnie vont former une nouvelle opposition, mais au sein même de la majorité ». En plus, il y a le petit problème du vice-chancelier, Horst Seehofer. Son soutient va coûter très cher, et au Spiegel de conclure un peu sombrement : « après tout, ce poste est désormais aux mains d’un bavarois ! »

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