C'est pourtant un joli nom pour une tempête : "Xynthia". A l'oreille, il sonne comme une caresse, si loin du prénom "Lothar" que l'on avait donné à la tempête de décembre 1999. Il y avait eu 92 morts en France. "Lothar" rimait avec "barbare". Mais "Xynthia"... Les quotidiens des régions atlantiques la décrivent tous d'un mot : "meurtrière". Ouest-France, Presse Océan sont au diapason. La Charente Libre titre en Une : "La tempête sème la mort". Pour Le Télégramme, c'est : "Xynthia, la meurtrière". Ce matin, tous vos journaux ou presque reviennent sur la cause de la tragédie, avec la conjonction d'un courant froid de haute altitude et d'une masse d'air chaud en dessous. Chaud et froid, on le sait depuis toujours, n'ont jamais vraiment fait bon ménage. Les vents très violents se sont combinés à une forte marée et à une pluie battante, des digues ont cassé sous l'effet du phénomène. Dans Libération, un ostréiculteur d'Oléron résume bien, en une phrase, ce qu'ont vécu les victimes de "Xynthia", principalement en Vendée et en Charente-Maritime... Il dit : "C'est la mer qui nous a attaqués". Ces mots si forts, Libé les reprend en Une et en fait son titre du jour. Combien de morts déplorerons-nous quand toutes les maisons auront été visitées, quand l'eau, enfin, aura fini par se retirer ?... ...On le voit bien en parcourant la presse régionale, certaines régions ont souffert plus que d'autres. Les moins touchées d'entre elles, à travers leurs journaux, dissimulent mal leur soulagement. Prenez Le Maine Libre ("Des morts en Vendée, des dégâts dans la Sarthe"), Le Courrier Picard ("Des dégâts ici, des morts là-bas"), Les Dernières Nouvelles d'Alsace ("Xynthia effleure l'Alsace"). Et puis, plus rare, il y a des quotidiens qui mettent l'accent sur une tout autre actualité que celle qui touche à la tempétueuse "Xynthia". C'est le cas de La Provence avec ce titre : "3-0 au Parc. L'OM est magique". Y a-t-il une vie après le foot ? D'une manière générale, la presse affiche sa compassion et sa solidarité. Plusieurs journaux (La Nouvelle République, L'Alsace, Le Dauphiné) reprennent les mots prononcés hier par François Fillon : c'est "une catastrophe nationale". La Tribune prévient : la tempête sera "coûteuse". Le quotidien économique rappelle que Christine Lagarde a appelé dès hier les assureurs à une "mobilisation exemplaire". Elle a une homonyme, Christine Lagarde. Béatrice Lagarde est sous-préfète des Sables-d'Olonne, en Vendée. Interrogée par Le Parisien-Aujourd'hui en France, elle déclare : "Il va falloir renforcer les défenses contre la mer". Dans La République du Centre, Jacques Camus le précise : "Il faudra évidemment qu'aux grands mots (m.o.t.s) succèdent les grands remèdes". Xynthia, dit-il, a "souligné nos insuffisances". L'éditorialiste de La République du Centre évoque le plan de renforcement des digues, l'accélération de l'enfouissement des lignes électriques. Il ajoute : "La leçon s'impose à notre impétueux 'écolo-Président' : il faut, certes, protéger la nature ; mais il faut aussi savoir s'en protéger". Pas d'accord, Dominique Garraud, de La Charente Libre : "Les leçons de Lothar et Martin ont été tirées à la fois par les scientifiques, les pouvoirs publics et les assureurs (...) Entre les progrès des observations satellitaires, les enfouissements des lignes électriques et un reboisement permettant d'éviter des réactions en chaîne redoutables, un travail sérieux a été accompli". On n'a pas encore achevé la sinistre comptabilité des victimes de Xynthia que, déjà, l'orage gronde parmi les polémistes. Dans L'Alsace, Patrick Fluckiger choisit son camp lorsqu'il écrit que "le réseau (électrique) français reste l'un des plus vulnérables aux intempéries". Pour Fluckiger, "voilà déjà quelques années que la France a inscrit le principe de précaution dans sa Constitution. Les pouvoirs publics n'ont pas encore mesuré tout ce que cette formule implique au niveau de la prévention des catastrophes naturelles, que les experts annoncent de plus en plus rapprochées et de plus en plus intenses, à cause du réchauffement climatique". (Nicolas Demorand : "Une catastrophe naturelle... et voilà que l'on nous reparle du réchauffement climatique, Alain")... Après avoir pointé notre "relative impuissance" quand les éléments se déchaînent, Rémi Godeau, dans L'Est Républicain, rend hommage au "système d'alerte vigilance" du service météorologique national. Sans doute nos prévisionnistes ont-ils, cette fois, sauvé bien des vies. Rémi Godeau met opportunément l'accent sur la polémique mondiale qui est en train de naître autour de "la réalité du réchauffement planétaire". Il cite "L'Imposture climatique", le livre de Claude Allègre, dans lequel l'ancien ministre n'hésite pas à parler d'un "système mafieux" qui lierait apparemment ceux que les caprices du climat inquiètent durablement. Pour Rémi Godeau, "aussi