(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : Kobané, à l'intérieur

(Bruno Duvic) Il se sont présentés à la frontière entre Turquie et Syrie. Un hameau plongé dans le noir, une brèche dans les barbelés. Les voilà de l'autre côté, seuls, sac au dos. Quelques centaines de mètres à parcourir la boue, les talus, passer une voie de chemin de fer sous les tirs. Et voici les contours des maisons, Kobané, la ville où les kurdes de Syie affrontent les hommes du groupe Etat islamique.

Les reportages sur cette guerre étaient jusque-là racontés de la frontière turque. Pour L'Humanité , Pierre Barbancey et le photographe Frédéric Lafargue sont parvenus à entrer dans cette ville. Images de gravats, de sacs de sables, d'enfilade de maisons qui ressemblent plus à des camps de fortune qu'à des quartiers. En parcourant la ville, écrit Pierre Barbancey, on constate que les combats se sont déroulés « rue par rue, maison par maison. Des pièces abandonnées, les murs transpercés de balles, façades éventrées, des obus de mortier non explosés au sol. »

On mesure aussi un peu plus le rôle trouble de la Turquie. Premier petit matin dans la ville, des explosions font trembler les murs. Combats au poste frontière entre Turquie et Syrie à quelques encablures. Les islamistes viennent de Turquie, on les a manifestement laissé passer, eux et l'engin de transport de troupes blindé bourré d'explosifs qu'ils font sauter. Huit morts dont six civils, quatre heures de combats s'ensuivent, des centaines de douilles au sol.

Kobané et ses combattants kurdes, absolument prêts à tout. Voici Yasmine, croisée dans la première maison où les reporters ont frappé dans la nuit. Ils avaient rendez-vous avec un journaliste kurde. Yasmine, cuisse blessée et kalach’ en bandoulière. "Résister, dit-elle, ce n'est pas seulement utiliser une arme, c'est accepter de ne pas dormir, pas avoir à manger, pas boire. Le lien que nous avons entre combattants est encore plus fort que celui qu'on peut avoir pour son père ou sa mère."

Cette première nuit à Kobané, c'était l'impression d'une ville déserte, mais en réalité de petits groupes de combattants postés aux carrefours. C'est aussi le sifflement des obus qui interrompt le silence de la nuit.

Y-a-t-il des Français parmi les djihadistes de Kobané ?

Selon le dernier décompte, 1132 sont impliqués dans des filières djihadistes, prêtes à partir ou déjà sur place.

Comment dissuader ceux qui ne sont pas encore partis ? Comment aider les familles ? Dans Le Figaro , deux pages de reportage signées Christophe Cornevin dans une cellule de désendoctrinement en Seine-saint Denis. Où précisément ? On ne saura pas. Ceux qui répondent au numéro vert mis en place par le ministère de l'Intérieur travaillent en anonyme. Les familles ont peur d'être suivies ou de subir des représailles. Une dizaine de familles prises en charge, des candidats au djihad ou leurs parents. Ils viennent de tous les milieux, médecins, fonctionnaires, agents d'entretien. Les jeunes ont 15 à 22 ans, garçons ou filles, terreau catholique pour la plupart.

Une fois le premier contact établi au téléphone, nuit et week-ends compris, un psychologue, un criminologue, un juriste, des éducateurs, des imams, selon les besoins, établissent le dialogue.

"Chaque étape est calibrée au millimètre" explique Sonia Imloul, responsable de cette maison de la prévention et de la famille. Chaque conversation fait l'objet d'un rapport à la préfecture de police, parfois quasiment en temps réel. Jusqu'à 60 notes pour décrire l'évolution de certains jeunes.

Trouver les mots, le ton, les attitudes pour convaincre ces djihadistes en puissance qu'ils ont été endoctrinés. Sonia Imloul se souvient d'avoir passé 58 heures non-stop avec son équipe auprès d'un homme qui sortait de prison pour lui proposer un nouveau projet de vie. Cela tient parfois à des détails pour éviter le désœuvrement, ennemi numéro Un. Accélérer la restitution d'un permis de conduire pour aider à trouver un job par exemple.

Des familles dont les enfants sont revenus à la raison passent régulièrement. Depuis la mise en place de la structure, 5 familles semblent être sorties de l'enfer.

A la Une de beaucoup de journaux : Nicolas Sarkozy

Ce fut un week-end de droite, constate Anne Sinclair dans leHuffingtonPost . Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, élections des présidents des formations qui ambitionnent d'être face à face au second tour en 2017.

Sarkozy de retour à la tête de l'UMP dans des conditions moins flamboyantes qu'espérées. Atlantico rappelle cette phrase lâchée à un proche de Bruno Lemaire en septembre : « Je vais faire 80% ». Ce sera 64.5.

