(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : l'odeur de l'argent

(Bruno Duvic) Jacques Robert est un juriste éminent, président honoraire de l'université Panthéon-Assas. Il a siégé au Conseil constitutionnel dans les années 90. Il était donc là quand les comptes de la présidentielle de 1995 ont été validés.

Ce matin dans le Parisien-Aujourd'hui en France, Jacques Robert brise le secret des délibérations. "Nous avons servi de caution à une belle entourloupe". Et il raconte.

"Les comptes du candidat Balladur accusaient 10 millions de Francs d'origine douteuse. (...) L'explication selon laquelle ces 10 millions provenaient de la vente de tee-shirts ne tenait pas la route. On s'est tous dit que Balladur se fichait de nous."

Rappelons que la justice soupçonne les 10 millions de venir de rétro commissions en marge des ventes de sous-marins au Pakistan

"- Les comptes de Jacques Chirac, eux, étaient corrects ? demande Le Parisien

  • Non. Mais les irrégularités n'avaient pas une telle ampleur.

-Comment les sages du conseil constitutionnel ont-ils réagi ?

  • Nous étions tous très ennuyés. Roland Dumas, le président du Conseil a pris la parole : ''les Français ne comprendraient pas qu'on annule l'élection pour une affaire de dépassement de crédit, il faut trouver une solution."

Et il a demandé aux rapporteurs des comptes de campagne de minorer certains postes de dépenses.

"- Avez vous accepté de valider ces comptes ?

Réponse de l'ancien sage :

  • Vous savez le Conseil constitutionnel c'est un peu un club. On est entre gens de bonne compagnie, on se tutoie. Claquer la porte, donner des leçons aux collègues, ça ne se fait pas. Nous n'étions pas très fier. (...) Juste avant notre vote, Roland Dumas a passé une heure à l'Elysée avec Jacques Chirac. Mon impression, c'est que Roland Dumas, Jacques Chirac et Edouard Balladur se tenaient à l'époque par la barbichette"

Question après avoir lu ces propos : pouvait-on annuler la présidentielle de 95 ? En droit pur, c'est théoriquement possible répond le constitutionnaliste Didier Maus. En pratique, c'est un problème que personne n'a envie de se poser.

Son collègue Guy Carcassone esquisse une solution intermédiaire : ce n'est pas l'élection qui doit être remise en cause, mais le remboursement de la campagne.

Les comptes de campagne également à la Une de Libération

Mais là il s'agit des comptes du quasi candidat Sarkozy, l'année prochaine. Libé relaie la controverse lancée par le parti socialiste. Quand il se déplace en province, comme ce soir à Toulon, aux frais de l'Elysée et donc du contribuable, le fait-il en tant que candidat ou en tant que président ? Réponse numéro 2 selon l'Elysée. Mais il y a ambiguïté dans la mesure où le président multiplie les attaques contre l'opposition lors de ces déplacements.

Et ils coûtent fort cher : la cour des comptes a évalué a évalué le coût d'une matinée en Haute-Marne par exemple à 284.614,65 Euros.

Là encore, questions à un spécialiste, le président de la commission nationale des comptes de campagne :

"- A partir de quand peut-on dire qu'un président est en campagne ?

  • A partir de l'acte de candidature ou de l'investiture par le parti. (...) Mais on peut demander à intégrer des dépenses jusqu'à un an avant le premier tour. (...)

  • Est-ce que vous considérez que Nicolas Sarkozy est déjà entré en campagne ?

  • Au sens du code électoral, je ne peux l'affirmer, (...) mais d'autres que nous pourraient avoir un avis différent, notamment les médias."

C'est manifestement le cas de Libération , qui titre en Une : "Candidat aux frais de la princesse"

Beaucoup d'argent encore à la Une du Figaro , de La Tribune et des Echos

Les grandes banques centrales du monde entier volent au secours de l'Euro. Elles alimentent les banques européennes en dollars pour éviter l'asphyxie des économies. Euphorie des bourses mais à en croire Les Echos c'est une petite bouffée d'oxygène qui ne règle en rien le problème fondamental de la crise des dettes souveraines européennes. On attend donc toujours l'accord franco-allemand. Mais "Entre Paris et Berlin c'est l'impossible entente" titre Le Monde . On le sait, le désaccord porte notamment sur le rôle de la banque centrale européenne.

Autoriser la BCE à racheter les dettes des Etats, c'est une solution qui fait quasiment l'unanimité en France. A tel point que Daniel Scheidermann sur arrêtsurimages.net y voit une nouvelle pensée unique. Une autre voie de sortie possible mais jamais soulevée, selon lui, serait pour la France par exemple un défaut de paiement : qu'elle ne rembourse pas toute sa dette.

Le démographe Emmanuel Todd est d'accord avec lui dans Le Point : "annulons la dette du vieux monde."

Et il cogne comme un sourd dans l'analyse de cette crise. "Bruxelles, les marchés, les banques, les agences de notation financière : ces faux nez camouflent la prise du pouvoir politique à l'échelle mondiale par les plus riches."

Et plus loin, Emmanuel Todd s'en prend à l'Allemagne qui a selon lui mené une stratégie économique "parfaitement égoïste" ces dernières années. "Stratégie commerciale qui est la poursuite d'une tradition autoritaire et inégalitaire par d'autres moyens."

Nous y voilà : elle monte, la défiance à l'égard de l'Allemagne. En témoignent les propos d'Arnaud Montebourg sur la politique à la Bismarck d'Angela Merkel. Réplique de Daniel Cohn Bendit dans Le Parisien : "Montebourg fait du FN de gauche".

Et les Allemands eux mêmes que pensent ils de leur modèle ? Ils n'en peuvent plus, selon L'Humanité qui leur a donné la parole à travers un sondage. 64% des personnes interrogées critiquent l'école et l'état de système de santé en Allemagne. 53 sont mécontents du niveau de protection sociale.

Quoi d'autre dans la presse ?

La Une de La Provence . C'est une histoire que nous racontions avant hier soir sur France Inter : un homme condamné par à payer 10.000 Euros à son épouse pour défaut de devoir conjugal. C'est considéré comme un dommage qui doit être réparé. La Provence se demande si l'affaire fera jurisprudence.

Alors après toutes ces affaires de fric, terminons avec une histoire beaucoup plus noble. Elle raconte la puissance du cinéma. Pour Le Monde , Isabelle Régnier suit le festival de cinéma de Belfort. Un documentaire intitulé "Le sommeil d'or" y était projeté. Il fait revivre le cinéma cambodgien. Il faut être Eva Bettan pour savoir qu'il y a eu dans les années 60 et 70 un âge d'or du cinéma cambodgien. Sur les 400 films réalisés alors il ne reste que des débris.

Des débris et des souvenirs merveilleux. Le réalisateur de ce documentaire, Davy Chou, français de parents cambodgiens a eu l'idée de son film en projetant à Phnom Penh de vieilles images rescapées de l'époque Khmer Rouge. La salle était comble à chaque fois. Les grands-mères commençaient à raconter leur souvenir. Cela a réveillé quelque chose dans leur mémoire.

Il raconte cette mémoire toujours vive dans son documentaire. "Je ne me souviens plus du visage de mes parents dit un homme mais je me souviens du visage des acteurs."

La force des images a traversé le trou noir de l'époque Khmer Rouge. Il reste aussi des affiches, des chansons qui était sur la bande sur les bandes originales des films et qui sont reprises dans des karaokés. Cinéma, lanterne magique...

A demain !

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