légère que contestable, cette thèse est dangereuse. Elle laisse croire que l'activité humaine n'a pas d'impact sur notre écosystème". Dans le collimateur de Claude Allègre et de ceux qui pensent comme lui, il y a le GIEC, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat. Dans les pages Rebonds de Libération, Daniel Schneidermann s'attarde sur le traitement par les médias français de cette "guéguerre" entre scientifiques et assimilés. Les pro-Allègre semblent, ces derniers temps, avoir marqué des points. Schneidermann le constate et rapporte que le quotidien Le Monde "s'est senti obligé, dans un éditorial, de préciser qu'il continuait à défendre la position du GIEC, comme si la chose n'allait pas de soi". La position du GIEC consiste à dire que la Terre se réchauffe dangereusement et que l'homme est responsable de ce réchauffement. Dans la page Idées du quotidien économique Les Echos, Jeffrey Sachs, professeur d'économie et directeur de l'Institut de la Terre à l'université américaine de Columbia, livre ses réflexions sur ce thème. Sous le titre : "Climat, tabac : une même stratégie de dénigrement de la science", il écrit : "On fait croire que des désaccords existent pour empêcher toute action. Une tactique similaire à celle utilisée sur les effets nocifs du tabagisme". Jeffrey Sachs conclut : "Nous devons changer nos modes de consommation d'énergie et nos systèmes industriels pour réduire le dangereux impact de l'activité humaine sur le climat. Il est de notre responsabilité d'écouter et de comprendre ce message, du GIEC et des climatologues, pour agir". (ND : "L'industrie et le climat : ce thème est-il dans l'air, Alain ?") C'est plutôt le "climat de l'industrie" qui est à l'ordre du jour en France. Nicolas Sarkozy, nous dit ce matin le quotidien économique La Tribune, "veut que la France s'engage dans une nouvelle révolution industrielle". Jeudi, le chef de l'Etat détaillera les moyens d'y arriver. Il le fera sur le site d'Eurocopter à Marignane. De nombreux patrons français attendent beaucoup de la déclaration présidentielle. Chacun y va de ses solutions. La Tribune cite Yvon Jacob. Il préside le GFI, le Groupe des fédérations industrielles. Il suggère, lui, de restaurer d'abord les ressources financières des PME "en remettant à plat le financement des régimes sociaux, en supprimant par exemple le financement des allocations familiales par les entreprises". "Les dirigeants européens veulent faire payer la crise au monde du travail" : c'est en première page de L'Humanité. Le journal fondé par Jean Jaurès titre : "L'Espagne entre en résistance" à propos de l'âge de la retraite qui pourrait passer là-bas de 65 à 67 ans. Dans Libération, le directeur général de Renault s'attarde sur la stratégie du constructeur automobile français. Après une année noire, Patrick Pélata ne prévoit pas de reprise en 2010. Le danger, dit-il, "c'est la crise sociale et politique". A ce propos, je vous invite à lire dans Le Figaro le texte de la conférence que le sociologue Alain Touraine a donnée devant les élèves de l'Ecole normale supérieure. Ce texte porte pour titre : "La crise et la double mort du social". J'extrais, de cette prestation d'Alain Touraine, une phrase au hasard. Je vous la livre : "Nous sommes dans une situation qui ne peut être réglée, améliorée, que si l'on recompose un système social". (ND : "Recomposer un système social, c'est en principe le rôle des politiques")... Les politiques, en ce moment, ils sont en campagne. En campagne pour les Régionales. Plusieurs de vos journaux, régionaux et nationaux, publient ce matin le résultat de sondages d'opinion. Ils donnent tous un net avantage à la gauche ; l'UMP pourrait perdre l'Alsace, espère gagner les Pays de la Loire. Mais ce n'est pas le plus intéressant. Le plus important, sans doute, c'est la montée de l'abstention. Pour n'en citer qu'une, l'enquête CSA/Le Parisien-Aujourd'hui en France, réalisée les 24 et 25 février auprès de 792 personnes en âge de voter, fixe le taux des abstentionnistes du 14 mars prochain à 50%. Et là, question : quand le nombre des abstentions aura dépassé cette barre des 50%, un scrutin pourra-t-il être validé ? Le sujet est grave. Raison de plus pour se distraire un peu avec la vie privée de nos femmes et hommes politiques. La secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno reprend les compétitions de karaté. Quand au député socialiste Arnaud Montebourg, il est paraît-il en ménage avec la journaliste Audrey Pulvar. Libération nous le confirme. Et puisque nous en sommes au chapitre "people", je vous invite à jeter un oeil dans France-Soir si vous avez manqué samedi la cérémonie des Césars du cinéma français. La robe qu'a portée ce soir-là Laetitia Casta, faite de mousseline et de plumes d'autruche, est simplement divine.

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