Pour eux, c'est lui. Ah, c'est un triomphe qu'ils ont fait, les patrons hier, à Nicolas Sarkozy... D'où ce titre, passablement énervé, de "L'Humanité" : "Sarkozy fait saliver le MEDEF"... Juste au-dessus d'une photo où l'on voit une embrassade entre la présidente du MEDEF Laurence Parisot et le ministre de l'Intérieur... Et puis, juste à côté, toujours en Une, une photo de Dominique de Villepin, sous le titre : "Et Villepin signe les chèques". Bref, "une belle journée pour les patrons", commente "L'Humanité", bien dans son rôle de journal d'opposition... Qui ajoute, définitif : "Un brin désemparés jusque-là, les patrons, cette fois, ont trouvé leur projet et leur leader"... En quelque sorte, comme en atteste le titre de "L'Humanité" en page intérieure : "Les patrons tutoient Sarkozy". La deuxième couche, si vous me permettez l'expression, elle est mise dans l'éditorial de Claude Cabanes, qui résume : "Le Premier ministre vante les vertus du dialogue, à tel point qu'on aurait pu croire, hier matin, que plusieurs membres du gouvernement étaient sous le coup des effets de quelques substances euphorisantes... Entendez par là les chiffres du chômage... Pendant ce temps, devant le MEDEF, Nicolas Sarkozy déclarait la guerre aux syndicats et à la grève"... Traduction de Cabanes concernant la proposition du président de l'UMP d'organiser un vote à bulletins secrets lorsqu'il y a conflit et grève dans une entreprise. D'où ce titre, en forme d'interrogation, de l'éditorialiste : "Sarkozy candidat de la guerre civile ?". Sarkozy candidat : pour l'instant, les sondages lui prédisent une confrontation au sommet avec Ségolène Royal... Alors puisque la bataille a commencé, allons-y... Dans une interview au "Figaro Magazine", le président de l'UMP parle d'elle de cette façon... A la question : "Quelles sont ses idées sur l'immigration"... Réponse : "Aucune". "Et sur l'économie"... "Aucune". Autrement dit, dans l'esprit de son concurrent pressenti : vide sidéral. Et puis, dans le même entretien, le ministre de l'Intérieur se dit opposé au mariage homosexuel et à l'adoption d'enfants par des couples homosexuels... Enfin, il n'exclut pas de rester au gouvernement s'il est candidat en 2007. Maintenant, qui se cache derrière ce pamphlet titré "La Prétendante", signé "Cassandre" ?... Un livre sur Ségolène Royal qui s'est déjà vendu à 20.000 exemplaires... Un ouvrage virulent, écrit par un auteur masqué donc. En tout cas, la lecture de son livre montre qu'il connaît sa Ségolène Royal sur le bout des doigts, note "Le Nouvel Economiste", qui a interviewé l'écrivain adepte du "vivons caché, vivons heureux"... "Et d'abord, pourquoi avoir écrit sous pseudonyme ?... Faut-il y voir un coup marketing, ou simplement une peur des représailles ségoliennes ?"... "La réponse à cette question serait trop longue, et de peu d'intérêt pour vos lecteurs... Allons plutôt au fond des choses", explique "Cassandre", pas maladroit sur ce coup-là. "Bon, alors comment définissez-vous sa candidature ?... Quels sont ses fondamentaux, son corpus politique ?"... Réponse... Vous allez voir, ça donne le ton... "Madame Royal est une candidate de droite, aux accents démagogiques, sans autre conviction affirmée que son obsession à imposer une image, son image. C'est incroyable, note l'auteur, d'être aussi populaire sans n'avoir rien fait ni rien dit de fort. Et puis vous savez, ajoute le pamphlétaire, les médias aiment les duels... Ils ont eu besoin d'un challenger valable à Nicolas Sarkozy... Pour autant, ils n'ont pas inventé Madame Royal, mais ils lui ont fait jouer un rôle trop grand pour elle". Et puis, cruel pour cruel, parce que ce livre l'est ouvertement, il va jusqu'à s'attaquer au site de Ségolène Royal, "désirsd'avenir", à propos duquel l'auteur écrit qu'y dénicher la pensée de Ségolène Royal est proprement impossible... Plus difficile encore que de trouver une aiguille dans une botte de foin du marais poitevin. Voilà. Dans le tsunami d'éloges, de ralliements d'éléphants et de couvertures de magazines, c'est ce qu'on appelle "une voix discordante". Celle que "Le Nouvel Economiste" appelle "la Greta Garbo des sondages" nous rappelle que sa popularité date de l'automne 2005, quand "Le Nouvel Observateur" l'avait mise en Une avec, comme accroche, comme titre... Souvenez-vous... "Et si c'était elle ?". Il est saisissant de voir, un an plus tard, à quel point le titre était prémonitoire. Ségolène Royal démontée, ça peut être aussi le cas dans la presse étrangère, sous la plume de Carlos Semprun Maura, du journal madrilène "Libertad Digital", qui écrit : "J'en ai ras la casquette de Ségolène Royal, de son blabla, de ses volte-faces dialectiques et de son sourire Colgate... Sans compter qu'elle m'a conforté dans mes doutes sur la santé mentale des Français. A l'image de Joséphine, la cantatrice de Kafka, Madame ne dit rien, ce qui n'empêche pas les masses enthousiastes d'applaudir ses discours"... Semprun et "Cassandre", vous le voyez : même longueur d'ondes. Et revenons