Il y a les films qu'on qualifie de "films-cultes", parce qu'ils ont inventé un langage, par exemple... "Les Bronzés" en font partie, c'est sûr... Avec leurs célèbres répliques, et leurs personnages colorés... Phénomène de société, pour le 1 et le 2... Oui... Mais phénomène de satiété, pour le 3. Alors évidemment, aujourd'hui, mercredi 1er février, jour de la sortie du film, ils sont dans tous les journaux, "Les Bronzés"... Mais à la différence des pages et des pages de promos qu'on nous a infligées au fil des semaines, voici venir le temps des critiques... Enfin, pour nos confrères qui ont pu assister aux projections de presse, car ce n'est pas le cas pour tout le monde... On y reviendra. Ceux qui l'ont vu donc, à l'image de Sophie Guichard, de "France Soir", ont ressenti un grand malaise. "Je venais voir une comédie, et j'ai vécu une tragédie", nous raconte notre consoeur, qui explique avec beaucoup d'honnêteté qu'elle n'a pas aimé le film, parce qu'il a pris des rides, comme elle. "Oui, c'est une image de moi que vous m'avez envoyée... Une image de quinquagénaire, une image que je ne voulais surtout pas voir". "La Croix" non plus n'a pas aimé, mais pour des raisons moins épidermiques, moins personnelles... "Troisième épisode laborieux", titre le journal... Comédie grivoise, inutilement bruyante, traquant le bon mot... Bref, pas très inspirée. Dans "Le Parisien", en revanche, on se montre plus clément... Le scénario est qualifié de "paresseux", mais Marie Sauvion estime qu'on les a tant aimés, nos "Bronzés", qu'on est prêt à tout leur pardonner. "25 ans après, ils sont plus moches, plus gros, et presque aussi drôles", écrit "Télérama"... "On peut dire que ce n'est pas jojo, poursuit l'hebdomadaire, mais ne pas dire qu'on a rit, ce serait être aussi goujat qu'eux". Et puis, comme en écho à ce que disait notre consoeur de "France Soir", effrayée par les rides de ses congénères, Patrick Besson le dit, lui aussi, dans "VSD"... "28 ans ont passé sur les Bronzés, et sur nous aussi... Mais nous, on n'est pas sur un écran... Qu'est-ce que c'est grand, un écran !... Et dessus, comme on voit bien le temps !... A part ça, ajoute Patrick Besson, le film ressemble plus à une comédie italienne des années 70 qu'à un film drôle des années 2000". D'où le titre du "Figaroscope", qui publie une interview de Thierry Lhermitte... "Nous nous sommes tant marrés", qui nous rappelle bien sûr "Nous nous sommes tant aimés", d'Ettore Scola. Voilà pour ceux qui ont vu le film... Et puis, il y a les autres, ceux qui auraient dû le voir... Seulement voilà, témoigne "Libération" : "Notre journal a été exclu des projections". Régulièrement, en effet, un attaché de presse dépressif, un cinéaste froissé, un producteur ombrageux, ou un distributeur rancunier, font savoir à "Libé" que la présence de ses journalistes critiques est indésirable. "Bon, il y a des outrages plus féroces que celui-là, écrit Olivier Séguret... Mais quand l'attachée de presse des "Bronzés 3" déclare : 'Je n'ai pas invité "Libération" parce que je tiens à sortir propre', comment ne pas y voir l'hommage, maladroit mais touchant, du marketing à notre indépendance ?". Voilà... Ne croyez pas pour autant qu'en ce jour de sortie du film, il n'y a que des critiques dans les journaux... Non, non, au contraire... La promo continue... Il y a des pages et des pages de photos et d'interviews diverses aujourd'hui encore... Aujourd'hui bien sûr... Au cas où vous l'auriez oublié... "Les Bronzés 3", c'est aujourd'hui. Hier, à propos de l'esclavage, le journal "Le Monde" rendait hommage à l'initiative de Jacques Chirac d'avoir décrété une Journée du souvenir, le 10 mai... "Il faut au moins lui reconnaître ça, écrivait le journal, au terme d'un long règne de 12 ans, dont on a du mal à discerner les actes forts". Aujourd'hui, le même journal se penche sur le bilan économique et social du Président, et nous dit : "Des engagements ont été pris par le candidat Chirac en 2002 : beaucoup ont été tenus". Et c'est ainsi que "Le Monde" égrène les mesures... Les plus difficiles : les retraites, la Sécurité sociale et sa réforme dont il ouvre le chantier, l'emploi avec le RMA, revenu minimum d'activité, et les entreprises... C'est surtout sur ce terrain-là, estime "Le Monde", que les engagements ont été respectés : allègement des charges, baisse de la fiscalité... Il y a aussi la famille, le handicap, les discriminations... Ce qui fait dire au "Monde" que l'étiquette de super-menteur, qui a collé longtemps à la peau de Jacques Chirac, tout compte fait, n'est pas vraiment méritée. A noter quand même, au débit du Président, une baisse de l'impôt qui a fait "pschitt", et un dialogue social en berne... Voir l'affaire du CPE... Et un programme de logements qui n'a pas tenu ses promesses. En résumé, et comme le titre "Le Monde" : "Jacques Chirac contre Super-menteur". De toute façon, c'est très simple : maintenant, il faut que Villepin soit Président de la République, et que Sarkozy soit son Premier ministre... Et il faut que "Le Figaro" s'y emploie. Qui est l'auteur de cet aveu ?... Serge