Hommage à Riboud, le cri d'un photographe syrien. Rentrée à l'école aujourd'hui: 2 écoles dans la presse

8H30 la revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Une revue de presse qui commence en noir et blanc…

« Chapeau mou, clope au bec, pinceau dans la main droite, une poutre d’acier dans la main gauche, un pied relevé en danseuse, Zazou pose ». Zazou, le peintre de la Tour Eiffel. C’est ce cliché, iconique, que Libération a choisi de mettre à sa Une pour rendre hommage à Marc Riboud disparu hier, celui qu’une autre photographe Sarah Moon décrit comme un « homme oiseau »

Car si Marc Riboud faisait partie de cette première génération de photographes de l’agence Magnum qui a porté son œil aguerri sur le monde, disciple de Cartier Bresson et Capa, ceux qu’on appelle aujourd’hui les photo reporter, il était plus qu’un autre peut être attentif aux petites choses, aux à côtés. Clémentine Mercier dans le cahier spécial de Libé, s’arrête sur cette nature morte prise à Shangai en 2002. Un vulgaire sac plastique blanc, signe d’une société en mutation, dont les anses ont été nouées. Le sac prend la forme d’un animal familier. Intitulé « le petit lapin », ce cliché sensible fait basculer l’instant photographique dans le rêve..il n’y a pas là que l’instant décisif dit elle mais aussi une chose vue par un œil délicat. Riboud se reconnaissait d’ailleurs dans cette définition du photographe donnée par Walker Evans : « un joyeux sensuel, parce que l’œil manipule les sens, et non les idées »

Dans toutes ses photos, en Inde, en Chine, au Cambodge, en Iran, aux états unis même avec cette autre image célèbrissime qu’est sa « Jeune fille à la fleur » en pleine contestation de la jeunesse américaine contre la guerre au Vietnam, Marc Riboud ne renonce jamais à cette étrangeté poétique… « des petits riens très élégants, témoigne dans le Figaro Christian Caujolle , l’un des fondateurs de l’agence Vu, c’est à la fois silencieux, et une petite musique »

Et même dans cet incroyable reportage à Cuba avec Jean Daniel en 1963, à l’avant-veille de l’assassinat de John Kennedy, dans ces centaines de clichés pris dans une chambre d’hôtel où Fidel Castro les a rejoints en pleine nuit, il y a ce sourire du dirigeant cubain, son garde du corps qui dort à l’arrière plan, la femme de jean daniel, allongée sur le lit dans ce huis clos exclusif, un paquet de clopes à côté d’elle..il y a cette juste distance, cette légèreté en plein cœur de l’actualité. Ce reportage, qui a fait la Une de la presse internationale, est exposé actuellement au festival Visa pour l’image à Perpignan, vous pouvez également le retrouver dans le numéro de Septembre de Polka magazine

Photos en noir et blanc de Marc Riboud…photos en couleur cette fois pour témoigner de l’horreur de la guerre en Syrie

Un titre sobre, « Les autres » et des photos insoutenables…Les autres, ce sont les autres enfants qu’Omran, ce petit syrien ensanglanté pendant le siège d’Alep qui a ému le monde entier cet été. Abd Doumany, photographe indépendant basé à Douma, une banlieue de Damas en Syrie témoigne dans le blog de l’Afp, de l’horreur quotidienne vécue par ces autres enfants qui ne font pas tous les jours la Une, il raconte aussi comment lui, photographe peut survivre à prendre de telles photos… « Y a-t-il des images d’enfants blessés qui m’ont plus marqué que d’autres ? s’interroge t il…il y a deux ans, j’aurais probablement pu vous répondre. Aujourd’hui, après avoir assisté à un nombre aussi gigantesques de massacres, c’est difficile de penser à l’un ou l’autre en particulier. Le massacre est devenu un fait quotidien ». Il raconte, en mots et en images, la mort il y a quelques jours de Noor, une petite fille de 8 ans. Les efforts des médecins pour la sauver. Son père qui hurle quand tout est fini. « Cette scène dit il, restera dans ma mémoire pendant un certain temps. Et puis elle disparaitra, remplacée par une nouvelle. Et cela continuera encore et encore ». Il conclut : « j’ai fait de mon mieux pour vous montrer la douleur de ces enfants à travers mon objectif. Maintenant, à vous de faire de votre mieux pour les sauver »

A lire, à regarder le cœur bien accroché, dans le Making off de l’afp

Retour en France…on l’a dit et redit ce matin, c’est la rentrée !

