Après l'erreur, tragique, la prise de conscience, puis la réforme... Ce serait le chemin logique... L'enseignement de l'affaire Outreau, et le passage à l'acte... Mais s'il est un chemin, précisément, que la justice a toujours eu du mal à emprunter, c'est celui de la réforme... Alors... Les conclusions de la Commission Outreau, rendues publiques hier, vont-elles déboucher sur la remise à plat du système judiciaire ?... Telle est la question... Fondamentale, tant la justice est un pilier du pacte républicain. "Libération", "L'Express" et bon nombre de journaux de la presse quotidienne régionale se penchent sur le sujet, ce matin. Sous le titre "Justice : le verdict des députés", "Libération", qui se montre le plus complet sur le sujet, fait le tour d'horizon des principales mesures préconisées par la Commission Outreau... D'abord la garde à vue, avec cette mesure qui changerait la donne : notifier enfin à la personne les raisons de sa présence au commissariat... Faire sortir l'avocat de son rôle de figuration, et enregistrer la garde à vue, comme on le fait dans les pays anglo-saxons. Autres points : limiter la détention provisoire, surveiller et punir les magistrats pour faute grossière... Création d'un stage obligatoire d'un an chez un avocat, qui devrait enfin apprendre aux élèves magistrats que la défense n'est pas synonyme d'ennemie, écrit "Libération"... Et puis en finir avec la connivence entre les juges du siège, qui jugent, et les procureurs, qui accusent... Ces passages incessants d'un poste à l'autre... En résumé, selon "Libération" : des propositions novatrices sur la garde à vue, mais timorées sur la détention provisoire. Reste la tout aussi fondamentale question de l'instruction... Juge unique, juge inique... Le slogan aurait pu parfaitement coller au juge Burgaud, estime "Libération" : seul et pressé, hermétique aux signaux d'alerte, précisent les députés de la Commission Outreau... Alors certains parlementaires penchent pour la suppression pure et simple du juge d'instruction... Face à cette mesure radicale, c'est finalement la collégialité qui l'emporterait... Trois juges, au lieu d'un. Peut-être, mais la Commission vient surtout de découvrir l'eau chaude, objecte Pierre Taribo dans "L'Est Républicain"... En préconisant l'instruction collégiale, par exemple, elle propose une mesure à laquelle tout le monde pense depuis longtemps, mais qui est impossible à mettre en oeuvre, faute de moyens... Disons que, dans cette histoire, la Commission Outreau a fait preuve de bonne volonté, ajoute notre confrère. Pas du tout, répond Daniel Lobregat, dans "La Nouvelle République du Centre-Ouest"... Cette enquête constitue, selon lui, une vraie révolution judiciaire, avec des conclusions, qu'on peut certes discuter à l'infini, mais qui sont cohérentes, fonctionnelles et, disons-le... justes. Alors, les travaux de la Commission peuvent-ils aboutir à une réforme ?... Il faudrait un sacré courage politique pour y parvenir, pronostique Patrick Berthomeau dans "Sud-Ouest", qui rappelle qu'en matière de justice, le courage politique n'est pas forcément la qualité la mieux partagée. Pragmatique, Hervé Favre estime, dans "La Voix du Nord", que de toute façon, ce rapport ne pourra rester lettre morte, contrairement à beaucoup d'autres, imprimés par l'Assemblée ou le Sénat... Parce que l'appropriation du sujet par les Français a été si forte qu'ils n'accepteront pas que ces conclusions soient tronquées ou vidées de leur substance sous les pressions corporatistes qui ont commencé à s'exercer depuis hier, à 16 heures. Peut-être notre confrère fait-il allusion à ce qu'affirme "Libération", concernant les policiers, très opposés à la garde à vue, et qui clament déjà comment ils court-circuiteront les enregistrements. Et on en revient à la question principale : le rapport de la Commission Outreau va-t-il servir à quelque chose, au-delà de la prise de conscience ?... Autrement dit, est-ce qu'il risque de n'être qu'un rapport pour rien, pour reprendre les termes dans lesquels "L'Express" pose la question... Autant dire que, sur ce point, l'hebdomadaire se montre pessimiste... "L'Express" estime en effet que le gouvernement n'a peut-être ni les moyens ni l'envie d'engager la bataille sur le terrain miné de la grogne des magistrats. Et puis il y a la campagne qui arrive, pour la Présidentielle... Chacun va vouloir proposer SA réforme... Les dirigeants des partis politiques ne voudront pas se priver d'un argument électoral de poids... Pour tout le monde, conclut Laurent Chabrun, il est donc urgent d'attendre. La Présidentielle, justement... Avec, en Une du "Nouvel Observateur", la photo de Jean-Marie Le Pen, et cette question : "Sera-t-il de nouveau au second tour ?"... Question posée sur la base d'un sondage SOFRES... "Le sondage qui fait peur, écrit Robert Schneider, parce que Le Pen est plus haut qu'il ne l'était en 2001, un an avant le scrutin... Si bien que lorsqu'on suggère qu'il pourrait passer le cap du premier tour, cela ne fait plus rire... Surtout si, à droite comme à gauche, la machine à perdre se remet en route". Les chiffres donc... Non seulement 31% des Français interrogés souhaitent que Le Pen soit candidat en 2007, mais surtout 36% pronostiquent sa présence au second tour. Rappelons qu'en 2002, aucun institut de sondage n'avait songé à poser la question, tant elle paraissait incongrue. "La situation paraît d'autant plus préoccupante, ajoute Robert Schneider, que rien de ce qui fait monter Le Pen n'a disparu... Tout, au contraire, renforce le parti protestataire qu'est le Front National et son leader démagogique. Dans ce climat délétère, les émeutes dans les banlieues sont pain béni". Alors un dernier chiffre, tiré de ce sondage SOFRES effectué les 10 et 11 mai derniers... 