Saint-Jean d'Acre, Israël : hôtel du bord de mer... Etranges baigneurs. Des hommes en maillot de bain mais, à l'épaule, une mitraillette... Ces hommes, ce sont ceux d'un commando des forces spéciales de l'unité d'élite Golani... Sur cette plage, ils vivent le repos du guerrier... De retour du siège de Bint Jbeil, au Liban. La scène est racontée par la reporter de "Libération", à qui les hommes de ce commando font cette confession : "Si l'on repart au Liban, on sait qu'on ne s'en sortira pas... On sait qu'on va mourir". Joseph, à 22 ans, tente de regonfler les 7 soldats sous ses ordres, avant la prochaine opération... "Je ne pourrai jamais oublier ce qui s'est passé", dit-il... Racontant les trois jours de combats de la fin de la semaine dernière, il évoque "Platoon", d'Oliver Stone... "C'était comme dans les films : on tirait de partout, les hommes tombaient en tournoyant". Il parle des combattants du Hezbollah, qu'il découvre pour la première fois dans un corps à corps mortel, surpris de voir des hommes en uniforme impeccable... "Une vraie armée", dit-il... "Très motivée... Mais nous aussi". "On a marché avec nos morts dans des sacs, en évitant de regarder leur visage, pour ne pas savoir si c'était un copain", poursuit Joseph... Et puis les blessés qui hurlent... Scènes de guerre... Obscènes, comme toutes les guerres. Samedi, de retour du Liban, lorsqu'ils sont arrivés en Israël, certains soldats du commando ont pleuré, d'autres ont embrassé la terre de leur pays, et tous ont demandé : "Alors, les tirs d'obus sur nos villes ont-ils cessé ?"... "Non". Samedi, le Hezbollah lançait 150 roquettes sur le nord d'Israël. Est-ce pour cette raison... La plus simple des raisons... Autrement dit, la réalité de la guerre... Qu'un mouvement important se développerait en Israël actuellement, comme l'affirme "L'Humanité" ?... Un mouvement de "refuzniks"... De soldats israéliens qui ne veulent pas servir au nom d'un certain "terrorisme d'Etat", comme l'affirme "L'Humanité"... Toujours est-il que ce journal publie le témoignage de trois réservistes, qui refusent publiquement d'aller combattre au Liban. "C'est toujours la même stratégie, explique un refuznik de longue date... Israël prépare un plan d'attaque, et attend une provocation... Israël ne tire jamais en premier... Ce qui lui permet de pouvoir justifier ensuite des opérations militaires. Après quoi, la suite des événements passera par des négociations et des échanges de prisonniers... Il n'y aura donc pas de victoire... Il n'y aura donc que défaite... politique, économique et sociale". Oui, enfin, si l'on en croit "Le Figaro", cette affaire de refuzniks est un effet de loupe, car ce journal affirme au contraire que les réservistes israéliens se mobilisent sans états d'âme, et que cette guerre contre le Hezbollah fait l'objet d'un consensus, plus fort d'ailleurs que la politique à l'égard des Palestiniens. Conviction exprimée par l'Israélien Ran Karmeli, qui témoigne dans "Le Figaro"... "Les Palestiniens se battent pour une cause juste, même s'ils emploient parfois des moyens injustifiables, explique-t-il... Le Hezbollah, lui, n'emploie que des méthodes injustifiables pour défendre une cause injustifiable, directement liée aux intérêts de l'Iran dans la région". Alors, peur de partir au front, ou refus de partir au front ?... "Je ne me pose pas la question, répond Eran... Au premier coup de fil, je quitte mon travail, je prends mon barda et je rejoins mes camarades qui se battent". Pour autant, et quelles que soient les raisons, justifiées ou non, de l'attitude israélienne, il est question, dans la presse française, "d'agression" et de "massacres"... Oui, "agression contre le Liban", écrit "L'Humanité", qui parle même de "violences" et de "barbarie"... "Faute politique aussi", affirme Maurice Ulrich dans son édito... "Cette agression