C'est un bâtiment aux couloirs clairs, dans un quartier populaire de Berlin. Sur les murs : des dessins d'élèves et des photos prises lors de sorties de classes. C'est le lycée Diesterweg. Particularité : 78% des élèves sont issus de l'immigration. 30 nationalités sont représentées. Jusqu'ici, c'était une école paisible, très appréciée des élèves. Mais elle relance aujourd'hui le débat sur la place de la religion à l'école. Yunus, 16 ans, élève musulman, veut pouvoir dérouler son tapis de prière entre les cours. Et la justice vient de lui donner raison. Le lycée devra créer une salle de prière. Argument du tribunal de Berlin : on ne peut pas attendre d'un élève croyant qu'il ne prie qu'en dehors des heures scolaires. Dans quelle mesure le jugement fera-t-il jurisprudence ? C'est encore incertain, précise Nathalie Versieux dans Libération, qui raconte cette histoire. Mais la directrice d'un autre lycée dit son inquiétude : "Déjà, aujourd'hui, on sent des tensions au moment du ramadan ou vis-à-vis des jeunes filles qui ne portent pas le voile". Et en France, faut-il ou non une loi pour interdire le voile intégral ? Toujours dans Libération : paroles de cinq maires, qui sont membres de l'association "Ville et Banlieue". Ils témoignaient hier devant la mission parlementaire sur le voile intégral. Xavier Lemoine, UMP, Montfermeil, sur le climat dans sa ville... "Cela fait 25 ans que j'habite Montfermeil. A l'époque, je pouvais faire la bise aux mamans qui venaient chercher leur enfant à l'école en jeans et T-shirt. Aujourd'hui, je peux à peine leur serrer la main. La burqa, au niveau national, c'est 0,5%. Mais c'est 30 à 40% dans nos quartiers. C'est marginal vu d'en haut, mais c'est important là où ça se passe". Renaud Gauquelin, PS, Rillieux-la-Pape, près de Lyon... "Dans ma commune, je crois connaître deux femmes qui portent la burqa. En revanche, il y a un problème croissant sur l'accès dans les piscines et l'accessibilité aux soins dans la clinique. Je penche pour une loi, sinon quels signes donnerait-on à ces femmes iraniennes qui se battent pour un minimum de droits ? Quels signes à ces femmes en France, dont certaines sortent voilées sous la contrainte ?". Synthèse de Jean-Pierre Blazy, PS lui aussi, à Gonesse, dans le Val-d'Oise... "Une loi, pourquoi pas ? Mais il faut des mesures d'accompagnement. Après la loi sur les signes religieux à l'école, l'apocalypse qu'on nous avait promise ne s'est pas produite. Mais on n'a pas suffisamment travaillé sur l'accompagnement pour faire reculer le phénomène d'affirmation intégriste". Dans Libé, le premier maire que je citais tout à l'heure, Xavier Lemoine, estime qu'il n'y a pas de compatibilité possible entre nos démocraties modernes et l'islam. Dans Courrier International, portrait d'un homme qui incarne le contraire. C'est "le musulman du Capitole" : Keith Ellison, premier Américain musulman élu au Congrès en 2006. Et son portrait, dans le Washington Post, donne de l'espoir : l'espoir d'un regard plus apaisé. Certes, depuis 2006, que ce soit Bush ou Obama, les deux Présidents se sont servis de lui comme d'un symbole. Mais c'est un homme de 46 ans très cool, veste à rayures, polo beige et petites lunettes, que l'on découvre. Pas question de renier sa religion. Pas question d'en faire un étendard non plus. D'abord, c'est l'histoire d'un musulman afro-américain élu par des Blancs luthériens. Dans sa circonscription très progressiste de Minneapolis, 77% des électeurs sont des Blancs. Et les dossiers sur lesquels il travaille au Congrès n'ont la plupart du temps rien à voir avec sa religion. "C'est ainsi que les musulmans américains veulent être jugés, écrit David Montgomery : non en tant que