"Libération" et "L'Equipe" approchent la vérité de Zidane, "La Provence" nous met en garde et nous explique les drogues de synthèse, "Le Figaro" dit la guerre du Yémen à hauteur de victime, et "Le Nouveau Magazine littéraire" veut sauver l'homme en le reconnectant à la nature, avec un mouton à sa une !

Zinédine Zidane  dans des superlatifs

Puisqu'il est "Royal" pour La Provence, puisqu'il a tenu "Le discours d'un roi" pour L'Equipe, et la place que prend son départ du Real Madrid éclipse l'espérance de l'équipe de France, des joueurs d'aujourd'hui, qui se préparent à la Coupe du monde. "Pendant ce temps ils jouent", ironise L'Equipe, on s'occupera d'eux plus tard !

Et on a devant nous un homme inscrit dans l'histoire. On ne sait comment le prendre tant ses mots sont rarement flamboyants, mais c'est ainsi, le football produit ce genre d'évidences. Il y a dans Le Point un très bel article d'un écrivain, Olivier Guez, récent prix Renaudot, sur Lev Yachine, gardien de but soviétique mort un an avant ce pays qu'il avait si bien incarné. Le pur héros du peuple de l'URSS, sous Staline et au-delà.

Zidane est le même par l'emprise qu'on lui accorde. Il y a deux manières de dire Zidane. La première, dans Le Parisien, avec ce Zidane qui sera sélectionneur de l'équipe de France et une autre manière plus intime et plus juste. On lit dans L'Equipe et dans Libération deux hommes qui ressentent la vérité des légendes.

Frédéric Hermel, dans L'Equipe, raconte ceci : au cœur de l'hiver, les dirigeants d'un Real sorti de la coupe d'Espagne et dépassé en championnat voulaient recruter pour sauver la saison. Zidane l'avait empêché. 

"Il avait passé une sorte de pacte avec 'ses gars' au cours d'une très longue réunion dans le vestiaire. L'entraîneur protégeait le groupe et empêchait la venue de nouveaux éléments, les joueurs se mobilisaient pour la ligue des champions." Et c'est ce pacte qui est allé au bout.

Dans Libération, Gregory Schneider le raconte avec lyrisme. "Zidane s’est tué à dire que l’entraîneur qu’il est n’a existé qu’à travers ses joueurs. Il a défendu ceux-ci tant et plus, éloignant  le spectre d’un concurrent à Karim Benzema que réclamait pourtant le peuple et se refusant à prendre acte d’une fin de cycle. Zidane aurait dû être l’architecte d’une reconstruction : il préfère laisser le boulot à un autre, c’est-à-dire qu’il sera resté éternellement fidèle à ces joueurs-là."

Il cite aussi Zidane, Schneider, dans ses mots. "Je ne suis pas fatigué d’entraîner, je suis fatigué d’une manière plus globale."

La fatigue est une fidélité. 

Les drogues de synthèses nous menacent

Qui nient la fatigue et qui détruisent la vie, et elles sont le dossier de La Provence ce matin. Ces nouvelles drogues de synthèse, NPS (nouveaux produits de synthèse), aussi glaçantes que Zidane est solaire, qui prennent la forme de bonbons et portent les noms de fêtes, Yucatan fire, Spice, Buddha blues, sont les petits cailloux d'un voyage au bout de la nuit. Elles tuent en France et ont tué en Provence l'été dernier, c'est arrivé là-bas... Et voilà pourquoi le journal s'en saisit.

C'est un dossier pédagogique, pour des adultes qui doivent apprendre ; des molécules chimiques sont inventés par les laboratoires dans les années 50 pour comprendre le fonctionnement du cerveau. Elles sont désormais triturées et produites en chine, commercialisées sur internet, sans cesse renouvelées, elles sont des bombes chimiques. 

Un autre article raconte le GBL, le gamma butyrolactone, une molécule utilisée notamment pour nettoyer les jantes des voitures mais qui provoquerait euphorie et exacerbation des sensations ; c'est la cousine de la drogue des violeurs. GHB est-elle déjà à Marseille se demande le journal.

Elle est bien en France, cette drogue, qui a empoisonné des fêtards dans une soirée parisienne il y a quelques mois, deux comas, et un mort.... 

Sur le site du Parisien, un petit article, il date du début de la semaine. Dans le Val-de-Marne, deux hommes se rencontrent et décident de passer la nuit ensemble. Ils prennent du GHB pour épicer les sensations. Après le sexe, l'un d'eux s'endort ; il ne se réveillera pas.

On meurt de sexe et de drogues mélangés, on appelle ça le "chemsex", le sexe sous drogue, le sexe sous ces drogues de synthèses. Nos journaux en parlent  depuis quelques mois : Le Monde a raconté en avril dernier un jeune homme, détruit dans la spirale du désir, hébété, après un marathon sexuel de trois jours soutenu par ses cocktails chimiques. Lisez donc adultes. 

En 2015, le sérieux British Medical Journal alertait le Royaume-Uni sur ces "sex parties" sous drogues qui duraient 72 heures et sur le danger pour la santé publique : cela dure…

On retrouve la drogue dans un grand reportage dont Le Figaro fait sa une sur la guerre oubliée du Yémen. Et cette apparition rend encore plus incompréhensibles les suicides festifs de l'occident. Au détour d'une rue d'Aden, où "une grappe de jeunes en haillons mâche le qat", l'herbe euphorisante dont la culture absorbe la moitié des réserves en eau du pays... Et ces jeunes s'évadent d'un pays détruit, que Georges Malbrunot arpente à hauteur de simples victimes, des pêcheurs déplacés, de jeunes drogués. On apprend aussi, dans Le Figaro, qu'un Français vivant au Yémen a été capturé et retenu deux mois dans cette guerre. Libéré, il lutte en ce moment contre un cancer, en France. 

Un brin d'espérance enfin, puisqu'un journal espère changer  le monde grâce à un mouton

Le plus innocent des animaux qui pointe sa bonne tête à la une d'un magazine intellectuel et de bonne volonté...  Le Nouveau Magazine littéraire, créé pour redonner des raisons à la gauche, et qui en trouve dans un long dossier écologiste et spirituel où l'on comprend que nous ne retrouverons notre humanité qu'en rendant son humanité au genre animal. Car nous vivons dans un charnier, et les cousins de l'innocent mouton de une crèvent et empestent sur les bateaux qui les emmènent d'Australie vers le Moyen-Orient, où ils seront abattus pour fabriquer nos pulls, nous dit la philosophe Florence Burgat.

Et tout se tient alors : une civilisation qui masque la torture, les réseaux commerciaux, une inhumanisation du monde... Il faut retrouver cette conscience d'appartenir au même monde que les animaux pour conjurer ce qui nous arrive. Le magazine oppose le projet technologique de l'homme nouveau réinventé par la technologie, invulnérable, à la modestie de l'homme retrouvant la nature et sa fragilité. Il y a du Zidane dans ce mouton. 

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