(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : recoller les morceaux

(Bruno Duvic) C'est un catalan de petite taille et bourré de talent. Il accorde une longue interview à So Foot ce mois-ci. "Tous les gamins du monde veulent s'approprier le ballon, dit-il. C'est quelque chose qu'ils ne veulent pas partager, ‘ce ballon est à moi’. Un type qui joue bien au football, c'est un type qui a participé 800 fois au jeu pendant le match et qui a fait 800 fois les bons choix."

Manuel Valls, dont un parent a composé l'hymne du club de Barcelone, pourra méditer ces paroles de Xavi, le milieu de terrain catalan. Ca y'est, il a le ballon. A lui de faire les bons choix, de pratiquer cet art de la passe qui a fait le succès de Barcelone. A lui de recoller les morceaux.

Manuel Carlos Valls Galfetti, nouveau Premier ministre, portraits dans la presse. Vous voulez des anecdotes ? En voici sur Rue89 . Le bébé est né chétif, il pleurait beaucoup ce 13 août 1962 à la clinique de la Ferrovia à Barcelone. Maman originaire du Tessin, en Suisse italienne. Papa artiste peintre issu de la bourgeoisie catalane. Un père croyant, pratiquant, que le petit Manuel vouvoyait.

Non, il n'utilise pas de brillantine, mais une espèce de crème pour donner du mouvement aux cheveux.

Anecdote encore, dans Libération : cet homme range les télécommandes au carré sur la table basse de son salon.

La gauche n'accueille pas le Premier ministre avec des roses. La preuve, avec ce portrait dans Libération , le journal qui a peut-être le plus soutenu François Hollande. « Valls viril, valls ombrageux, valls cul-cul, valls qui porte bien son nom, Valls et l'ordre, Valls le transgressif ». En 6 chapitres, l'article est une collection d'anecdotes vachardes. C'est titré « Valls que vaille ».

Souvenir d'un jour de l'hiver 2011 où Manuel Valls accompagne à la rédaction de Libé le candidat Hollande. Sur son Blackberry, il pianote un sms. "Suis à Libé, beurk, si tu voyais les questions".

Le nouveau premier ministre résumé en formule dans la presse : l'enfant terrible de la gauche, le blairiste, le sarkozyste de gauche, l'ambitieux au caractère bouillant, l'iconoclaste, le gaucher contrarié, un drôle de socialiste.

Manuel Valls, ajoute Patrick Planchenault dans les journaux du groupe France Antilles, « dans un gouvernement qui a multiplié les couacs et fautes de communication, c'est celui qui a fait figure d'exception, surfant sur une vague de popularité qui ne s'est jamais démentie.»

Popularité acquise au ministère de l'Intérieur. Fut-il un bon ministre ? Réponse de Jean-Marc Leclerc dans Le Figaro : « Piètre bilan chiffré, temps d'exercice un peu court, mais l'un des rares ministres de l'Intérieur de gauche à savoir su incarner la fonction de premier flic de France. »

Finalement, Le Figaro est presque plus heureux que Libération ce matin. Particularité de Manuel Valls, dixit Paul-Henri du Limbert dans l'éditorial : « Il a forgé son identité et sans doute sa popularité en critiquant régulièrement le parti socialiste (…) C'était le moins mauvais choix à gauche, le mot libéralisme ne lui fait pas peur (…) Mais après tout, plaire au camp d'en face n'est pas la priorité première d'un Premier Ministre. Son grand défi sera de convaincre ses amis. »

Dans la presse de gauche, les amis ne sont pas légion. Manuel Valls nommé Premier Ministre après la débâcle électorale, c'est « La Double peine » pour L'Humanité , « Un triple contresens » pour Mediapart : « Là où une demande de gauche et de justice sociale s'est exprimée, le président brandit le discours d'ordre de sécurité et de libéralisme. Celui-là même qui a organisé la descente aux enfers de la gauche. »

C'est donc à cet homme là que François Hollande confie son « Manuel de survie » comme le titre 20 minutes . « Un anti Ayrault, pour Patrice Chabanet, dans Le Journal de la Haute-Marne ) moins terne, plus incisif, plus impulsif, même. » Résumé de sa mission sous la plume de Mathieu Croissandeau dans Le Parisien-Aujourd’hui en France : « Démontrer qu'un changement d'homme peut pallier le maintien d'une politique que les Français ont sanctionnée. »

Politique légèrement aménagée tout de même. Hervé Favre dans La Voix du Nord : Manuel Valls devra « trouver la formule magique d'un pacte de solidarité rééquilibrant le pacte de compétitivité, donner des gages aux écologistes, faire baisser les impôts d'ici à 2017, convaincre l'Union européenne que l'austérité budgétaire ne peut plus être la seule réponse, étouffer les craquements de la majorité parlementaire. »

Synthèse d'Eric Decouty dans Libération . « François Hollande fait un choix clair. Confirmation du virage libéral engagé avec le pacte de responsabilité. Il parie aussi sur la restauration de l'autorité au sein d'un gouvernement agité par deux années de bisbilles et de couacs ministériels. Valls incarne la cohérence et le professionnalisme qui ont manqué jusque là. Le revers c'est le risque de fissurer une majorité déjà vacillante. »

Dans Le Parisien , son successeur à la mairie d'Evry lui souhaite bon courage : le challenge est énorme dit Francis Chouat. « Il peut terminer en string. »

Est-ce une cohabitation larvée qui s'esquisse entre un président en mal de popularité et son nouveau Premier Ministre ? Charge de Pierre Fréhel, dans Le républicain Lorrain : « Nommer Premier ministre un rival pétri d'ambition à la popularité très supérieure à la sienne est un pour un président de la Vème république un lamentable aveu de faiblesse.3

Mais le président avait-il le choix ? Tous les papiers coulisses sur cette nomination soulignent que le président a décidé à contrecœur, que longtemps il a espéré garder Jean Marc Ayrault.

A moins qu'il y a un calcul diabolique derrière cette affaire : "François Hollande vient de tuer son meilleur ennemi, estime Yann Marec dans MidiLibre . En nommant Manuel Valls à Matignon (poste où on se brule), il nous repasse le film de Mitterrand qui étouffe le populaire Rocard. »

Résumé des enjeux, en deux dessins. Croquis de Chaunu dans Ouest France : deux camionnette dans la cour de l’Elysée. Le combi de Jean-Marc Ayrault s’en va. Une estafette de police arrive toutes sirènes hurlantes. François Hollande salue le combi avec tristesse.

Dans Le Parisien, sous le crayon de Ranson, un gros bonhomme s’interroge devant le président de la République en désignant Manuel Valls « Il fait un peu Sarkozy sur les bords, le nouveau Premier ministre ». Réponse du chef de l’Etat : « J’ai confiance, je le battrai en 2017 »

A demain !

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