Alors, dans quel état est-il, Fidel Castro ? Impossible de répondre pour l'instant... Dans toute dictature qui se respecte, le leader est un héros... Donc jamais mort ! C'est comme ça ! Alors, dans quel état est-il, Castro ?... Probablement dans le même état que son pays : malade, usé, à bout de souffle... Peut-être le Lider Maximo est-il déjà mort, comme le laisse entendre, dans "Libération", le sénateur de Floride d'origine cubaine Mel Martinez... Mais c'était avant les dernières nouvelles venues de La Havane, selon lesquelles l'état du Président cubain est stable et qu'il a bon moral. Le problème c'est qu'avec lui, on ne sait jamais... "C'est le roi de l'entourloupe", explique dans "Le Parisien" notre confrère Serge Raffy, auteur d'une remarquable biographie intitulée "Castro l'infidèle"... Serge Raffi qui sera avec nous ce soir sur France Inter, dans "Le Téléphone sonne"... "Peut-être s'agit-il d'une ruse, ce pouvoir confié au frère... Une ruse destinée à faire sortir du bois un certain nombre d'opposants au régime, ou encore un coup d'éclat pour son 80ème anniversaire, le 13 août, avec une petite résurrection programmée dans quelques jours... Bref, méfiance !, dit Serge Raffy... Durant toute sa longue carrière, Castro a multiplié les pirouettes". "Et puis il est très habile... C'est un formidable acteur qui sait jouer sur les signes et tromper son monde, mais n'oublions pas l'essentiel, rappelle Raffy... La réalité, c'est que Castro a soviétisé son pays, c'est qu'il a mis en place un système de police politique quasi unique au monde... A peu près l'équivalent de ce que Staline a fait en URSS. Ainsi, dans chaque quartier, chaque immeuble, chaque maison, les Comités de défense de la Révolution veillent... Ils notent chacun de vos gestes et de vos rencontres... Les idées que vous exprimez... Le tout est envoyé au Parti... Et si votre pensée ne correspond pas à la ligne révolutionnaire, vous vous retrouvez directement en prison". Et puis, dans une jolie formule, Serge Raffy, qui s'exprime aussi dans "France Soir", résume le personnage Castro de cette façon... "Il a imposé le communisme aux Cubains, qui n'en voulaient pas... Il promettait aux paysans de redistribuer les terres... En fait, il est devenu le propriétaire de l'île, et des âmes cubaines". Alors, est-il mort ou vivant, ce Fidel Castro, pittoresque personnage, mélange entre Staline et Don Quichotte tant il réprime et se bat en même temps contre les moulins ?... On ne le sait donc toujours pas... Pas plus qu'on n'arrive à dessiner l'avenir, avec cette autre question : une page se tourne-t-elle à Cuba ? "Peut-être, esquisse Pierre Taribo dans "L'Est Républicain"... Peut-être, parce que si rien n'assure que le Lider Maximo est définitivement écarté du pouvoir, la manière dont il vient, pour la première fois, de céder ses fonctions à son frère Raul montre qu'un changement est possible, sinon probable". Plus engagé, Luc de Barochez, dans "Le Figaro", se félicite qu'un changement de régime soit enfin possible à Cuba... "Mais attention, souligne notre confrère... Peu de chances de voir dans ce pays une révolution de velours... Au contraire, le chaos n'est pas à exclure, tant les tensions sociales et politiques sont fortes après 47 ans de dictature". Crainte confirmée par l'écrivain exilé Jacobo Machover, qui précise d'emblée qu'on n'assiste pas du tout à la fin du régime, mais au contraire à un durcissement, provisoire ou non... En tout cas, un moment difficile, voire dramatique, pour les opposants, avec probablement une vague de répressions. En attendant, on se passe le pouvoir comme on règle une affaire de famille à Cuba... Ainsi est-on, dans ce pays, "dictateur de frère en frère", comme le titre "Libération". Il est vrai, si vous me permettez le plus mauvais jeu de mots de la journée, qu'il n'y a pas plus fidèle à Castro que son frère Raul... Et qu'avec lui, la boîte de Pandore ne risque pas d'être ouverte... Les secrets de l'Etat cubain ont de beaux jours devant eux. "Mais en fait, souligne Gérard Dupuy dans "Libé", il y a presque une logique, car malgré sa teinture dynastique, tout indique que cette préparation de l'après-Castro se déroule selon les canons de l'orthodoxie communiste. En effet, dans les cercles dirigeants de La Havane, l'ambiance ressemble curieusement à celle du Kremlin en 53... On n'y jure plus que par les bienfaits de la direction collective. Et souvenons-nous qu'il s'est passé trois ans entre la mort de Staline et le 20ème Congrès"... D'où cette conclusion de Gérard Dupuy : "Malgré l'impatience des anti-castristes et la lassitude des Cubains, les choses n'iront sans doute pas plus vite à La Havane". En résumé, et comme l'écrit Pierre Fréhel dans "Le Républicain Lorrain" : "Si le communisme avait ses saints, Fidel Castro, c'est sûr, en ferait un jour partie"... Mythique ou mystique dimension que "L'Humanité" ne commente pas... D'ailleurs, ce matin, sur ce sujet, "L'Humanité" ne commente rien... Sa Une donne le ton : on y voit une simple photo du Président cubain en civil, plutôt présentable, avec ce titre aussi neutre qu'un arrêté préfectoral : "Fidel se repose sur Raul Castro"... Alors qu'en page intérieure, on peut y lire une seule page sur l'événement, dans le style le plus factuel possible, où revient le plus souvent le mot-clé de l'article, qu'on trouve d'ailleurs dans le titre... Ce mot, c'est "provisoirement"... "L'Humanité" affirme en effet que si Fidel Castro passe la main, c'est bel et bien provisoirement. Enfin, vous verrez