sur les chiffres du chômage, qui ne s'affichent plus en Une des journaux ce matin, mais c'est un effet de loupe, parce que dans les pages intérieures, ils sont très présents... Et de toute façon, avec les propositions du gouvernement hier, à Troyes, l'emploi reste le sujet numéro 1 dans la presse ce matin. "Le Monde" prend acte sobrement, en titrant : "Le chômage est au plus bas depuis 2002"... Bas, oui, mais débat aussi... Toujours sur le thème "embellie passagère ou phénomène durable ?", ou sur celui, politique, de la légitimité du gouvernement à se féliciter. Sans surprise, dans "L'Humanité", on estime que la baisse du chômage est en fait très relative, et que de toute façon, derrière les chiffres de l'INSEE se cachent précarité et inégalités... Dans "Libération", on estime que Dominique de Villepin fait du neuf avec du déjà-vu sur le front de l'emploi... D'ailleurs, reprend Jean-Michel Helvig dans "La République des Pyrénées", le gouvernement, qui mène grand tapage pour s'attribuer le mérite de la baisse du chômage, ferait mieux d'être plus modeste, parce qu'après tout... En revenant sous la barre des 9%, il ne fait que retrouver le niveau précédant la Présidentielle de 2002. Oui, peut-être, mais cette baisse historique du chômage, estime Jacques Camus dans "La République du Centre", valide les mesures prises par le gouvernement ces derniers mois. Alors, à ceux qui chipotent, on dira que seul le résultat compte. Enfin, dans "Le Figaro", Nicolas Barré écrit : "La baisse régulière du chômage depuis un an confirme que la France est entrée dans un cercle vertueux, et ce sont de vraies créations d'emploi qui expliquent la décrue. "Forza Italia !" : l'expression ayant été confisquée par Berlusconi et les siens, elle s'en est trouvée fortement connotée... Mais aujourd'hui, avec les socialistes au pouvoir, ces mots peuvent retrouver leur sens littéral... "Haut les coeurs !" en quelque sorte... L'ambiance est bonne... L'Italie a retrouvé des couleurs... D'abord sur la scène internationale, au Liban... Ce dont Romano Prodi peut se féliciter, estime la presse dans son ensemble... Sentiment évidemment relayé dans les journaux italiens... Par "La Repubblica" par exemple, qui explique que le retour de l'Union européenne sur la scène internationale, avec le déploiement de 7.000 soldats européens, doit beaucoup au nouvel activisme italien... Ainsi, "une politique étrangère et une politique de défense sont possibles pour notre pays", découvre le journaliste Ezio Mauro. L'Italie se regarde aujourd'hui avec plaisir... Ce qui vaut également pour le secteur économique, puisque, comme nous le rappelle "Les Echos"... Grâce à des rentrées fiscales plus fortes que prévu, le plan d'économie budgétaire du gouvernement Prodi sera réduit de 5 milliards euros. Et puis l'Italie a tout de même gagné la Coupe du Monde... Et on sait à quel point ce genre de performance peut doper le moral d'un pays... Le trophée que Canavaro a brandi le 9 juillet dernier est le plus convoité de la planète... Mais en France, on n'aime pas quand l'Italie gagne... Alors évidemment, quand c'est contre la France qu'elle gagne, il y a circonstance aggravante. A quelques jours d'une nouvelle confrontation entre les Bleus et les Bleus... Autrement dit, les champions du monde et les vaincus du 9 juillet... Le mensuel "So Foot" pose cette question salutaire : "Mais pourquoi tant de haine ?"... Trahisons, tricheries, vol à l'étalage... Ce sont toujours les mêmes reproches qui rejaillissent... C'est comme ça, comme une pathologie : dans l'imaginaire français, "italien" est synonyme de "fourbe"... L'Italien, c'est celui qui donne des coups de poignard dans le dos sans se faire remarquer, rappelle Pierre Miza, historien. Alors, quand une équipe française perd devant une équipe italienne, que ce soit en club ou en sélection nationale, rien de plus normal : c'est qu'elle se sera fait voler, écrit "So Foot", qui donne l'explication : là où la France, pendant longtemps, s'est présentée en nation chevaleresque, l'Italie, elle, ce qui l'importe, c'est gagner. Ce n'est pas un hasard, effectivement, si la Squadra peut fièrement afficher 4 étoiles sur son maillot... La France, une. Et "So Foot" enfonce le clou : expérimenté depuis des décennies, ce sentiment anti-italien n'a jamais été aussi fort qu'au lendemain du dernier Mondial... Grugés, trompés, provoqués... A en croire les commentaires qui ont suivi la partie, les Français n'ont pas perdu le match, on le leur a pris, évidemment. Et puis, rappelle "So Foot", on sait bien qu'en 98, c'est une Italie bis, évoluant sous pavillon français, qui a gagné la Coupe du Monde. Quel palmarès, tout de même ! 4 étoiles et demie. On rappellera seulement que l'Italie de 2006 s'est présentée en finale avec un "goal average" impressionnant... Meilleure attaque, meilleure défense... Ce seul élément objectif l'a placée en tête des équipes de ce Mondial, qu'elle a gagné... Ca s'appelle la logique.

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