Tipi Heddren, star des Oiseaux, accuse A.Hitchcok de harcèlement moral et sexuel. Pauvrophobie et Islamophobie, nouveaux mots/maux du 21ème siècle. Et un peu d'intelligence!

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

On commence ce matin par une scène…terrifiante…

Son les Oiseaux

Vous avez déjà peur non ???Scène des Oiseaux, chef d’œuvre d’Hitchcok…vous vous souvenez, Tippi Heddren se fait attaquer par ces volatiles noirs…c’est limite insoutenable. Mais la terreur n’est pas qu’à l’écran et le rapace, en fait, c’était lui Hitchcok. D’abord parce que pour tourner cette scène, il choisit des volatiles bien vivants qui iront jusqu’à presque éborgner l’actrice, la plongeant dans d’horribles cauchemars. Mais surtout, ce que révèle sa muse c’est que le grand maitre du suspense était un homme d’obsessions, qui lui a infligé harcèlement sexuel, moral, confinant à la cruauté. Révélations de Tippi Heddren dans ses Mémoires, à paraitre demain, que le New York Post a lues en avant première, confessions reprises par Jean Frédéric Tronche sur le site de l’OBS. L’actrice raconte la fixation d’Alfred Hitchcok à son endroit, il rôde autour de sa maison, interdit aux acteurs de s’approcher d’elle, essaie de l’embrasser à l’arrière de sa limousine, lui demande de le toucher, fait installer une porte secrète entre son bureau et la cabinet de toilette de son actrice sur le tournage de « pas de printemps pour Marnie » et s’y invite pour l’agresser. La jeune femme, 31 ans à l’époque, parle d’un « moment terrible », mais le « terme même de harcèlement n’existait pas à l’époque » rappelle t elle. Et puis « lequel était le plus précieux pour les studios, Lui ou moi ? » s’interroge t elle. Connaissant la réponse, elle s’est tue. Hitchcok a ruiné sinon sa vie, en tout cas sa carrière. Tippi Heddren 86 ans, dit aujourd’hui ce qui hier n’avait pas de mots.

On revient à aujourd’hui, aujourd’hui, 1er novembre, fête de tous les saints hélène

Et tout le monde n'est pas à la fête Marc, pas plus aujourd'hui que les autres jours. Terribles enquêtes conjointes du Credoc et d'Atd quart monde sur lesquelles Le Monde revient aujourd'hui, et qui mettent au jour un nouveau mal, la pauvrophobie. Ce regard de plus en plus dur que nous portons sur les pauvres. « Un vent mauvais souffle » témoigne un des responsables d'associations de réinsertion sociale, « un effritement des valeurs d'hospitalité et de solidarité ». Et face à l'accumulation des accès de pauvrophobie et les outrances des politiques en cette période pré électorale relatés chaque matin par la presse, " on ne sait pas si les discours politiques relaient l'opinion publique ou s'ils l'aliment, confime claire hédon, présidente d’ATD quart monde. Mais en tout cas, ils culpabilisent les pauvres, les migrants, les sans-abri, tous confondus, et les désignent de plus en plus comme des assistés qui profiteraient du système ". Avant, à chaque crise, plus il y avait de pauvres, plus il y avait d'empathie de la part de la population. 2008, marque un tournant. Le pauvre est aujourd'hui « celui qui ne fait pas l'effort de s'en sortir ». Peut-être le réflexe primaire de la peur de se retrouver du mauvais côté, mais ce que l'article détaille, ce sont toutes ces initiatives publiques qui institutionnalisent et finalement légitiment cette peur primale. Du mobilier urbain que l'on change pour empêcher les sdf de se reposer, aux arrêtés municipaux anti mendicité, en passant par la restriction des aides ou le refus assumé de certains maires d'accueillir les plus fragiles, enfants, femmes et aujourd'hui migrants… « Cachez ce pauvre que je ne saurais voir, tant que ce n'est pas moi »...et encore, si c'était si simple.

