Un examen que doivent désormais passer les chauffeurs de VTC exercer leur profession, il faudra l'avoir en poche au 1er janvier, un examen dont l'opinion révèle la nature "délirante"...

Questions soumises aux candidats en septembre dernier..

-Quel statut du conjoint du chef d’entreprise ne convient pas à l’entreprise individuelle ?

- Au 1er janvier 2016, j’achète un véhicule 20 000 € HT amortissable sur 4 ans, un ordinateur portable 600 € HT amortissable sur 3 ans. Quel sera le montant de la dotation d’amortissement déductible sur les charges d’entreprise en 2017 ?

Il y a eu 1 pour cent de réussite au questionnaire dans le Val d'oise, 8% en Seine Saint Denis... et c'est une brutalité...

« C’est comme si on avait voulu nous saquer ! » disait un candidat malheureux dans le parisien la semaine dernière... 

L'opinion accuse. Ce sont des jeunes peu qualifiés que l'on élimine,  qui rêvaient de créer leur activité, qu'Emmanuel Macron encourageait mais qui sont sacrifiés pour "protéger la rente des taxis". 10.000 jeunes ne pourront pas devenir chauffeur VTC ou devront abandonner la profession et pointer au chômage.

Ce dossier de l'opinion est terrible ET passionnant idéologiquement. Il dénonce une brutalité sociale dans les mots du libéralisme économique, c'est la réglementation, la bureaucratie, le lobby des taxis qui sont responsables d'un "immense plan social"...

C'est une de nos crises, la société bloquée... Il en est d'autres en même temps.

Les jours racontent, un autre plan social chez UN géant endetté que la concurrence cette fois assiège : celui mis en oeuvre à SFR, au coeur du groupe Altice dont l'action dévisse, où 5000 postes ont été supprimés, un tiers des effectifs, dans un silence fascinant... Dans un monde où l'on appelle New Deal, un dégraissage social, et un patron, Patrick Drahi purge les effectifs mais envoie des mels sux salariés signés de son prénom... La crise n'interdit pas l'ironie. 

Un autre patron est dans les Echos...

A la barbe de trois jours et aux yeux bleus qui vous transpercent, il se nomme Emmanuel Faber, il prend aujourd'hui la direction de Danone, 47 milliards d'euros en bourse, 100000 salariés, numéro un mondial des yaourts et des aliments végétaux, et le magazine des Echos le célèbre.

Faber est un homme psychologiquement, physiquement et intellectuellement sous tension, un grimpeur attiré par l'absolu du ciel, un homme qui aimait se retirer dans une cabane perchée dans un arbre chez lui à Ville d'Avray... 

Mais surtout un Janus, un dieu donc à double visage, patron d'un géant industriel, mais qui condamne le capitalisme rapace et cultive une amitié avec le philosophe écolo Pierre Rabhi... 

Et oublions ici le sourire... 

La dialectique évite aux Echos le piège classique de la presse économique face aux patrons, l'hagiographie énamourée... 

Idéologiquement encore, ce même numéro des échos est troublant. Outre Faber, on y vante Laurene Powell Jobs, la veuve de Steve, l'inventeur d'Apple, qui combat Trump et défend les jeunes sans papiers, et on nous présente Albilio Diniz milliardaire brésilien et octogénaire sportif, actionnaire de Carrefour à l'indice de masse graisseuse de 6,5 % (c'est mieux que moi), et qui donne des conseils de bonne vie à ses contemporains... 

Le salut par les patrons... 

MAIS...

Mais notre Emmanuel Faber de Danone aux yeux bleus est  d'une autre trempe... Pas seulement un imprécateur...

Il pense aussi sauver Danone par la Vertu. 

Quand l'obésité progresse, que le rendement des terres agricoles chute, que la pollution grimpe et que le monde agricole a de plus en plus de mal à vivre de son travail, c'est qu'il est temps de changer de modèle. Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à la composition et à l'origine des produits, tout comme au comportement des entreprises.

C'est ici que la pensée guide l'action... Et cela n'est pas un hasard. 

Parce que le besoin de pensée est dans tous les journaux...

On a  dans toute la presse des recherches de sens, un besoin de compréhension du monde qui nous force à bouger. Le Point s'interroge sur l'apprentissage au temps de l'intelligence artificielle. L'humanité débat de Paul Ricoeur. La Croix nous invite aux vertus de l'attente...  

Et Philosophie Magazine consacre un dossier à la difficulté du changement. Il faut se libérer de nos automatismes, dit l'allemand Peter Sloterdijk... Il faut se méfier de l'honneur, de la richesse et du plaisir des sens, avertissait Spinioza... et trouver pour une vie nouvelle... un objet qui serait "un bien véritable"...  La sagesse est éternelle... 

Et un philosophe bouddhiste est dans le Figaro

Matthieu Ricard qui prend la défense de sa foi contre ces bouddhistes qui persécutent les rohingyas musulmans en Brimanie...  Le Bouddah, il cite le Dalai lama, aurait défendu les musulmans, et Ricard ajoute...  

Les généraux birmans bouddhistes persécutent des musulmans, mais leurs actes sont en contradiction flagrante avec les enseignements du Bouddha... dès l'instant où un moine tue un être humain ou ne fait même qu'inciter quelqu'un d'autre à le tuer, il est immédiatement déchu de ses vœux monastiques

Belle et juste parole, qui nous en rappelle d'autres... celles qui séparent l'islam des atrocités commises en son nom par les terroristes, mais cette distinction, le "pas d'amalgame", est souvent vilipendée... 

Curieusement, le même Figaro le prouve, par son chroniqueur récurrent Ivan Rioufol, à deux pas du texte de Ricard... 

Il dit, à propos de l'attentat du Sinaï... "Dédouaner l'islam de toutes responsabilités est une insulte pour ceux qui ont été assassinés au nom d'Allah..." Ceci tout près de la supplique de Ricard...

La contradiction est féconde mais il est des éditorialistes qui gagneraient à lire leur propre journal... 

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