donc, écrit notre confrère, n'a eu jusqu'alors qu'un seul résultat : renforcer le Hezbollah, légitimer les extrémistes dans le monde arabe, et ruiner les efforts du Liban dans sa construction d'un nouveau contrat politique". Alors... Alors Israël en est réduit maintenant à compter sur une force multinationale, qui viendrait protéger sa frontière nord, parce qu'il a mal apprécié les capacités de la milice chiite, parce qu'il a opté pour des tactiques militaires peu économes en victimes collatérales. De ce fait, l'Etat hébreu s'est aliéné ses alliés arabes modérés, explique Luc de Barochez dans "Le Figaro", qui conclut qu'il n'y a aucune matière à réjouissance dans l'affaiblissement et l'isolement d'Israël au profit de l'Iran. "D'autant plus qu'il ne s'agit pas de n'importe quel Iran, reprend Jean-Marie Colombani dans "Le Monde"... Il s'agit de celui d'Ahmadine-jad, dont les propos sur l'existence de l'Etat d'Israël sont sans ambiguïté... Il ne peut donc y avoir aucun doute sur la réalité de la menace qui pèse sur l'Etat juif". "Oui, ajoute Antoine de Gaudemar dans "Libération", les miliciens surarmés du Hezbollah sont, pour Israël, le fer de lance de l'Iran, dont le leader actuel appelle, à longueur de diatribes antisémites, à la disparition pure et simple de l'Etat juif", rappelle Antoine de Gaudemar dans "Libération"... "Une haine ouverte, qui ranime chez les Israéliens des peurs enfouies, que l'Etat hébreu doit impérativement juguler. Ce réveil des vieux démons devrait donc valoir à Israël une certaine compréhension du monde occidental"... Or, c'est le contraire qui se passe, poursuit Gaudemar... Le Hezbollah a beau arroser aveuglément les populations civiles du nord d'Israël... Ce qui constitue un évident crime de guerre... Ce sont bien sûr les images des enfants morts de Cana qui font le tour du monde. "Ce qui pose la question, effectivement, de la guerre des images... D'où le soin jaloux mis par les chaînes françaises, par exemple, à équilibrer les reportages de part et d'autre des belligérants, note Pierre-Yves Le Priol dans "La Croix"... Aux victimes des bombes israéliennes dans le sud du Liban, répondent, entre guillemets, les familles juives terrées dans les abris à Haïfa ou ailleurs... Mais comme le disait un militaire israélien avant-hier à l'AFP : 'Pour le monde, ce qui marque, ce sont les images de destruction... Pas les raisons de ces destructions'. C'est pourquoi l'enjeu israélien, estime Pierre-Yves Le Priol, semble désormais, sur fond d'éventuelle victoire militaire, de ne pas consentir à une défaite en matière de communication, tant il est vrai qu'il s'agit, pour chacun des camps, de se faire valoir du seul bon côté possible : celui des martyrs". D'ailleurs, posons-nous une question : pourquoi Israël s'est-il lancé dans cette riposte au Liban, qui semble aussi excessive ?... Pourquoi Israël prend-il le risque de s'exposer aux critiques internationales ?... A cette question, Ariel Colonomos, chercheur au CNRS, apporte cette réponse dans "Libération". "Oui, la riposte semble excessive. Mais elle n'est pas irrationnelle, parce qu'elle répond à un principe fondamental... A savoir : à moyen et à long terme, le coût de l'inaction est très conséquent... Les Israéliens prennent donc des mesures lourdes en voulant créer la dissuasion. Autrement dit, l'absence d'une réponse sérieuse au problème posé par le Hezbollah... Et donc, en filigrane, par l'Iran... Vaudrait consentement". Alors le chercheur interpelle les Etats occidentaux, qui ne condamnent pas formellement Israël, mais réprouvent sa conduite... "Quelle autre solution ont-ils à proposer ?". Eh bien, pas grand'chose justement... Bien sûr, à l'occasion de cette trève des combats, les efforts diplomatiques sont importants, note "Le Figaro"... Mais l'Europe, par exemple, que dit-elle, et que fait-elle ?... Divisée