Posons cet étrange objet sur la table. Rangeons les couteaux, regardons la Chine dans le blanc des yeux. C'est ce que font vos hebdomadaires cette semaine, avec une suspicion d'espionnage industriel entre le Nouvel Observateur et l'Express qui titrent tous les deux, "Comprendre la Chine". Le pays s'investit corps et âme. Pékin change de visage. Le petit peuple apprend les bonnes manières et l'Occident distribue ou retire les médailles des poitrines des dirigeants. Il y a quelque chose qui change dans ce pays bâti sur une civilisation ancestrale. Une préoccupation qui monte à la surface. Un frémissement, « La Chine est à la recherche d’une nouvelle identité nationale, à la fois chinoise et moderne » écrit Ursula GAUTHIER dans le Nouvel Observateur. Comme d’autres lisent l’avenir dans le marc de café, cette historienne scrute les thèmes travaillés par les universitaires, pour deviner en creux, les préoccupations du régime. Les sujets recommandés par le ministère de l'éducation traitent de la transition démocratique, de la protection sociale. De la révolution a l'évolution pense deviner Ursula GAUTHIER qui prédit un virage vers un régime moins coercitif tellement réclamé par la société chinoise. Une société en ébullition qui se révèle dans les sujets de l'Express. Petits portraits chinois avec ceux qui l'ouvrent. Ceux qui mettent de la démocratie au compte goutte dans la machine. YAN XUETONG est chercheur à l'université. Il explique que si la Chine veut étendre son influence, elle doit trouver des alliés. Mais en Asie et ailleurs, les pays "s'interrogent sur la finalité de notre puissance". "Tant que nous n'aurons pas un bon système politique, comment pouvons-nous attirer le soutien des autres?" Etrange régime, tenu par des dirigeants qui doivent leur réussite au capitalisme, mais qui restent les héritiers de MAO ZEDONG. Dans les témoignages de ces petites fourmies de la démocratie, on voit l'ampleur de la corruption et on entend la demande, créer d'autres mouvements politiques à côté ou en dessous du parti communiste. "Accepter avant tout des mécanismes de contre pouvoir", conclut STEPHANIE BALME. Avec pourquoi pas un conseil constitutionnel, c’est ce que dit cette chercheuse qui appartient au centre d'études et de recherches internationnales. Mais on n'en est pas là. Science et vie qui consacre un hors série passionnant sur l'évènement estime que " les espoirs de progrès en matière de droit de l'homme ont été déçus". Dans son édito, Patrice CHABANET, du Journal de la Haute Marne, dit que c'était prévisible. "Accepter l'organisation des jeux à Pékin, c'était accepter les règles du jeu politique chinois". "Seul les rêveurs pouvaient espérer une révolution démocratique". L'Express nuance un peu. La gestion du tremblement de terre dans le Sichuan montre une nouvelle maitrise de la communication avec l'apparition de la compassion en politique. "Mais depuis quelques semaines, les mauvaises habitudes ont repris le dessus" écrit Marc EPSTEIN. "L'Europe des Etats-Unis espérait un bol d'air, c'est le contraire qui se produit". Symbole de cette Chine autoritaire en mouvement : la ville de Pékin. Elle nous est racontée dans le hors série de Science et Vie. D'abord centralisée, la ville s'ouvre au modernisme dans les années 90, inspiré malheureusement par les tours et les autoroutes qui ont fait la fierté de l'Occident. "Les J.O ont fait prendre conscience des erreurs de l'urbanisme commises depuis 50 ans", estime WANG JUN, journaliste spécialisé. La ville devient donc un laboratoire pour les plus grands architectes qui sculptent l'Opéra, le stade, la piscine. Mais envahie par la voiture, plombée par une densité trois à cinq fois supérieure à New-York et Londres, Pékin nous sert aussi du fastfood architectural pour loger ses habitants. C'est l'un des volets de la "face cachée des J.O" raconté par Science et vie qui parle aussi des travailleurs qu'on cache et des déplacés des quartiers modestes. Il y a eu entre 15.000 et 1 million et demi d'expulsions. L'autre démesure de la Chine. Et dans les têtes, si l'on en croit