… et Amélie Nothomb, pour penser au sien, se faisait cuire le midi un œuf à la coque et le mangeait religieusement, le Figaro. Le New Yorker se souvient de trois grands mathématiciens. Libération se souvient de Robert Hossein en vieil acteur amoureux d’une jeune esthéticienne. Ouest-France raconte des vies splendides!

On parle d'un fauteuil.

Un fauteuil vide de velours rouge râpé, il nous apparait dans Paris-Match, qui sait souvent retenir le temps et ceux qui furent aimés et qui cette semaine retient un peu encore Claude Brasseur et nous rappelle ce rituel... 

Quand il jouait au théâtre un 14 aout, Brasseur achetait un billet et demandait aux ouvreuses de laisser un fauteuil libre, et pendant qu'il jouait, il pouvait contempler une absence, celle de son père, Pierre Brasseur, ce comédien géant parti un 14 aout en 1972 et qui avait laissé à Claude une voix grave et rauque, et une ombre qu'il installait devant lui... 

C'est donc dans Paris-Match, journal immuable, où la délicatesse des Brasseur voisine avec une photo de plage du réalisateur Jalil Lespert et de Laeticia Halliday qui lirez-vous s'aiment comme des ados, la vie est ainsi faite... Paris-Match depuis hier porte le deuil de son directeur Olivier Royant, il aimait la photographie et l'Amérique où correspondant il avait noué des liens avec un bon client alors entrepreneur flamboyant nommé Donald Trump. Royan avait aimé aussi Emmanuel Macron dont il avait fait une vedette, en couple en maillot de bain en Une, en 2016, cela avait compté se souvient le Monde qui salue le confrère, un enfant de Match; Royant il y a deux semaines demandait à sa rédaction de tenir prête une nécrologie du duc d'Edimbourg, pour le cas où, ainsi partent les journalistes. 

Nos journaux nous disent la vie de Robert Hossein, un ultime familier volé par 2020, un « éternel fougueux » dit le Parisien,  un homme "qui aimait les loups et se voyait tel un loup dans la steppe, aux aguets, traqué par on ne sait quelle peur, courant toujours, éperdument" écrit le Monde, les nécros étaient prêtes. 

Michèle Mercier ne peut pas pardonner à Hossein d'avoir monté sans elle au théâtre Angélique qui les avait rendus célèbres ensemble, elle le dit à Nice Matin. Télérama nous dit que cette série Angélique, avait été tournée par "un gentil tâcheron spécialistes de navets à succès" pauvre Monsieur Borderie... Libération se souvient que Robert Hossein n'avait rien compris à ce que lui avait fait faire Marguerite duras dans son film Musica en 1967 mais il n'avait jamais eu d'aussi bonne critiques et s'en amusait, ainsi ironisent les artistes populaires. Gala nous rappelle que Robert Hossein avait épousé Caroline Eliacheff, quand elle n'avait que quinze ans, après avoir aimé Marina Vlady quand elle en avait 17, laquelle Marina avait été disait-elle à France dimanche pour Robert, "ta maman, ta nounou, ton chauffeur, ta secrétaire, ta cuisinière !" ainsi étaient des femmes et Robert était beau. Libération encore nous rappelle Robert Hossein octogénaire, dans un film de femmes Vénus beauté institut, il incarnait  "la mélancolie d’un vieux voyeur, amoureux collant d’une apprentie esthéticienne jouée par Audrey Tautou", ainsi vieillissent les fauves dans le flou de la fin...

On parle aussi d'une libraire...

