L'Obs republie des bijoux signés Bénichou, des hommages à Castel, Léo Ferré et Marguerite Duras d'une justesse à vous briser l'âme, Pierre daignait écrire que pour des nécrologies ciselées. La Provence et l'Equipe disent les vies de Pape Diouf qui marqua le football et Marseille de sa sagesse et choisit son destin.

On parle de deux hommes de paroles…

Qui avaient tous les deux ce don de captiver par les mots.

Pape Diouf que le coronavirus a pris et qui fut président de l’Olympique de Marseille et dont la Provence et l’Equipe à la Une barrée de ces mots, "notre Pape est mort", rappellent l’amour des joutes verbales. 

Et Pierre Bénichou mort dans son sommeil qui fut sur des ondes voisines un personnage de rires et de superbes colères, se souvient dans le Parisien son ami Laurent Ruquier, mais qui fut aussi ce dirigeant du Nouvel Observateur qui mettait le journal en retard au moment du bouclage car il récitait son cher Aragon avec Jean Lafaurie, alter ego des relectures de papiers… Souvenir de Laurent Joffrin sur Libération

Comme Ruquier, Joffrin parle des rires de Bénichou, mais il ajoute au portrait une part de tragique, la peur de l’âge, de la mort, et aussi devine-t—on un destin inachevé. 

Libération remet en ligne un portrait tendre et cruel de Bénichou vieux de trois ans, où l’écrivaine Marcela Iacub racontait un ami qui avait fuit l’écriture dans les nuits de Paris,  et attendu ses 78 ans pour publier son premier livre.

Etrange alchimie que les souvenirs. Une culture populaire porte avec le Parisien le deuil du chroniqueur des grosses têtes, Pedro roi du tango, d’autres regrettent les livres non écrits et se consolent d’éclats de diamant. 

Au Nouvel Observateur, se souvient Jérôme Garcin, Bénichou état préposé aux nécrologies, « seule la mort commandait à Pierre, ce grand talent paresseux, de prendre la plume », mais alors il ciselait.

Sur le site de l’Obs ressortent trois bijoux signés Benichou, des hommages rendus à Jean Castel, prince des nuits parisiennes, à Léo Ferré et Marguerite Duras qui sont d’une pureté à vous briser l’âme…

Tu me tues, tu me fais du bien. » Elle répète cent fois la phrase en appuyant sur le mot fais et franchement, on n’en peut plus de cette voix incantatoire qui, de sa chambre où elle enregistre sur un magnétophone le dialogue d’« Hiroshima », nous parvient, toutes portes fermées, jusqu’au petit salon où nous jouons aux cartes. C’était ça Marguerite Duras en 1959 rue saint-benoit une femme avec 5 hommes dans la pièce à coté qui cherche devant son Nagra l’intonation reprise plus tard au souffle près de l’héroïne d’Hiroshima mon amour "…

"Que dire d’autre," écrivait Benichou à la fin de son élégie de Duras…

Que dire d’autre, je me le demande aussi, moi dont Benichou corrigea sévèrement la copie à l’Obs, moi qui connut  Pape Diouf avec qui je partageai jadis une rédaction, des matches de football et un joint trop fort pour moi un soir d’OM, sur le Vieux-Port…

Dans la Provence Alexandre Jacquin et dans l’Equipe Hervé Penot expriment ma peine, pour un homme de mille destins, intellectuel de gauche dans le football, grand dirigeant et agent de joueurs dont il scellait l’entente de sagesse et  d’une poignée de mains… 

Mais il y eut d’abord l’orgueil d’un destin choisi. 

Diouf était venu du Sénégal en France poursuivre le parcours de son père militaire et gaulliste, il changea d’option dans la liberté de Marseille, il fut coursier puis travailla à la poste pour payer ses études à sciences po, et là croisa un camarade, Tony Salvatori, inspecteur des PTT mais surtout pigiste à la rubrique foot à la Marseillaise, le quotidien communiste: il amena Pape au journal collecter les résultats du dimanche, puis Pape écrivant bien,  il devint le chroniqueur de l’OM et de ses mots construisit la suite.

Pape Diouf et Benichou avaient en commun d’être du journalisme et de s’en être éloignés, d’aimer la littérature même si l’on devient riche autrement… A propos de Pape, on me parle ce matin de Marseille qu’il aima de Belsunce la grouillante jusqu’à la riche Corniche à la laquelle il pensait à Dakar, on me parle de football, tiens, ce sport qu’aimait Albert Camus, qui était un ami du papa de Pierre et que Pierre moquait aussi, lis-je dans le Point, "un sale con qui vouvoyait les enfants" et qui l'emmenait à la pêche. Pirouette.

Benichou aimait citer René Char, « Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.»

On parle aussi de puissance ce matin…

Car la crise du coronavirus réveille le besoin d’un Etat analyse le Un dans sa livraison de la semaine… Logique puisque la santé, "l’Etat hygiéniste", a été le moteur de l’action publique se souvient Pierre Rosanvallon…

Mais est-ce une illusion, quand faute d’être testés et suivis, des malades soupçonnés de  Covid 19 sombrent, me décrit le Monde, dans l’écoute maniaque de leur corps et la peur d’empoisonner les autres, et touchent leur vieille mère en lui demandant de ne pas les regarder pour qu’elle évite leur souffle…

Les Echos font le point sur cette application pour nos smartphone que l’Etat français retrouvé prépare, qui tracera nos parcours peut-être contaminés. 

Mais il n’est pas que la question des libertés publiques pour juger de l’Etat. Mediapart interroge des familles où l’on ne parvient pas à faire la classe aux enfants confinés, se rend-on compte des inégalités que génère la volonté d’aller coûte que coûte au bac?

Mais il existe dans l’épidémie un jeune homme heureux…

Que me raconte Le Monde… Il vient de l’Amérique où l’Etat social est détruit, de New York sidérée par la virus, Chance Landesman, 21 ans, qui a appris à boursicoter sur une application smartphone, est devenu riche en pariant en bourse sur l’effondrement des marchés financiers, dès qu’il a senti la crise monter en Asie. Il a pris ensuite l’avion pour le Maine, où avec cinq amis, il élève des poulets et surveille ses avoirs, Chance a fait des études de philosophie et de religion. 

La Montagne me raconte un confinement au Cantal dans la peste du XVIIe siècle. Charlie Hebdo et Télérama me font revivre Xavier de Maistre, cet officier qui, en 1794, fut mis aux arrêts pour un duel et en écrivit un "Voyage autour de ma chambre" qu’il faudrait dit Philippe Lançon distribuer en pharmacie…

Je lis donc et laisse Chance à sa fortune et je repense à nos morts. On n'interroge pas un homme ému.

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.