« Séisme » : le mot est partout dans la presse européenne

Partout à la une, et en générale juste au-dessous des mêmes photos, celles de Marine le Pen et de Nigel Farage, rivalisant de sourires éclatants , elle, éblouie, sortant des urnes et lui trinquant avec une pinte de bière dans un pub. Bild, le journal populaire allemand, ne mâche pas ses mots :« Les haïsseurs de l’Europe sont en marche ». La liste est longue, très longue : France, Autriche, Belgique, Grèce, Danemark, même chez nous, où « l’alternative pour l’Allemagne » décroche les 7%. __

Die Welt trouve néanmoins que les Allemands sont les braves élèves de la classe , tout comme le Tageszeitung, « Dans sa normalité, l’Allemagne est désormais seule. Le continent entame une dérive dangereuse entre une Allemagne de bonne humeur, et le « grand reste, de mauvais poil ». __

Die Welt, sous sa Une « il faut rebooter l’Europe », fait de l’humour, demandant quelle est la différence entre les pro-européens et Sisyphe. Au moins, Sisyphe, lui, avait une pierre qui roulait.

Pendant ce temps, Die Welt est presque romantique, avec à sa Une, une photo d’Angela Merkel avec celui qui sera sans doute le nouveau président de la Commission, Jean-Claude Juncker, les deux tout sourire, les yeux dans les yeux.

Plus spécifiquement, sur Marine le Pen

« Le choc », le mot est souvent à la Une, en tout cas jamais loin. __

Der Standard, en Autriche, pays souvent accusé d’extrémisme, ne comprend pas qu’un Français sur quatre ait pu voter pour le Front National.

El Mundo, à Madrid, a du mal à croire que la France, l’un des promoteurs de l’Union , l’une des valeurs sûres de l’Europe, soit autant en colère.

Quelle débâcle pour François Hollande, titre Der Spiegelou encore, à Munich, le [Süddeutsche Zeitung ](Süddeutsche Zeitung)qui voit Marine Le Pen tant verser de l’huile sur le feu que voilà, tout a pété.

The Daily Mail britannique est un peu schizophrène. Après s’être félicité de la victoire sans précédent de Nigel Farage sur place, le quotidien avertit, en deuxième titre, que pour la France, en revanche, l’heure est grave.

Earthquake – séisme en anglais

The Guardian, à gauche, est choqué que pour la première fois dans l’histoire de notre pays, les élections aient été gagnées ni par les conservateurs, ni par les travaillistes .

The Express réserve ces majuscules ce matin pour appuyer tout simplement un petit mot, l’auxiliaire du futur, « we WILL get our vote », nous AURONS enfin notre référendum pour sortir de l'Union Européenne ».

Pour The Times, c’est la faute de David Cameron qui a perdu son propre électorat : "Si vous allez au bal accompagné de l’élue de votre cœur et que vous passez votre temps à flirter avec les autres, ne soyez pas étonné que votre compagne vous boude".

Une crise existentielle pour l’Europe

A tel point que le journal madrilène ABC a recours à du Shakespeare in English pour son éditorial : « L’Europe - to be or not to be », voyant notre continent à un carrefour, tiraillé entre ses extrêmes.

C’est notamment le cas en Grèce : Eleftherotypia utilise le mot « historique » aussi bien pour la victoire de l’ultra gauche de Syriza qui devance les partis traditionnels, que pour l’essor de l’Aube Dorée.

Désillusion, en revanche, ailleurs : en Italie pour Beppe Grillo, l’humoriste qui n’a pas franchi la barre des 20% . Dans ce derby entre espoir et colère, « c’est le premier qui l’a remporté », les propos du président du conseil, Matteo Renzi, sont repris partout.

Tout comme le sourire un peu coincé de Geert Wilders dans les journaux néerlandais, après ses résultats moins élevés que prévus.

Quant aux Belges, ils ont voté à tire-la-rigaud, nationales, fédérales et européennes.Le Soir de Bruxelles est persuadé en tout cas qu’une nouvelle Belgique vient de voir le jour.

La Une de Dernière Heure exprime le désarroi général : « Tout ça pour ça ? »

Pendant ce temps, les Berlinois ont également voté sur le sort très controversé de Tempelhof, cet aéroport désaffecté commandé naguère par Hitler. Ils ont décidé hier de ne rien construire dessus. L’image de ce vaste terrain vide, avec ses échos hitlériens, et dont personne ne sait que faire s’impose comme une drôle de métaphore pour notre pauvre continent ce matin.

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