Ce matin dans le Figaro, Delphine de Mallevoue nous relate les crispations des riverains de Stalingrad à Paris face aux migrants qui s’installent toujours plus nombreux sur leurs trottoirs… « On a du mal à s’en sortir avec notre propre misère, pourquoi nous en remettre une couche avec ce campement ? s’interroge véronique, riveraine historique et militante de gauche. Quand Assin, ex sdf de 55 ans, s’insurge « moi j’ai vécu 4 ans dans la rue, et j’appelais tous les jours le Samu social sans rien obtenir. Les migrants, eux, ont des tentes, de la nourriture, des aides, mais si on n’a rien à donner aux siens, pourquoi donner aux autres ? » Terrible concurrence de la misère…

Dans la presse également ce matin Hélène, un portrait

Un portrait qui va sans doute vous intéresser Jean Louis Bianco, celui dans le Monde du directeur du CCIF, le collectif contre l’islamophobie en France, Marwan Muhammad…Directeur depuis mars dernier, « porte-voix combatif » titre le quotidien, mais qui est-il, que défend t il ? Cécile Chambraud nous retrace le parcours de celui qui fut d’abord trader à la société générale, « métier dégradant du point de vue humain confesse t il, mais système des plus égalitaires puisque on se fiche que tu sois arabe, noir ou juif tant que tu livres de la performance », avant de s’engager au CCIF et de lui donner sa résonnance actuelle et son audience. Héritier de Tariq Ramadan, Marwan Muhammad contribue à imposer le mot islamophobie, dénonçant ce qu’il considère être un racisme institutionnalisé d’Etat. « Puisque les discriminations ne sont pas simplement le fruit de comportements individuels à la marge, mais qu’il y a quelque chose de systémique dit il dans leur jaillissement dans le service public, » il revendique donc les statistiques du CCIF qui additionnent les agressions subies par les musulmans et les discriminations recensées, notamment sur le port du voile. Ces lois sur le voile considérées comme des lois d’exception islamophobes par le CCIF…Marwan Muhammad qui s’insurge de l’identité monolithique, figée qu’on voudrait imposer aux musulmans, pour les tenir à la lisière de la Nation, mais qui sur quelques fondamentaux, se perd un peu… dans un récent débat avec Jean François Copé, il refuse de se prononcer sur la polygamie « je ne condamne pas les choix des uns et des autres d’être homosexuels ou polygames, ça ne m’intéresse pas » a-t-il proféré « sans craindre écrit la journaliste, un amalgame douteux »

Des statistiques, des positions qui font bondir les adhésions au CCIF, mais aussi ses détracteurs… « le ccif colle à la France, Etat islamophobe, une sorte d’étiquette pour vivre son racisme en toute tranquillité » dénonce le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gilles Clavreul…le conseil Français du culte musulman est tout aussi gêné « attention à ne pas mettre le feu à la baraque en faisant passer l’idée que tous les français sont anti musulmans » s’alarme t il.

Réaction bianco/marc.CCIF partenaire fiable ??

Pour terminer, vous nous conseillez un plongeon !

Quittons pauvrophobie et islamophobie, ces nouveaux et terribles mots/maux de notre époque, pour plonger, oui, dans l'intelligence, traversons les pays, les cultures, l'Histoire avec un grand H. Bon, il vous faudra attendre demain l'ouverture des librairies pour acheter l'imposant opuscule proposé par la revue XXI qui a eu le bonne idée de relier ses Grands entretiens, entretiens avec des écrivains, des historiens, des scientifiques, des acteurs politiques...qui tous constituent la formidable conscience morale de notre parfois bien triste 21eme siècle. Dans ce numéro intitulé, « Comprendre le monde », vous croiserez le polonais Bronislaw Geremek qui nous parlait avant sa mort, d’un temps pas si lointain où l'Europe était encore un idéal, le photographe Raymond Depardon qui raconte comment il tire sa force de vie de son origine paysanne, vous croiserez Amin Malouf, ou le Nobel de littérature le turc, Oran Pamuk, ou encore, l’écrivaine Svetlana Alexievitch qui nous confie comment dans le monde soviétique, c’est sa grand-mère ukrainienne qui lui a fait pressentir que le monde était plein de mystères, plein de questions, combien il est difficile de pressentir le réel, et comment pour elle, mais sans doute aussi pour chacun d’entre nous, il faut se passer des béquilles de l’idéologie, du regard étroit sur l’homme pour saisir ce réel. Trouver un sens, puis un 2ème, puis un 3ème…lent travail d’effeuillage pour aller au plus près de la réalité voire de la vérité, ce qu’elle s’appliquera à faire dans toute son œuvre qui lui a valu l’an dernier à son tour le Prix Nobel de Littérature. Vous pourrez aussi choisir de vous arrêter sur l’entretien de l'historienne Michelle Perot, celle qui a rendu aux femmes leur place dans l'histoire. « Si les féministes ont permis aux femmes d’acquérir des droits, rappelle Catherine Meyer dans XXI, Michelle Perrot leur a donné une mémoire »…Formidable concentré, 400 pages tout de même, d’intelligence que ce recueil édité par la revue XXI.

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