Hier le séisme, aujourd’hui l’hécatombe

Allons tout d’abord au pays qui a inventé la démocratie, la Grèce, où le journal Kathimerini pose la question en titre de son éditorial : notre système politique européen a-t-il touché le fond ?

En tout cas, ce matin, cela pète dans tous les sens. « Qui a gagné les élections ? Hitler ! » c’est le titre de l’éditorial de Publico à Lisbonne.

Le journal populaire allemand Bild demande si les extrémistes vont nous conduire dans l’abî me.

« Convulsionar » – le verbe à la une d’ABC à Madrid exprime mieux qu’autrui la douleur du choc viscéral – les urnes ont convulsionné l’Europe avec dans l’immédiat toute sortes de démissions par ci par là. Celle du président du parti socialiste espagnol, dans les unes madrilènes, celle du dirigeant du parti socialiste irlandais, dans celles de Dublin.

Un homme politique danois, Christian Mejdal, inconnu ailleurs certes mais qui impressionnera les lecteurs de Politiken, disant sur la première page que c’est la pire crise en 45 années de carrière.

Nepzapadzag , à Budapest, avoue ce matin ne même pas comprendre si Jobbik, l’ultra droite hongroise a réussi ou échoué dans les élections.

Parfois, il faut du calme, et le titre de l’éditorial d’El Mundo, en Espagne, sort du lot, résumant le sentiment de la vaste majorité des journaux que j’ai lus ce matin : «les pro-européens ne peuvent pas permettre aux extrémistes de casser L'Union Européenne ».

Colère et vitupération dans la presse allemande

Die Welt est furieux que l’establishment bruxellois se bouche les oreilles, faisant comme si de rien n’étai t : « Il faut urgemment rendre des pouvoirs aux états membres ». Qu’un journal allemand le dise, c’est rare.

Le Süddeutsche Zeitung incrimine les partis normaux qui donnent à manger aux extrémistes.

Le Tageszeitung s’attend à une grande partie de boxe à la Commission Européenne.

Hécatombe en Grande-Bretagne aussi.

On fait appel aux grandes plumes, Timoth Garton Ash dansThe Guardian, se lamente de ce continent qui abrite le malheur tout azimut, every kind of unhappy.

Un titre, parmi tant d’autres de The Economist, m’a interpellé : « La Grande-Bretagne est désormais un pays très européen – hein ? » « Eh oui, nous avons voté comme la France, le Danemark et bien d’autres, dans un hurlement collectif d’angoisse anti-bruxelloise, que dis-je, anti XXIème siècle ».

Pendant ce temps Nigel Farage, leader de l’Ukip, ravira les lecteurs europhobes de The Express, disant qu’ils n’ont encore rien vu et que la classe politique britannique ressemble à un bocal de poissons rouges asphyxiés.

La preuve, le leader du parti du centre, Nick Clegg, seul défenseur de l’Europe outre-Manche, qui a été, The Mail lui assène le coup de grâce avec le mot choisi – obliterated.

Il y en a pour la France aussi

L’Aftonbladet, à Stockholm, examine dans son éditorial les nuances de brun foncé, et n’arrive toujours pas ce matin à digérer les propos de Jean-Marie Le Pen sur le virus Ebola.

Le Volkskrant aux Pays-Bas, principal éditorial, sur cette France de plus en plus détachée de la réalité. Plus grave encore, les Allemands sont inquiets que Marine le Pen veuille carrément détruire l’Europe.

La hantise est suffisamment grande pour que Der Spiegel mette ce mot à sa une , avant de tirer les leçons de ce scrutin, notamment, il faut que la France cesse de sombrer dans la douleur existentielle. La grande nation est devenue un problème, une horde de râleurs rouspétant (« Grübelnder Grantler »).

Le Temps, en Suisse, la une toujours : « la France en panne » . La responsabilité en incombe à une classe politique qui a renoncé à penser l’avenir en Européen, etc.

Seuls à s’en sortir : les Italiens !

« Una straordinaria eccezzione ! » L’Italie, cette exception extraordinaire, ce véritable miracle, unique en Europe, proclame l’éditorial de l’Unità. Toutes les unes de la péninsule reprennent ce matin l’offre de Matteo Renzi, grand vainqueur du scrutin sur place, qui dit qu’il faut changer l’Europe de fond en comble et qu’il montrera désormais la voie et les réformes nécessaires à Angela Merkel.

J’ai lu beaucoup de unes depuis que je fais des revues de presse, mais celle-là, c’est une première.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.