une fois de plus, elle se montre incapable de marquer sa différence. Alors, en complément des reportages et analyses que proposent les journaux ce matin, il y a cette page, pédagogique, publiée par "Le Parisien", avec "10 questions pour comprendre"... Pourquoi cette nouvelle guerre ?... Que représente le Hezbollah ?... Quel jeu jouent les Etats-Unis ?... Ou quel rôle peut jouer la France ?... Et si précisément les raisons de ce conflit, à vos yeux, dépassent la raison... Un dessin, toujours dans "Le Parisien-Aujourd'hui en France", jette une lumière assez crue sur les événements... Ce dessin, il n'a rien de drôle ni de didactique... Mais il est éloquent... Sur un tas de gravats, deux hommes se parlent... L'un d'eux demande : "C'est où, Cana ?"... L'autre répond : "T'es dessus". Aujourd'hui, mardi 1er août... Le mois de vacances pour la majorité des Français... Mais avant l'heure, c'est pas l'heure... Le gouvernement n'est pas encore en congés... Dominique de Villepin a tenu à le faire savoir hier, avec sa 13ème conférence de presse mensuelle... D'ailleurs, il n'y aura pas de pause dans l'action, jusqu'à la Présidentielle de 2007... Certes... Mais que retenir de cette conférence ?... "Oh, le droit de savoir des choses que l'on sait déjà", répond Hervé Chabaud dans "L'Union"... "Mais aussi la certitude que le Premier ministre n'a pas réussi à peser sur la Présidentielle... Il est patent, poursuit notre confrère, que l'homme est tenté par un rebond flamboyant, et qu'il rêve d'un lifting politique d'été qui le rende plus séduisant pour la rentrée". "D'ailleurs, si le Premier ministre affirme qu'il ne travaille pas dans le but d'être candidat, personne ne le prend au sérieux", note Alexandre Morel dans "La Montagne"... "Alors, comme si de rien n'était, Dominique de Villepin a tenu conférence hier... Car il en est ainsi du Premier ministre, analyse Michel Noblecourt dans "Le Midi Libre"... Il repart quand on le croit hors jeu, en venant à faire un exercice d'auto-promotion de son bilan". Auto-promotion... "Plus encore, estime Dominique Garraud dans "La Charente Libre" : c'est une démonstration éclatante d'auto-satisfaction qu'il a apporté hier". Situation que Philippe Waucampt, dans "Le Républicain Lorrain", résume de cette façon : "Dominique de Villepin a trébuché sur l'emploi, il revient donc par l'emploi. Le CPE a raté une marche ? Qu'importe !... Trois mois plus tard, le chef du gouvernement écume les banlieues sensibles, pour prêcher la bonne parole et pointer de l'index la ligne bleue de l'égalité des chances... Donc, il occupe le terrain". Alors, puisque nous sommes le 1er août, voici l'incontournable papier sur les vacances des ministres... Après le dernier Conseil d'aujourd'hui... Et c'est "Le Parisien" qui nous gratifie de ces quelques échos, toujours passionnants. Avec trois tendances... Alors que le Premier ministre s'occupe du bassin de l'emploi... Nicolas Sarkozy, lui, va partir dans le bassin d'Arcachon... Ca, c'est la tendance "famille" ou "entre amis", comme Gilles de Robien, qui reste en Picardie, son fief, ou Dominique Perben, près de Lyon... Il y a aussi la filière bretonne, avec Azzouz Begag ou Gérard Larcher... Et puis les exotiques, comme Renaud Dutreil, qui va traverser l'Espagne en voiture, avec femme et enfants... Ou Léon Bertrand, le ministre du Tourisme, qui en fait rentre chez lui, à Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane, avec, paraît-il, des outils pour bricoler dans sa maison, et tout ce qu'il faut pour jouer de la musique avec son groupe, où il officie comme guitariste et chanteur. Et puisque cet article aiguise notre curiosité, il me reste à vous demander, François Hollande, comment vous passez vos vacances, vous ?... Alors, bonnes vacances !... Bonne journée à tous, et à demain.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.