Mais sa victoire est incontestable, estime Anne Sinclair. Il devient clairement le chef de l’opposition. On ne se rappellera plus son score, il tient la maison, l’argent, la procédure et va réinvestir les médias. (…) Il n’y a pas deux chefs dans un parti. »

« UMP : les défis de Sarkozy », titre Le Figaro . Le week-end fut beau et même très beau, pour Alexis Brézet, le directeur des rédactions du Figaro , qui signe ce matin l’éditorial. « Incroyable mais vrai ! La droite a réussi à se donner un chef sans sauter à pieds joints dans le marigot de la triche et de la division. »

Revenir pour faire quoi ? Après l’hyperprésident à l’Elysée entre 2007 et 2012, Libération voit dans le nouveau chef de l’UMP un « Hypoprésident », élu moins bien qu’espéré. Et Laurent Jofrrin lui prête des intentions : Il « compte gagner en agressivité ce qu’il a perdu en influence. Il sera tueur plutôt que rassembleur. »

Toujours des doutes après cette campagne ratée, même dans L’Opinion , journal qui ne voit pas forcément l’ancien président d’un mauvais œil : « C’est un chef qui ne parait plus infaillible », écrit Ludovic Vigogne. Travaille-t-il suffisamment ? « Le problème est plutôt qu’il n’y a plus beaucoup de gens qui bossent pour lui. Ce sera tout l’enjeu de l’UMP », estime le député Damien Meslot. A-t-il vraiment des idées nouvelles ? Thierry Mariani, député des Français de l’étranger a dîné début novembre avec lui : « A part la double appartenance avec (les centristes de) l’UDI et faire venir des sportifs et des artistes, il ne m’a rien dit d’autre ».

Quelle attitude adopteront les responsables centristes, vis vis de l’UMP Sarkozyste ? Joueront-ils le jeu des primaires à droite ? Sur Atlantico , interview de François Bayrou. « Si Alain Juppé est choisi, pour moi un accord sera facile (…). Je souhaite que dans l'opposition s'impose une personnalité compatible avec ce que je considère être l'intérêt national (…) Je n'élude aucune de mes responsabilités. »

Quoi d’autre dans la presse ?

  • Evidemment, les intempéries dans le Sud. « Pyrénées Orientales et Aude sous le déluge », titre Midi Libre . « Série Noire » à la Une de La Dépêche du Midi . « Un chaos de boue » pour 20 minutes . « Le Sud n'en peut plus », titre Le Télégramme . Nice Matin à propos des températures élevées et pluies incessantes de ces dernières semaines parle d' « Une météo contre-nature ».

  • A Paris, bientôt fini les soirées au coin du feu ! Dans la capitale et dans 435 communes d'Ile de France, les feux de cheminées seront interdits à partir du 1er janvier prochain. Mesure anti-pollution. Manchette du Parisien .

  • On se consolera avec un petit verre à Marseille. « Comment nos bistrots ont sauvé leur peau ». C'est le gros-titre de La Provence . « Après une décennie de fermeture, les créations de cafés et restos repartent à la hausse dans la région. » Activités diversifiées à la campagne et davantage tournées vers les bobos en ville.

  • Le désespoir à la Une du Progrès de Lyon : « L'OL tombe au fond du chaudron ». Décryptage pour ceux qui n'aiment pas le foot : l'Olympique lyonnais a perdu 3/0 hier au stade Geoffroy Guichard de Saint Etienne, surnommé le chaudron. Saint-Etienne Lyon l'un des grands derbies du foot français. 20 ans que les Verts n'avaient plus gagné à domicile face aux gones. « On s'excuse tous auprès de nos supporters » déclare le milieu de terrain Lyonnais Jordan Ferri.

  • Dans la presse encore, Emmanuel Carrère, le grand oublié des prix littéraires se consolera peut-être avec le titre de meilleur livre de l'année pour Le Royaume dans le classement du magazine Lire .

  • Et les ennuis d'Aristophil, premier acheteur privé de lettres et manuscrits en France. La justice a saisi les comptes, la société est soupçonnée d'escroquerie. Révélations de Libération . Le ministère de la culture suit l'affaire de près. Dans les coffres d'Aristophil reposent quelques trésors : des messages rédigés par de Gaulle à Londres, la lettre aux Français de Louis XVI avant son exécution et le rouleau des 120 journées de Sodome que Sade avait caché dans sa cellule de la Bastille.

Et des petites annonces qui deviennent un livre

On en avait parlé dans cette revue de presse. Il y a quelques mois, Le chasseur français avait sorti un numéro spécial qui recensait et analysait les petites annonces matrimoniales passées dans le journal depuis la fin du XIXème siècle. A l'approche de Noël, le numéro spécial étoffé est devenu un livre. C'est toujours un cabinet de curiosité, histoire de l'intimité, des rêves et des fantasmes dans la France des campagnes. Une collection de petites exigences particulières aussi. Cet homme qui se lève à midi et cherche une femme qui ne changera pas cette habitude, cette femme qui aime le froie gras à minuit, celle-ci a trois enfants et deux chiens de très grands races, celui-ci n'aime pas les jeans, celle-là veut un balance, un bélier, un cancer ou vierge mais chrétien.

On se cherche un avenir en cherchant l’âme soeur, comme cet homme « gentil et travailleur qui va bientôt sortir de prison en conditionnelle. Petit taulard et gros bonnet. La femme « bustée » est particulièrement recherchée. Il faut dire qu'il y a des bombes, comme cette « demoiselle de 22 ans, propriétaire d'un riche gisement radioactif, avec possibilité d'exploitation très productive. Elle cherchait en octobre 1946 un pharmacien ou un réalisateur. » L'utile ou l'agréable en quelque sorte.

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