8% des personnes interrogées se disent certaines de voter pour Jean-Marie Le Pen... 9% le feront sans doute, mais peuvent encore changer d'avis... Mais 10% disent que si elles n'ont pas l'intention de voter pour lui, il est possible aussi qu'elles changent d'avis. Potentiellement, ça fait 27% d'électeurs. Potentiellement, bien sûr. A l'autre bout de l'échiquier politique, disons dans des contrées radicalement différentes... On trouve le pays des Verts... Drôle de pays, dont on se demande à quoi il sert. C'est "Libération" qui consacre deux pages à cette question un rien vacharde : "La nature a-t-elle besoin des Verts ?". Il est vrai que le cafouillage pour désigner un candidat à la Présidentielle, et les faibles scores dans les sondages, reposent la question de l'utilité politique d'un parti écologiste, donc le concept de l'écologie politique. Parce que, à y regarder de plus près, on s'aperçoit que la majorité des partis politiques "verdissent" leur programme... Ce qui, mécaniquement, sacrifie la raison d'être d'un parti comme celui des Verts. Mais dans le même temps, note Pierre Haski, la crédibilité de la parole politique étant en berne, il devrait y avoir un boulevard pour ceux qui veulent incarner une autre manière de faire de la politique, et porter des thèmes différents, plus humains. Eh bien justement, l'incapacité des Verts à incarner ce terrain-là est aujourd'hui leur principale faiblesse... Décidément, comme l'écrit avec facétie Jacques Camus dans "La République du Centre" : "les Verts ne sont toujours pas mûrs". Et pendant ce temps, le Parti Socialiste grossit, à vue d'oeil... Genre "mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade"... Le PS, grand parti... Donc plutôt riche... Il lui fallait l'allure d'une autre opulence : celle de ses militants, condition sine qua non d'un parti bien portant. Eh bien voilà : en quelques mois, la formation de François Hollande a enregistré 60.000 nouveaux adhérents... Plutôt des hommes, nous apprend "Le Monde"... Quadras, Bac+3, et surtout la volonté de peser sur le choix du candidat, plus que sur le projet. Autrement dit, au PS, le combat des chefs fait recette... Une lecture bienveillante de la foire d'empoigne... En tout cas, dans l'histoire du PS, on n'avait jamais connu ça, note "Le Nouvel Obs" qui, comme "Le Monde", répond aux questions de : "Qui sont-ils, ces militants ?", "Que veulent-ils ?", "D'où viennent-ils ?"... Et là, il est précisé que les nouveaux militants socialistes sont plutôt urbains, cadres et professions libérales, et que 91% d'entre eux n'ont jamais adhéré à un parti avant celui-là. Militants du PS, ils sont donc aussi "Sabra" du PS. Mais revenons au point soulevé par "Le Monde", sur le côté "je milite, donc je suis"... Parce que si j'adhère, c'est pour donner mon avis sur le candidat... Même Mazarine Pingeot s'y met, puisqu'elle vient de prendre sa carte, et elle résume le sentiment ambiant avec cette phrase toute simple : "Oui, ça donne envie de voter, le nombre de candidats". Et comme la règle du parti impose six mois d'ancienneté pour participer au vote des militants, prévu en novembre, c'est la raison pour laquelle il y a eu un tel afflux d'adhésions au mois de mai. Et comme ça, chacun pourra donner sa chance à son favori. Voilà comment le PS se transforme en un parti de supporters... Un trésor de guerre pour 2007, analyse "Le Monde". Tout ça pour gagner 6.714 euros par mois, franchement, il faut avoir la foi. Bon, 6.700 euros, par rapport au salaire moyen des Français, c'est une belle somme... Mais c'est ce que gagne le Président de la République en France. Bien sûr, il y a les autres sources de revenus, et tous les à-côté... Bien sûr, le Président ne paie ni le pressing, ni son ticket de métro, ni quasiment rien, pour tout dire... Mais vu le poids énorme de ses responsabilités, 6.700 euros... Eh bien, ça n'est jamais que 6.700 euros... Ce qui n'est pas beaucoup, en comparaison de ce que gagne Angela Merkel, Chancelière allemande : 21.000 euros... La plus payée des dirigeants de l'Union européenne... Panorama publié par "L'Express"... Angela Merkel, 10 fois plus que Mikulas Dzurinda... Si le poids des salaires était indexé sur la notoriété, on serait là dans une certaine logique... Mais évidemment il ne s'agit pas de cela... Il me reste à vous dire que Mikulas Dzurinda, c'est le Premier ministre slovaque, qui plafonne à 2.684 euros mensuels. A ce compte-là, mieux vaut avoir une couronne sur la tête qu'une République dans les mains... Les listes civiles annuelles votées en faveur des souverains européens sont en effet tout à fait royales... Le pompon, si j'ose dire, étant détenu par la Reine d'Angleterre, qui reçoit 15 millions d'euros par an. "Gold save the Queen". Bonne journée. A demain.

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