Qui s'appelle Rosalie Abirached, libraire à Bagnolet et une parmi les français cités hier par le Président Macron au titre de notre espérance, "car elle a mis en place un site internet pour permettre la vente à emporter lors des semaines les plus dures" du confinement. Mais madame Abirached, dont hier à la télévision on n'a entendu que le prénom, possède une histoire plus riche, elle incarne l'obstination de la culture. L'ouverture de sa librairie dans une ville populaire en janvier de l'an dernier avait été saluée jusque dans le journal l'Orient-le Jour, elle est d'ascendance libanaise, on lit depuis de ses nouvelles dans des journaux engagés, L'Humanité Basta Mag ou simplement populaires, le Parisien, et en novembre dernier le Parisien justement et le site france info, et nous-mêmes, et le Figaro ce matin s'en souvient, nous avions raconté ceci: pendant qu'elle tenait son stand de vente à emporter, des policiers en uniforme s'étaient mêlés à sa clientèle et lui avaient collé une mande pour non-respect des règles, ils lui reprochaient une tables trop serrée contre sa boutique...

Le scandale avait été suffisant pour que l'amende ne soit pas payée, Emmanuel Macron connaissait-il toute l'histoire de celle qu'il a évoquée. Mais un Président ne peut pas tout dire et nul ne saurait raconter toutes les vies , il y faudrait tellement de temps...

Ouest-France, sort un numéro aimable qui ne parle que de cela, quelques vies de français aux aventures modestes et splendides. Une jeune femme part en année sabbatique au brésil, elle va saluer le pilote qui connait son père et là commence à bavarder avec le copilote, un grand barbu bouclé, ils se mari-e-ront, une femme et un homme sont partis de Bretagne en vélo jusqu’au bout du monde, Samarkand, la route de la soie, mais se sont retrouvés bloquées en inde avant la frontière birmane, confinés car français, notre covid faisait peur, ils sont rentrés, une femme et un homme parisiens sont devenus châtelains en retapant un beau manoir breton

Allez lire en grand sur Ouest France de grandes belles vies... Il vaut mieux cela que vous hypnotiser sur les écrans et les réseaux sociaux... 

Et le Point nous met en garde contre les écrans... 

A partir du livre du sociologue Gérald Bronner, il décrit "l'apocalypse cognitive" que subissent nos cerveaux quand la civilisation de la technique a trahi une promesse. Un homme des années vingt, ministre et prix Nobel de physique, Jean Perrin,  avait rêvé qu'un homme libéré de ses tâches primaires, nourrir, survivre, acquerrait une disponibilité mentale qui permettrait les plus grands des progrès.... 

La prophétie était exacte, depuis le début du XIXe siècle, les machines ont libéré nos esprits, nous disposons en France  1 139 000 000 d'années de cerveau disponible en France. Que faisons-nous de cette richesse? 

Nous pouvons par exemple, une suggestion, réviser notre anglais et lire sur le site du New Yorker un témoignage méticuleux sur trois hommes morts l'an dernier dans la pandémie, ils se nommaient John Conway, Ronald Graham, and Freeman Dyson, ils étaient mathématiciens, ils avaient exploré le monde avec leur cerveau aux confins des chiffres et de la science-fiction. Dyson nous imaginait survivre dans des sphères spatiales parfaites, on aurait pu en créer une en décortiquant la terre : à prendre le temps de lire, c'est infiniment plus beau que mes résumés.  

Dans le Figaro encore, Amélie Nothomb, dont la vie est cerclée de rites et d’écriture revient sur la mort de son père le premier jour du premier confinement, elle ne put aller à son enterrement et construisit des cérémonies pour échapper à cette fin du monde. Elle faisait chaque jour une heure de vélo et s'accordait des siestes et rêvait de son père, qui l'encourageait, c'est bien tu es sportive, et chaque jour aussi, à midi elle se faisait cuire un œuf la coque, il adorait cela, qu'elle mangeait religieusement dit-elle en pensant à lui, comme Brasseur jouait devant un fauteuil vide, quand nos théâtres vivaient et lui aussi.

Pardon! En voulant rétablir la véritable histoire de Rosalie Abirached, libraire vite citée hier par le Chef de l'Etat, je me suis égaré en banlieue Est et ai situé à Montreuil sa librairie, "De beaux lendemains", qui se trouve à Bagnolet: c'est tout près, mais ce n'est pas une raison.  C.A.

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