Changement radical de ton dans la presse européenne ce matin à propos de l’intervention en Syrie

C’est le jour et la nuit par rapport aux commentaires que l’on lisait hier à peine, où on avait l’impression que les journaux marquaient le temps avant une intervention militaire de plus en plus probable avant la fin de cette semaine.

Ce matin, c’est clair et net, le doute s’installe. Surtout, et c’est le cas le plus extrême, en Grande Bretagne, avec aujourd’hui le débat aux Communes. A l’étranger, on considère souvent les Britanniques comme étant parmi les plus belligérants, mais ce n’est pas du tout le cas dans la presse sur place ce matin. « Qu’aujourd’hui soit la journée où l’on ne fait pas la guerre en Syrie, » proclame le journal populaire de gauche The Mirror, suite à la demande du leader de l’opposition travailliste d’attendre -quand même !- le résultat des enquêtes de l’ONU sur les armes chimiques avant de procéder à une intervention.

Exigence qui a, selon The Times laissé David Cameron « furieux. » Dans The Guardian, Hans Blix – responsable des inspecteurs chargés d'enquêter sur les stocks d'armes de destruction massives de l'Irak, en 2002, signe une tribune sous le thème général – « même si el Assad a utilisé des armes chimiques, cela ne nous donne pas le droit de jouer les gendarmes du monde ».

Est-ce le même ton dans les titres de droite ce matin en Grande Bretagne ?

C’est ça la surprise : même son de cloche. Même le très conservateur Telegraph évoque la précipitation avec laquelle on juge la Syrie, disant qu’il s’agit d’une erreur catastrophique et meurtrière.__ La Grande Bretagne et les Etats-Unis n’ont pas appris les leçons du passé, conclut le journal.

The Daily mail, avertit ses lecteurs sur sa première page – des attaques contre Assad pourraient déclencher des actes terroristes au Royaume-Uni.

Même The Expressdonne la parole à sa Une au dirigeant de UKIP, ce que les Britanniques ont de plus semblable avec le Front National –Nigel Farage dit, et le journal approuve visiblement- les Britanniques ont ras-le-bol de jouer aux gendarmes. D’ailleurs, notre passé impérialiste est un handicap pour notre présence dans la région, même si on avait après les nombreuses coupes budgétaires les moyens militaires de changer quoi que ce soit sur place.

Il y a un journaliste qui a retenu votre attention

Dans ce conflit qui touche un pays que la plupart d’entre nous ne connaissent pas, c’est le moins que l’on puisse dire !

Il y a un journaliste britannique que l’on lit toujours avec attention, tout simplement parce qu’il est sur place au Proche Orient depuis trente ans déjà. Robert Fisk écrit pour The Independent, et il est formel. Si Barack Obama décide de s’attaquer au régime syrien, il fera en sorte que pour la toute première fois de l’histoire, les Etats-Unis soient du même côté qu’Al Qaida. Quelle alliance ! ironise-t-il avant de citer les trois mousquetaires, « un pour tous, tous pour un ! voilà le nouveau cri de guerre !». Les Américains devraient même demander peut-être de l’aide sur le terrain à Al Qaida, car après tout ce sont les seuls qui ont leurs bottes sur le sol syrien.

Certes, conclut le journaliste, dans cette guerre menée sur Youtube, les images d’attaques chimiques sont vraies, mais des questions persistent -que dire des rumeurs persistantes ici au Liban selon lesquelles trois membres du Hezbollah– qui se battaient du même côté du régime, auraient eux aussi également été victimes des attaques ?

Le reste de la presse européenne est largement réticente à l’égard d’une intervention –que dit par exemple le journal le plus lu en Europe, Bild , en Allemagne ?

Quelques scoops. Le journal populaire est persuadé que c’est le frère du président, Maher el Assad, qui a donné le feu vert dans un moment de rage incontrôlée à l’attaque chimique.

Le journal brosse un portrait pas très flatteur, c’est le moins que l’on puisse dire, de ce, « psycopathe qui aurait tué son beau-frère avec une balle dans le ventre ».

Puis Bild se demande aussi qui prendra la relève si el Assad chute et fait le portrait du leader des rebelles, Haji Marea, lequel au début de la révolution faisait du commerce avec les petits pois en conserve. Il a acheté une kalachnikov avec 4 amis et fondé sa propre milice. Aujourd’hui, il est à la tête de 12.000 militants.

Même la presse américaine semble nettement moins décidée par rapport aux jours précédents

The New York Times affirme que le président Obama n’a pas encore suffisamment expliqué de quelle façon les frappes militaires vont empêcher d’autres attaques chimiques et embraser toute la région, et nous engouffrer dans une guerre civile en Syrie. Le Washington Post va plus loin, Obama is talking america into a war , Obama parle, essayant de persuader les américains qu’il faut rentrer en guerre.

Ses élucubrations démontrent bien les périls de ce genre de bavardage. Obama a l’appétit pour sa propre cuisine rhétorique, mais il a l’appétit d’un glouton plutôt que celui d’un gourmet. A travers la parole, il nous pousse vers une quatrième intervention dans la zone entre la Libye et l’Afghanistan.

Seul Haaretz en Israël intitule son éditorial ce matin – en dépit des répercussions, en dépit de la crise internationale que cela pourrait déclencher avec les russes et les chinois, en dépit du fait que cela provoquerait des comportements encore plus irrationnels de Bashar Assad, lequel risque surtout de s’en prendre à nous israéliens, il n’y a pas le choix, Il n’y a pas d’alternative, il faut agir. Fin de citation.

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