Le Figaro célèbre Asia Bibi, acquittée par la cour suprême du Pakistan. La Croix voit en sa libération un geste politique d'un pays aux abois financièrement. Le Monde raconte les largués de la "star-up nation". Le journal du centre raconte l'humanité des thanatopracteurs, qui habillent nos morts de fards et de lumière.

On parle de miracles ce matin

Et "dans la nuit du monde, cette nouvelle brille comme une étoile", ainsi débute l'éditorial du Figaro consacré à Asia Bibi, cette paysanne chrétienne qui hier a été acquittée de l'accusation de blasphème par la Cour suprême du Pakistan. Et dans les mots du Figaro, au-delà du soulagement pour une femme qui risquait la mort, on entend les combats et l'identité que se donne le journal. Asia Bibi "était devenue le symbole du courage et de la liberté de conscience face à l'arbitraire du fanatisme coranique". Fanatisme coranique et non pas islamiste, donc directement inspiré d'un livre sacré ? Je lis aussi ces mots d'Asia Bibi en décembre 2014. 

Dans ma petite cellule sans fenêtre, les jours et les nuits se ressemblent, mais si je tiens encore debout, c'est grâce à vous tous

et le journal conclut: 

"Elle faisait la preuve poignante du lien invisible qui relie entre eux les humains. Ceux qui croient au Ciel appellent cela la force de la prière, les autres donnent à ce mystère le beau nom de solidarité."

Oui mais dans la Croix, qui n'est pas moins chrétien que le  Figaro mais peut-être plus rationnel, je comprends que le miracle d'Asia Bibi a été prosaïquement politique. Tout était préparé avant l'acquittement, la famille d’Asia Bibi en sécurité à Londres, car le Pakistan doit trouver d'urgence 12 milliards de dollars pour rembourser ses prêts, et il valait mieux restaurer son image notamment vis-à-vis des États-Unis, et FMI. Mais pourquoi s'empêcher de croire? 

Les miracles sont ce que nous en faisons; il en est aussi de profanes, ainsi trois paralysés qui se relèvent et marchent grâce à des savants suisse à Lausanne; mais on goûte dans le Monde l'humour de Sebastian Tobler, "Here is the speaking monkey ! » (« Voici le singe savant ! »), Sebastian, "regard d’azur, profil d’ascète, qui manie l’autodérision comme il maniait son VTT dans sa vie d’autrefois, et comme il manie son fauteuil roulant aujourd’hui. Avec grâce et audace".  

Sebastian était paralysé des jambes depuis un accident en 2013, il marche à nouveau, oh, avec un harnais mais ses jambes bougent commandées par son cerveau, grâce à un implant sur la moelle épinière  et un relais dans l'abdomen, qui ont reconstitué par stimulation le circuit électrique de son corps. 

Le Monde m'explique scientifiquement l'horlogerie suisse de la réparation des neurones, mais il me touche d'abord par l'admiration qu'inspire Stefan. Dans le New York Times, le héros s'appelle Dabid Mzee, photographié debout et dans les travaux d'hercule de sa rééducation, belle bête, champion de rugby en fauteuil, ces handicapés à la reconquête de leur moelle épinière ont des têtes de surhommes... 

On parle des morts ce matin...

Ce qui est de circonstance un 1er novembre, mais il est autant d'approche que de journaux. Sud-Ouest me dit que mourir et se faire enterrer coûte cher, le Courrier Picard m'avertit que les cimetières, la Voix du Nord me fait visiter un crematorium équipé d'un scanner, car les pacemakers peuvent exploser pendant la crémation, Ouest France m'invite à Quimper dans un cimetière de nature et de coulées de galets, la Montagne m'informe, on embauche dans les professions funéraires, mais il faudra jeunes gens troquer vos jeans, polos et baskets pour un costume, des chaussures de ville et des chaussettes noires, car même les familles attendent un service parfait ». 

Et dans le Journal du Centre, on me raconte la parfaite humanité d'hommes en noirs qui préparent les morts pour l'adieu aux familles, les thanatopracteurs, qui savent habiller un corps de poudres et de pigments et de crèmes réhydratantes et qui écoutent les endeuillés, “Ma mère avait l’habitude de mettre un peu de bleu sur les yeux…“ Je lis le Journal du centre à voix ténue. 

En comparaison, la Une du Journal de Saône et Loire semble déraisonnable, quand une femme habitée de sourire assure que les morts nous parlent. Elle le pense, Colette Prochasson, par son expérience de bénévole en soin palliatifs, et depuis la mort de sa maman, qui au moment du départ lui a fait signe, trois personnes étaient venues la chercher à l'orée d'un autre monde... 

Elle dit aussi, Colette, que son papa et que son beau-père se manifestent dans des lampes électriques qui clignotent et s'allument pour les saluer, Colette ne veut rien imposer à personne et le Journal de Saône et Loire, qui raconte aussi  une medium qui chasse les esprits méchants des maisons, décide d'y croire.

Et des oubliés de la modernité pour finir...

Les oubliés de la start-up nation, dit Le Monde, l'article est paru hier, ces françaises et français, âgés ou pauvres ou bien les deux, que la révolution informatique voulue par l'Etat rend encore plus vulnérables, et en Seine Saint-Denis, Annie qui rangeait précautionneusement dans des pochettes à rabats ses lettres de la Caisse nationale d’assurance-vieillesse, n'a plus reçu de courrier depuis 2015, c'est tout par internet dit-elle et elle n'y connait rien et cette ancienne gardienne d'immeuble ne sait pas pourquoi sa retraite de base est passée de 1 145,94 euros à 1 106,38 euros.... 

Elle est perdue, Annie, comme Indira, 26 ans, chômeuse à Belfort que l'application Pole Emploi n'atteint pas, et tant d'autres encore, 20 à 25% des usagers seront en difficulté en 2022 quand les administrations seront au 100 % numérique voulu par Edouard Philippe. 

Le défenseur des droits Jacques Toubon, met le pied sur le frein dans une revue spécialisée, 01 net, qui se penche sur les 11 millions de Français victimes d'électronisme, des illettrés d'internet. Toubon demande que l'on garde des agents au guichet... Il y va de l'idée du service public... Quel joli mot, quel miracle...

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