dans toute la presse, ce matin, le visage du "provisoire"... Le jeune frère, si j'ose dire, car il a quand même 75 ans... Contraste saisissant entre Fidel et Raoul... Autant le premier est une image, voire une icône... Et on sait à quel point il a su jouer de l'image et de la mise en scène... Autant le second, dans le genre "je ne fais que passer", a une vraie tête de vainqueur... On sent le dauphin autoritaire et impopulaire derrière ce visage fermé, sombre... Pas le genre avenant. Voilà pour l'image... Mais l'essentiel, c'est la position politique de Raul Castro... Chef des armées, il est le numéro 2 du régime, tel que le prévoit la Constitution cubaine... Donc investi de tous les pouvoirs en l'absence du frère. Rien qui ne puisse rassurer les opposants ou la majorité silencieuse cubaine... Et comme le dit "Le Canard Enchaîné", à qui nous laisserons le mot de la fin... "Fidel Castro remplacé par son frérot : pas plus cool, Raul". Une page se tourne-t-elle dans la vie politique française ?... Apparemment oui... La page de l'écologie... En 74, René Dumont avait ouvert la voie... Et puis, à chaque campagne présidentielle son ou ses candidat(s) écolo... La nouveauté, pour 2007, c'est que tous les candidats ont étoffé leur programme en la matière. Plus inédit encore : l'environnement et le développement durable seront parmi les sujets centraux de la campagne. Evénement qui fait l'objet de l'éditorial du "Monde"... Qui constate que l'écologie accède au rang de "problème politique majeur", mais avec son effet pervers : l'instrumentalisation de la question, avec tout ce que cela suppose de jeux politiciens, de simplifications abusives, voire de démagogie... Le risque serait alors que le jeu politique l'emporte sur le débat de fond, alors que nous parlons de problèmes qui mettent en jeu l'avenir de la planète... Excusez du peu. "Il n'en reste pas moins, note de son côté Pascal Aubert dans "La Tribune", que les évolutions climatiques auxquelles nous assistons constituent un réel sujet de préoccupation universelle. Et, à plus long terme, la persistance des phénomènes de sécheresse conduit à s'interroger sur le sens de l'activité agricole qui, dans les années à venir, devrait plus que jamais mériter son surnom 'd'or vert'... A l'instar de 'l'or noir'... Une ressource de plus en plus comptée et, par voie de conséquence, de plus en plus précieuse". D'où le dossier, publié par "La Croix", sur ces agriculteurs qui cherchent des solutions durables pour économiser l'eau... Oui, une vraie prise de conscience... "Encore faut-il, précise Jean-Luc Macia dans son édito, que les pouvoirs publics les aident, et qu'une politique de l'eau à grande échelle soit envisagée... Une politique qui concerne tous les secteurs économiques du pays... Comme toutes les régions". En Charente, par exemple, "La Croix" nous explique comment des agriculteurs protègent l'eau... Comment l'un d'eux, par exemple, a supprimé ses champs de tabac et réduit ceux de son maïs, gourmands en eau, au profit de plantes porte-graines comme la carotte... Comment ses champs sont équipés de tensiomètres également, qui lui permettent de calculer très précisément ses besoins hydriques. Une solution qui coule de source, si j'ose dire... Tout comme la retenue d'eau bâchée, un système qui permet de couvrir la moitié de ses besoins d'irrigation l'été sans avoir à pomper l'eau pendant la période critique... Un exemple qui donne un sens concret à cette formule qui, trop souvent, ressemble à un concept : le développement durable. Enfin, une page se tourne, ailleurs, chez nos voisins britanniques... Une page "nostalgie"... La suppression de "Top of the Pops", à laquelle s'intéresse "Télérama", entre autres. "Top of the Pops", c'est une émission culte de la BBC... L'une des institutions sans lesquelles la Grande-Bretagne ne serait plus tout à fait la même... Oui, au même titre que la Reine et ses corgis, Wimbledon et sa pluie, ou le thé à 17 heures... "Top of the Pops", c'était l'Angleterre... Comme une vitrine de ce pays qui a inventé la pop-music, qui lui a donné ses plus grands artistes. Tout a commencé, nous rappelle "Télérama", le 1er janvier 64... Dans une église désaffectée de Manchester, les Rolling Stones ouvraient la première édition de l'émission, suivis par les Beatles... Le rendez-vous était tellement important qu'un Mick Jagger ou un McCartney, rois du "live", n'hésitaient pas à venir chanter en play-back... C'est dire. Un peu triste, tout de même, cette disparition, après 42 ans d'existence... "Mais rassurons-nous, nous dit Pierre-Yves Le Priol dans "La Croix" : il y a quelques jours, le chanteur des Rolling Stones était bel et bien en concert au Stade de France, à 63 balais... Et on pense aux autres : McCartney, Bowie, Iggy Pop, qui roulent toujours de scène en scène avec leur ventre plat et leurs appels à la révolte, comme si sur eux l'âge n'avait pas de prise... Cette longévité tonitruante de nos rock-stars rend compte d'un fait générationnel plus large : il existe autour de nous des milliers de ces papy-boomers inoxydables, débordant de projets, férus de voyages, sinon de guitare électrique... Tous rompent avec l'image attachée autrefois aux petits vieux de 60 ans... Et même si la partie doit finir un jour, tous cultivent l'illusion d'une éternelle jeunesse", conclut notre confrère dans un éditorial écrit avec une plume trempée dans un bain de jouvence... Oui, vive les anciens jeunes ! Bonne journée. A demain.

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