Outreau... outrage... Outrage... à justiciable. Ce matin, les journaux se lancent dans un concours de mots pour tenter d'exprimer au plus juste le côté exceptionnel de cette affaire. C'est aujourd'hui que les six acccusés du procès en appel seront fixés... Ces hommes et ces femmes à qui la justice a dit pardon hier... Oui, la justice s'excuse, comme le titre "Le Parisien"... Ce qui est inédit... Acte de contrition public... Incroyable... Il faut voir la photo du procureur général Yves Botte, dans "Libération"... Les mains jointes, comme à la prière... Il faut le voir pour le croire... Ce mea culpa d'une institution sacralisée comme la justice restera dans les mémoires. "Mea culpa", titre que l'on retrouve en Une sur "France Soir"... Ou encore "Regrets éternels", dans "Libération"... Alors aujourd'hui, écrit Antoine Gaudemar dans ce même journal, le Garde des Sceaux devrait s'agenouiller à son tour et annoncer des réformes, pour éviter un naufrage comme l'a été cette affaire d'Outreau... "Le plus grand désastre judiciaire de l'après-guerre", estime Bernard Revel dans "L'Indépendant du Midi"... "Ce Tchernobyl judiciaire", reprend Philippe Waucamp dans "Le Républicain Lorrain"... "Plus jamais ça", conclut Florence Traullé dans les colonnes de "Nord Eclair". Un séisme judiciaire qui ne laisse pas indifférents les journaux belges, comme "Le Soir", qui rappelle que l'affaire d'Outreau avait éclaté en décembre 2000, après l'affaire Dutroux. Et c'est "La Croix" qui nous explique qu'en Belgique, beaucoup croient encore en l'existence de réseaux pédophiles... Il est vrai que l'affaire Dutroux avait créé un immense traumatisme, et avait fait vaciller le gouvernement... Mais le temps a fait son oeuvre... Et la Marche blanche de 96, qui a mis le peuple dans la rue, n'est plus qu'un souvenir, témoigne le correspondant de "La Croix" à Bruxelles, Alain Franco. Mais si vous le voulez bien, le mot de la fin reviendra à Hervé Cannet dans "La Nouvelle République du Centre-Ouest"... Tout est dit en deux phrases... "Treize innocents brisés ont payé très cher un millefeuilles d'erreurs... Ils sont, avec les enfants, les victimes d'Outreau". L'autre grand sujet transversal dans la presse ce matin, c'est le SIDA, en cette Journée mondiale de lutte contre la maladie... Nous en parlions avant 8 heures... A l'échelle de la planète, c'est toujours l'Afrique qui paie le plus lourd tribut... Alors que la France, elle, comme d'autres pays occidentaux, est traversée par un regain d'inconscience... En atteste ce sondage édifiant, publié dans "Paris Match"... Une enquête IFOP qui montre que 29% des Français croient qu'un vaccin existe déjà... Et 1 sur 3, également, est persuadé qu'un médicament existe et permet de guérir. Pas étonnant, dans ces conditions, que les Français baissent la garde, et que l'épidémie reparte... Comme le dit "Le Parisien" : "La maladie ne fait plus assez peur"... Ou comme le titre judicieusement "L'Humanité" : "Il faut, contre le SIDA, déclarer l'état d'urgence"... Ou enfin, comme l'exprime "France Soir" : "Il y a quelque chose qui tient du 'péril jeune' car, pour eux, le SIDA est une maladie chronique, pour laquelle il existe des traitements... Mais s'ils savaient... S'ils savaient à quel point ces traitements sont lourds, contraignants... Comme en témoigne dans "Le Parisien" cet homme de 41 ans, Joël, séropositif depuis 1992... "Je dois avaler 46 comprimés par jour, explique-t-il... Le tout en deux prises... Sachant que la deuxième sert à soigner les effets secondaires de la première". Sans compter des pathologies qui se déclarent les unes après les autres, et contre lesquelles il faut se battre constamment... Les transformations physiques dues à la fois à la maladie et aux médicaments... Ce que "L'Express", de son côté, appelle "le choc des traitements"... Oui, 10 ans après l'arrivée des multi-thérapies, les effets secondaires restent très lourds, tant pour la santé que pour le moral des patients... Et aucune illusion à se faire sur ce point... Le professeur Jean-François Delfraissy, de l'hôpital du Kremlin-Bicêtre, le dit franchement : "On n'est pas près d'éradiquer les effets secondaires dus aux médicaments". Alors, à la lecture du témoignage de Joël dans "Le