musulmans, mais en fonction de ce qu'ils font pour la communauté en tant qu'Américains". Et puisqu'on parle de Courrier International et de la presse américaine, le prochain numéro de Newsweek devrait faire parler... Nicolas Sarkozy, tête basse, en couverture. Titre de Une : "Le complexe Obama de Sarkozy". L'article est passionnant, parce qu'il est à la fois beaucoup plus cruel et beaucoup plus clément que tout ce qu'on peut lire en France. Pour Newsweek, sans Sarkozy, il n'y aurait pas eu de G20 : c'est lui qui l'a voulu. A son crédit encore, une nouvelle politique environnementale, de meilleures relations entre la France et les Etats-Unis au sein de l'OTAN : c'est un mieux. Sarkozy est non seulement capable de mobiliser la France, mais aussi l'Europe. S'il s'entendait bien avec Obama, à deux ils feraient des miracles. Mais il y a ce "complexe Obama". Et là, ça devient méchant. "Voir les deux hommes côte à côte, c'est un peu regarder le minuscule acteur Joe Pesci, tout en tics et en postures, jouer au dur et donner la réplique à Denzel Washington, tout en dignité et en réserve. Or, de France, peu de gens imaginent que le dirigeant de la cinquième économie du monde puisse indiquer la voie à suivre sur les grandes questions mondiales. Mais Sarkozy a souvent cherché à le faire. Sarkozy le m'as-tu-vu gouverne de façon tellement volontaire que cela passe parfois pour de la désinvolture. Ces différences de style avec Obama risquent à l'avenir d'affecter des sujets cruciaux comme l'Afghanistan". Alors, après cela, on espère que Christopher Dickley, le journaliste de Newsweek, ne va pas se retrouver pendu à un croc de boucher. On accuse souvent la presse française d'être complaisante avec Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, elle s'alarme du déficit après la présentation du budget 2010... Les quotidiens économiques sont au bord de la crise de nerfs. "Hyper-déficit", titre La Tribune. "Déficit historique", renchérissent Les Echos. Coup de colère de Rémi Godeau dans L'est Républicain... "Une fois de plus, la présentation du budget tourne à la mascarade. Comme chaque année, le grand argentier en titre trouve des circonstances atténuantes pour justifier la folle dérive de nos finances. C'est vrai : sans soutien massif de l'activité, la crise du siècle aurait été plus dévastatrice encore. L'opposition est pathétique lorsqu'elle stigmatise les déficits avec autant d'entrain qu'elle mettait hier à réclamer des milliards pour la relance. Il n'empêche : laisser croire que la maîtrise des dépenses et le retour de la croissance suffiront à redresser la situation tient de la supercherie... d'une escroquerie à la Madoff vis-à-vis des générations futures". Plus modéré, Bruno Dive dans Sud-Ouest, sur le thème : "Il ne faut pas exagérer"... "Un Etat n'est pas une entreprise ni un ménage : il peut se permettre de s'endetter tant que les marchés financiers acceptent de prêter. C'est toujours le cas. Il ne sert à rien d'affoler les petits enfants en leur expliquant, dès le berceau, qu'ils devront rembourser chacun des dizaines de milliers d'euros par nous dépensés. Les choses sont plus complexes : la crise est passée par là. Mais les chiffres exorbitants présentés hier ne sauraient avoir qu'un temps". Sur les déficits, la presse s'attaque donc au fond des arguments. Pas de communication... "Casse-toi, pauv'com"... Le titre est dans Les Inrockuptibles cette semaine... les Inrock qui décryptent cette pratique du storytelling, le fin du fin de la communication politique : raconter une belle histoire pour ne pas parler du fond. Magnifique illustration cette semaine dans Paris-Match : quatre pages sur Dominique Strauss-Kahn, maître du globe à la