Dassault, affirme "Le Canard Enchaîné"... Ces paroles, l'avionneur-sénateur multimilliardaire, propriétaire du "Figaro", les auraient prononcées lundi. D'où l'étonnement du "Canard", qui affirme que, jusqu'à ces dernières semaines, Dassault ne cachait pas ses sympathies pour Sarkozy, et n'hésitait pas à flinguer en privé Villepin et Chirac... Apparemment, c'est fini... Et les journalistes du "Figaro", précise l'hebdomadaire satirique, vont être priés d'apprendre à écrire du bien du Premier ministre. Alors, allons voir l'éditorial d'Alexis Brézet, dans "Le Figaro", à propos des CNE et CPE... "Le chef du gouvernement a pris le risque d'ouvrir la grande épreuve sociale... Si son diagnostic se révèle juste... Ce dont un certain nombre de sondages semblent témoigner... Il aura fait preuve, à 15 mois de la Présidentielle, qu'entre le statu quo et le grand vent de la 'rupture' entre guillemets, il existe bel et bien un moyen de faire bouger les lignes du fameux 'modèle social français'". Et puisque nous parlons des jeunes, le journal "Le Monde" publie un bilan intéressant de 30 ans de dispositifs de lutte... Courbe à l'appui, on voit l'inexorable montée du chômage des jeunes, de 1977 à 1984... De 11 à 25%... Puis, à partir de 84, une baisse très nette, jusqu'au début des années 90... Autrement dit, du gouvernement Fabius au gouvernement Rocard... Puis une remontée, jusqu'à l'embellie des emplois-jeunes, créés par le gouvernement Jospin... Et enfin, une courbe qui repart à la hausse, à partir de 2001, pour arriver aujourd'hui à un taux de chômage de près de 23%. Chômage des jeunes, logement des jeunes, ou la condition urbaine... "Logement, les jeunes restent à la porte", titre "La Croix", qui relaie le cri d'alarme lancé par l'abbé Pierre... Seuls ceux qui peuvent présenter trois fiches de paie, un CDI ou la caution de leurs parents, parviennent à se loger, explique ce journal... Ainsi raisonnent les propriétaires : pas question de prendre le moindre risque... Alors que, dans le même temps, les aides publiques au logement diminuent... Résultat : deux-tiers des étudiants sont obligés de travailler pour vivre. "Droit au logement : interdit aux jeunes !", titre, de son côté, "L'Humanité"... "La jeune génération fait l'objet de maltraitances singulières de la part de ceux qui président aux malheurs de notre pays", écrit Jean-Paul Piérot. La vie à gauche, maintenant... Petits échos d'un certain mal de vivre, au PS... C'est dans "L'Express", avec d'abord cette page sur Jospin... Sous le titre : "Inévitable Jospin", "L'Express" explique que de plus en plus de socialistes se résignent à envisager la candidature de l'ex-Premier ministre à la Présidentielle... Certains n'en ont pas envie, constate Elise Karlin, mais aucun ne s'y oppose clairement... En gros, Jospin, personne n'en veut, mais tout le monde préfère se taire. L'autre problème du PS, toujours pointé par Elise Karlin dans "L'Express", c'est que malgré ses experts, il reste inaudible sur les sujets internationaux... Qui plus est, François Hollande voyage peu, alors... A quelques mois de 2007, la nécessité pourrait avoir raison des réflexes casaniers du Premier secrétaire... On verra... Mais pour l'instant, non seulement c'est un peu "silence radio", mais, qui plus est, pour peu que le sujet soit abordé au sein du PS, il n'y a pas d'unité, sur l'Europe, le Proche-Orient ou l'Afrique... Ce qui complique encore la communication. Oui, c'est dans "France Soir", qui a décidé de publier les 12 dessins de la presse danoise, qui ont enflammé le monde musulman... "Une controverse qui s'est transformée en une véritable crise entre l'islam et l'Occident", écrit de son côté "Le Figaro". Alors, revenons à "France Soir", qui explique son initiative... "Ce n'est pas par goût de la provocation, mais parce que ces dessins constituent une controverse dont l'enjeu n'est rien de moins que l'équilibre, en démocratie, entre le respect des croyances religieuses et la liberté d'expression"... Vous pourrez ainsi voir ces dessins, qui ont été publiés au Danemark... Vous verrez ceux qui ont créé la plus grosse émotion dans le monde musulman : celui qui montre la tête du Prophète surmontée d'un turban en forme de bombe... Ou, peut-être plus encore, celui qui figure Mahomet cimeterre en main, pouvant assimiler tous les croyants à l'intégrisme le plus violent. Alors "France Soir" assume, et brandit son choix éditorial comme un étendard : "Clamons-le autant qu'il le sera nécessaire, écrit Serge Faubert : oui, on a le droit de caricaturer Mahomet, Jésus, Bouddha, Yavé, et toutes les déclinaisons du 'téisme'... Cela s'appelle la liberté d'expression, dans un pays laïc... Assez de leçons de ces bigots rétrogrades !... Ne cédons pas à ces nouveaux inquisiteurs !" Voilà, c'est dit... Et pour que le tableau soit complet, "France Soir" publie un dessin sur toute sa Une, où l'on voit, sur un nuage, Bouddha, Yavé, Mahomet et Jésus... Jésus qui dit à Mahomet : "Eh... Râle pas !... On a tous été caricaturés ici !"... Bonne journée !... A demain !...

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.