la Croix, ce sont ces sacrés jeux olympiques qui prennent toute la place. Tristan de BOURBON nous raconte que l'approche des épreuves excite peu à peu les esprits. Il y a de l'enthousiasme nationaliste dans l'air. Il y a aussi pas mal de propagande dans les rues. Parait-il on voit de plus en plus de tee-shirts "J'aime la Chine". A la télé, à la radio, les animateurs répètent le slogan à longueur de programme, "Vive la Chine", "J'aime la Chine". On trouve même des écrans dans les rames de la dernière ligne de métro à Pékin qui servent à expliquer les règles du jeu. Mais on demande aussi, écrit Tristan de BOURBON, au spectateur chinois de montrer à la face du monde qu'il est fair-play. Il n'y aura pas de banderole "Allez la Chine" dans les stades, elles resteront dans les têtes. Le comité d'organisation demande aux spectateurs de soutenir avec le même entrain les athlètes chinois et les sportifs étrangers. Et l’on attend aussi de ce Chinois décidément sollicité de renoncer à certaines petites habitudes. "Les Pékinois doivent modifier jusqu'à leur style de vie", nous dit Loïc GRASSET un peu ronchon dans l'Equipe. "Des brigades anti-crachats ont été mises en place. Elles punissent les contrevenants à coup d'amende. 15 euros pour celui qui s'oublierait". On n'a pas le même tarif dans l'Express. Marie HURET nous dit que cela coûterait 50 centimes d'euros, comme quoi l'info sur place n'est pas simple à collecter. Elle nous raconte aussi que les gamins dans les écoles ont 2 heures d'éducation olympique par semaine et que le 11 de chaque mois, c'est la journée de la queue. Alors qu'on se comprenne bien, ça veut dire que tous les Pékinois apprennent à monter sagement dans les bus, sans jouer des coudes. "Déjà marre des JO", titre Loïc GRASSET, dans l’Equipe donc. L'enthousiasme est réel dans les provinces, mais à Pékin, d'après le journaliste, la vie de tous les jours est devenue un petit enfer. "Beaucoup de mes amis ont préféré partir en vacances", raconte Yang YANG, qui travaille à domicile depuis maintenant 15 jours pour éviter de perdre trop de temps dans les transports. Les bus, les métros sont archi bondés. Les scooters et les deux roues sont confisqués et les affaires ne sont même pas au rendez-vous. Pékin subit ces Jeux "sans fun" comme on les surnomme parait-il déjà sur place. Et la santé dans tout cela. Ca prend la place d’une colonne dans Libération. Le quotidien fait sa une sur le sida et la conférence mondiale qui aura lieu dimanche à Mexico. Ce chiffre toujours, 33 millions de personnes infectées sur la planète. Et en Chine, officiellement ils ne seraient que 700.000. Officieusement, écrit Abel SEGRETIN, ils seraient entre 3 et 10 fois plus nombreux. D'après le ministère chinois de la santé, ce sont les relations hétérosexuelles qui sont le mode principal de transmission. Dans les entreprises cette maladie a un prix. Dire qu'on est séropositif débouche souvent sur le licenciement. D'ailleurs on n'entre pas en Chine si on coche la mauvaise case du formulaire sanitaire à la frontière. Mais il y a du mieux nous dit quand même la journaliste. La Chine a reconnu l'existence de cette épidémie de masse. Le Président Hu JINTAO devant les caméras de télévision a serré la main d'un séropositif. C'était à la fin de l'année dernière. Un sacré pas pour l'humanité. Hu JINTAO qui sous l'effet des JO, comme d’autres sous l’effet des médicaments, réagit de façon surprenante. Hier il a décidé d'organiser une rencontre avec les journalistes étrangers. C'est parait-il rarissime. Le Parisien pense qu'il avait mesuré l'effet désastreux de cette affaire de censure sur internet. Le Figaro estime qu'il a cherché à donner une leçon de journalisme. Décidément pas très lisible, Hu JINTAO reste caché derrière sa langue de bois. La Chine est en mouvement, mais on ne sait pas vers quoi. Et puis Laurent SEGUI, est-ce que vous savez comment on dit Jeux Olympiques en chinois. AO YUN HUI. Mais ce sera le seul mot chinois du jour. Bonne journée. Je ne sais comment on dit en chinois.

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