Parisien" et des confidences d'autres malades, que Vincent Olivier a recueillies dans "L'Express", on se dit que le SIDA a beau évoluer en affection chronique entre guillemets... Il ne sera jamais une maladie comme les autres... Alors, aujourd'hui plus que jamais... Vous verrez dans les journaux des photos de préservatifs... Et vous lirez ce maître-mot, écrit dans toutes les colonnes... Oui, vivons heureux, vivons couverts... Oui, et il est tout cela à la fois... Il s'appelle Yannick Noah... Elu "homme de l'année" par "L'Express". Noah, c'est d'abord une immense cote d'amour auprès des Français, dont il est la personnalité préférée. Aujourd'hui, à 45 ans, il vend des disques par millions, et remplit les salles de concert... On en oublierait presque qu'il a été l'incarnation de la victoire dans le tennis français... Roland-Garros 83... Héros sympa, proche du peuple, engagé dans les causes humanitaires... C'est le cas, cette année encore, avec le Téléthon, dont il est le parrain... Alors, dans "L'Express", on apprend, par exemple, qu'au-delà de ses apparences de dilettante, Noah est un bosseur monstrueux... Et qu'en fait, il y a plein de Yannick... Sa vie est une saga, qui prend une couleur particulière en ces temps de déchirements identitaires, écrit l'hebdomadaire. Denis Jeambar, bonjour... Vous êtes le directeur de la rédaction de "L'Express"... Au-delà du fait que Noah soit la personnalité préférée des Français, comme le montrait un sondage du "Journal du Dimanche", quels sont les éléments qui font que vous en faites l'homme de l'année ? Un mot sur votre décision, prise il y a deux mois, de ressortir votre hebdomadaire le jeudi... L'initiative a porté ses fruits ? Merci, Denis Jeambar... Votre concurrent, "Le Point", lui, fait sa Une sur Napoléon... "Deux siècles après Austerlitz"... Victoire que la France va célébrer sur la pointe des pieds, parce que l'Histoire nous montre que l'empereur n'était pas forcément recommandable... Il est vrai que la controverse sur Napoléon fait rage... Ce que "France Soir" appelle "La nouvelle bataille d'Austerlitz"... Alors, dans deux encadrés, rouge d'un côté, bleu de l'autre, le quotidien essaie de faire la part des choses... Le positif, c'est la création des préfets, du Code civil, des lycées et du système des routes, dont le tracé perdure... Le négatif, c'est l'esclavage rétabli, la femme rabaissée, les acquis de la Révolution bafoués, le million et demi de morts de ses guerres qui, de surcroît, ont essentiellement profité à la Grande-Bretagne. Ce n'est pas pour autant qu'il faut verser dans l'auto-flagellation, écrit Serge Faubert... Qui proteste contre le fait que ni Jacques Chirac ni Dominique de Villepin ne se rendent sur le site de la bataille... Tout simplement parce qu'il n'est pas de bon ton, aujourd'hui, de célébrer les victoires de Napoléon... Trop franchouillard, trop arrogant... Pitoyable lâcheté, conclut notre confrère. "Le Point", lui, s'amuse à comparer Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin selon un pur critère napoléonien... Et à ce petit jeu, le grand spécialiste du Premier Empire, Jean Tulard, répond que même si le Premier ministre a écrit un livre sur Napoléon, sa vraie référence, c'est De Gaulle... En revanche, chez Nicolas Sarkozy, il y a tout du Bonaparte... Homme pressé, déployant, dans l'exercice du pouvoir, une énergie extraordinaire... Mais un rien perfide, Jean Tulard note que lorsque le ministre de l'Intérieur agit, il pense davantage à Patrick Poivre d'Arvor qu'à Napoléon. Oui, dans le village de Clark, qui a troqué son nom contre 10 ans de télévision par satellite gratuits. C'est le journal canadien "Globe and Mail" qui donne cette information... La bourgade de Clark s'appelle désormais "Dish", comme le fournisseur d'accès... En contrepartie, ses 125 habitants ont droit au bouquet de base, à un lecteur de DVD et à une antenne satellite. Pragmatique, le maire explique que personne ne savait où était Clark, mais que tout le monde sait maintenant où se trouve Dish. Mais le fondateur du village, qui lui a donné son nom, Landis Clark, ne décolère pas... "Minable !", dit-il... Oui, outrage ! Bonne journée... A demain...

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