tête du FMI. C'est le "flying Frenchman", l'homme qui est sur tous les fronts en cette période de crise. Photos de "Mister Dee", comme l'appellent ses collaborateurs (managing director)... Mister Dee avec Obama... Mister Dee avec Cristina Kirchner l'Argentine... Et dans le texte, Mister Dee à l'hôtel Four Seasons d'Istanbul, ou l'hôtel Double Tree de Pittsburgh pour le G20. Le couple Strauss-Kahn/Sinclair pose en toute simplicité dans un "diner", ces restaurants américains où l'on se restaure d'un cheese-burger et d'un Coca à la paille. Mme Strauss-Kahn ne cache pas son bonheur de vivre cette nouvelle aventure à Washington, sans circonscription à visiter ni Fête de la Rose à Trifouillis-les-Oies. On verra ce qu'en pensera Trifouillis-les-Oies, le jour où, éventuellement, DSK testera la popularité acquise à Washington sur le terrain français. Un député socialiste lui a trouvé un nouveau surnom : c'est "l'imam caché". Et le terrain, pour les socialistes en France, il est beaucoup moins moelleux que la moquette des hôtels américains... En ce jour de référendum interne, Le Parisien-Aujourd'hui et Libé, entre autres, s'intéressent au cumul des mandats chez les socialistes. Martine Aubry veut y mettre fin. C'est l'un des enjeux du référendum. Et ça grogne dans les rangs PS. "On est tous contre, mais on ne peut pas le dire parce que tout le monde va nous tomber dessus", reconnaît Didier Mathus. Le vrai problème du PS, ce n'est pas ça, mais retrouver une crédibilité sur le plan social". Beaucoup estiment que le PS se tirerait une balle dans le pied en s'appliquant le non-cumul sans qu'une loi oblige la droite à faire de même. Jean-Marc Ayrault est d'ailleurs le promoteur d'une telle loi. Pour Fabrice Rousselot, dans l'édito de Libé, "bousculer les cumulards serait tout de même une victoire. La gauche a l'occasion de montrer l'exemple. Ce serait une façon, pour la classe politique française, de renouveler ses cadres". "Haro sur les barons", titre Libé. Un dernier mot, Bruno, sur le dossier du Point cette semaine... Oui, c'est aujourd'hui le 60ème anniversaire de la Chine de Mao. Bientôt, les 20 ans du Mur de Berlin. Beaucoup d'articles, en ce moment, sur le rapport des autres pays avec leur passé. Et en France, où en est-on ? Cette semaine, ce titre à la Une du Point : "Quand la France aimait Pétain"... Le point de départ, c'est un livre de l'historien Eric Roussel, qui doit paraître le 15 octobre, intitulé "Le Naufrage". "L'épisode Pétain, c'est un double trouble pour la France" : c'est le titre d'un texte que l'écrivain Marc Lambron a donné au Point. Il y a un vieux blues américain intitulé "Double Trouble". Le double trouble, c'est peut-être ce que Philippe Pétain aura laissé dans la mémoire nationale. Première séquence (1940) : la croyance au sauveur national : le vainqueur de Verdun, la Jeanne d'Arc moustachue, le roi thaumaturge... Cet homme, qui avait un an et demi de moins que Rimbaud, aura été adulé, vénéré, aimé, au milieu de son dérisoire bastion thermal (de Vichy). Que faire de l'amour que la France a porté à Philippe Pétain ? Deuxième séquence : comment effacer de la mémoire nationale un homme dont des millions de langues, littéralement, mouillaient chaque matin l'effigie sur timbre-poste ? Les années 60 lavèrent plus blanc, et voilà soudain que le spectre blême de Pétain ressort du sépulcre : les romans de Modiano, le film de Louis Malle "Lacombe Lucien", Bousquet, Touvier, Papon... L'affaire est-elle close ? Rien n'est moins sûr. Dans l'aspirateur des "ghostbusters" de l'histoire de Vichy, il reste pas mal de fantômes à débusquer... ou même, si l'on ose dire, à débousquer...

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