« Il y a quelque chose de pourri dans le royaume »

Cette citation de Shakespeare dans Hamlet m’est revenue plusieurs fois en parcourant la presse européenne.

Le choc est le plus profond au Portugal quand on voit à la une du Jornal de Noticias l’ancien premier ministre, José Socrates, précipité hier soir sous les flashs et dans une voiture blindée de la police, en prison après trois jours de garde à vue pour fraude fiscale, corruption et blanchiment d’argent. « C’est quoi un homme, si ce n’est sa parole ? »

Diario de Noticias pose sur un ton des plus graves cette question dans son éditorial sur la confiance balayée d’un trait par celui qui a dirigé le pays entre 2005 et 2011. Publico confirme que le Portugal est désormais en terra incognita et saura seulement surmonter le fardeau de l’humiliation si ses institutions, ses juges, ses élus, ses journalistes et ses citoyens savent être exemplaires.

En Espagne aussi il est question de corruption...

...à la une d’El Pais qui demande urgemment une vraie régénération démocratique car « aucune, aucune ! des mesures annoncées par le Premier ministre pour lutter contre la corruption l’année dernière, n’est entrée en vigueur » . La loi tant claironnée sur le financement des partis politiques est bloquée depuis presqu’une année à cause de la « frivolité » de la classe politique, le mot est à la une de l’éditorial ce matin.

Et le mal atteint même le cœur du royaume européen

« Cessez de m’insultez ! » a demandé hier au Parlement européen Jean-Claude Juncker aux élus europhobes qui ont déposé contre lui une motion de censure après les révélations de Luxleaks. __

La Libre Belgique et le Soir de Bruxelles reprennent son cri du cœur sur leur première page.

Pas étonnant, dans ce climat, de tomber de plus en plus, par-ci, par-là, surdes papiers comme celui publié par Trouw aux Pays-Bas et qui pose ce matin la question brute de décoffrage : pourquoi reste-t-on dans l'Union Européenne ? Bruxelles ne lésine pas sur les moyens pour se faire détester car pendant que notre gouvernement paie – le mot est plutôt « tousser » en néerlandais, l’impôt supplémentaire exigé de toute urgence, voilà que la France se pavane en méprisant toutes les règles budgétaires concernant son déficit.

Ceci est confirmé par The Economist ce matin, qui discerne le grand désarroi au sein de la Commission sur cette affaire, et compare les versions très différentes de l’attitude à l’égard de la France, décrites dans la presse française et allemande. Ce qui est clair, pour le journal de la City, c’est que l’exaspération vis-à-vis de la France est en ébullition et que Bruxelles ne pourra pas se contenter « ad infinitum du caramel mou », « the fudge », qui consiste à uniquement lui taper sur les doigts. Intéressant, dans ce contexte, de tomber sur la une qui passera sans doute largement inaperçue du journal grec Ta nea où le ministre des Affaires Etrangères grec affirme, je cite : « nous n’allons plus prendre de mesures qui pourraient ennuyer nos concitoyens ».

Une défense inattendue de L'Union Européenne ?

Vous vous souvenez de la colère hier des journaux europhobes britanniques fulminant contre Bruxelles qui veut contrôler désormais les gants de vaisselle ? The Guardian , comme moi, n’en peut plus de « ces délires trempés dans l’eau sale du vitriol le plus fantasmatique » . « Cessons ces fictions totales sur l’Europe qui veut réglementer le degré de courbure de nos bananes, couvrir les attributs pigeonnants des serveuses dans nos pubs ou imposer le port de bonnet pour protéger la coiffure de nos pêcheurs en haute mer. Voulons-nous vraiment des gants défectueux dans nos éviers et nos fours ? Il est temps que les médias britanniques envoient de vrais correspondants adultes à Bruxelles pour séparer réalité et fiction ! » I totally agree !

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