« Encore des trucs nouveaux à apprendre ?? vous nous faites le coup tous les ans » s’exclame un petit gamin qui entre en classe à la Une du Populaire du centre…pour cette dernière rentrée du quinquennat pour François Hollande, c’est surtout l’élève Hollande qui est évalué ce matin. Je ne vous étonnerai pas en vous disant qu’en gros, Libération estime que le chef de l’Etat n’a « pas totalement démérité » au regard des promesses qu’il avait faites, quand pour le Figaro « le bilan est peu concluant » …

Mais il y a surtout clairement 2 écoles ce matin dans la presse, face à l’école.

Ceux qui donnent à lire des reportages ou des témoignages relatant les multiples initiatives qui fleurissent au sein de l’éducation nationale. Reportage dans le collège lycée expérimental d’Hérouville saint clair dans l’Obs, où élèves et profs discutent, donnent leur avis, votent parfois, où l’important explique un prof est de « donner du sens à ce qu’apprennent les jeunes parce que réussite et épanouissement ne sont pas incompatibles », exemples d’expérimentations aussi dans le magazine le Un avec « ces profs qui font bouger l’école »…

Et puis en face, ceux qui s’insurgent contre ce qu’ils appellent le « pédagogisme ambiant ». Jacques Julliard dans Marianne, qui estime qu’on a systématiquement et outrageusement dit il privilégié la pédagogie et l’égalité, au détriment de « l’excellence et de la citoyenneté », Julliard prenant la tête du combat contre « cette misérable école de la bienveillance » écrit il qui n’est en réalité « qu’une école de la complaisance ». Dans le même Marianne, vous retrouverez des extraits du dernier livre du philosophe Robert Redeker qui n’y va pas avec le dos de la cuillère pour dénoncer la « férule rebellocratique des pédagogistes, qui a transformé l’école en un charivari permanent où ce sont les enfants qui font la leçon aux adultes ! » A leurs côtés, François Fillon. Tribune dans le Figaro ce matin, où il s’insurge contre l’enseignement de l’histoire aujourd’hui. « Selon les dernières instructions du ministère dit il, les maitres doivent apprendre aux enfants à comprendre que le passé est source d’interrogations. Les faire douter de leur histoire ? mais cette instruction est honteuse s’exclame t il. Il faut renouer avec le récit national, fait de héros, de symboles, et de dates. Nous n’avons pas à nous excuser de notre histoire dit il… Hugues Capet, jeanne d’Arc et Richelieu appelés à l’aide pour sauver la France de 2016 !

On termine hélène en bref

Avec l’interview de Nicolas Sarkozy aux Echos qui détaille son programme de baisses d’impôts, 30 milliards d’euros très vite ; et qui affiche toujours un objectif de 100 milliards d’économie de dépenses publiques, mais sans plus de détail cette fois. Nicolas Sarkozy qui s’est illustré hier au Medef en s’affranchissant des règles imposées aux autres candidats pour leur grand oral devant les patrons, son équipe est allée piquer le chronomètre en régie ! Récit dans Libération, avec ce titre très drôle « au chevet du Medef, la droite à Jouy » . pour Jouy en Josas, bien sûr

Interview d’un ex qui ne cache pas son envie de futur, Emmanuel Macron dans Ouest France. Qui explique plus clairement qu’hier, que « c’est au nom d’un certain nombre de désaccords sur l’europe, les réformes économiques et sociales et les réponses après les attentats, qu’il a choisi de prendre sa liberté, et de ne pas rester dit il dans le camp des vrais cyniques qui oeuvrent en espérant que le président perde » mais à qui pense t il ?

Et puis enfin, une naissance plutôt joliment accueillie ce matin. Celle de la nouvelle chaine d’information continue France Info, la télé. Lancement sur le net hier à 18H : « sur la forme estime charlotte moreau dans le Parisien, le pari de la différence est instantanément gagné . Encore des trucs bizarres, très bizarres » reconnait elle, mais « on ne s’est pas ennuyés une seconde ». Mais on en reparle à 9H40 avec Sonia Devillers dans l’Instant M, évidemment…

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