Jeudi 8 octobre au matin, 9h30, cimetière militaire d'Arlington. Grand soleil, mais vent froid et pénétrant. On enterre le sergent-chef Nekel B. Allen, tué au mois de septembre en Afghanistan. Au milieu des grandes pelouses semées de tombes : le cortège d'honneur du troisième régiment d'infanterie, la veuve du soldat, ses trois enfants de 10, 7 et 5 ans, ses parents, et ses amis motards sur des Harley-Davidson rutilantes. On déplie le drapeau américain. On enveloppe le cercueil. Trois salves. Clairon. Prière aux morts. La photographie est ce matin dans Le Figaro. C'est une scène américaine vue et revue depuis Omaha Beach, le Vietnam et Bagdad. Mais évidemment elle prend plus de relief ce matin, alors que Barack Obama a enfin décidé de la stratégie à mener en Afghanistan. 30.000 hommes supplémentaires : on vous en a largement parlé ce matin sur France Inter. Beaucoup de scepticisme dans la presse. Mais dans ce reportage du Figaro, Laure Mandeville apporte un éclairage différent et décrit une réalité qui pourrait aider le Président à "vendre" (entre guillemets) ce nouvel envoi de troupes au pays des talibans. L'Amérique, plus que beaucoup d'autres pays, est solidaire de ses "boys". Cette relation entre la population et son armée a quelque chose de vibrant. "Elle me rend même un peu jaloux", reconnaît un militaire français dans Le Figaro. Et ce qui fonde cette relation aujourd'hui, c'est peut-être un sentiment de culpabilité collective... culpabilité après la stigmatisation dont l'armée américaine a été victime à l'époque du Vietnam. On avait laissé tomber les vétérans. La société, qui ne voulait plus d'une guerre qui puisait dans ses forces vives, avait rejeté pêle-mêle soldats et politiques. Alors aujourd'hui, comme l'a demandé Obama lui-même, on n'abandonne plus les "boys", ni les vétérans une fois qu'ils ont retiré leur uniforme. Connection Internet pour les relier à leur famille, camps de vacances pour les enfants, mécénat de riches familles pour accueillir les épouses et les enfants pendant que les blessés sont soignés à l'hôpital. Le sous-officier Larry Allen Draughn, qui a pourtant perdu ses deux jambes en Afghanistan, raconte la fierté et la joie éprouvées à son retour dans sa ville natale de l'Ohio. Des milliers de personnes étaient massées le long de la route avec la bannière étoilée. Ce lien nation-armée ne règle pas tous les problèmes, évidemment. Mais, selon Laure Mandeville, il devrait donner à Barack Obama une marge de manoeuvre réelle pour convaincre ses compatriotes de soutenir la suite de la campagne en Afghanistan. (Nicolas Demorand : "Dans L'Humanité, autre reportage dans un lieu symbolique : Bhopal")... Alors que va s'ouvrir le Sommet de Copenhague, il n'est pas inutile de rappeler que les grandes catastrophes écologiques laissent des traces à jamais sur l'environnement et les hommes. Bhopal, c'était il y a 25 ans exactement. Nuit du 2 au 3 décembre 1984, dans le centre de l'Inde. L'usine Union Carbide libère des milliers de mètres-cubes d'un nuage dérivé du gaz moutarde. 8000 personnes sont mortes dans les trois premiers jours, 25000 jusqu'à aujourd'hui des suites des maladies liées à l'exposition au gaz. Aujourd'hui encore, dans les bidonvilles de Bhopal, des bébés atteints de malformations épouvantables voient le jour. L'usine a empoisonné le sol, des métaux lourds ont été décelés dans l'eau, à des taux jusqu'à 6 millions de fois supérieurs à leur présence naturelle dans les sols. Ces métaux lourds, on en a retrouvé jusque dans le lait maternel. Et 25 ans plus tard, les victimes n'ont toujours pas été vraiment indemnisées. Union Carbide et le gouvernement indien ont réglé l'affaire avec un accord, en 1989 : 500 millions de dollars pour solde de tout compte. Les indemnisations demandées dépassaient les 3 milliards. La firme Dow Chemical, qui a repris Union Carbide, a proposé un marché au gouvernement : de gros investissements en Inde mais, en échange, aucun problème avec Bhopal. Témoignage d'une des victimes dans les colonnes de L'Humanité : "Les gens viennent, écrivent des choses sur nous et repartent. Nous, nous restons ici avec nos problèmes". (ND : "Les minarets suisses font encore beaucoup parler, ce matin")... Thomas Legrand parlait tout à l'heure "d'un débat qui se mord la queue". A la lecture de la presse, ce matin, on a du mal à éviter l'amalgame minaret-burqa-identité nationale-islam. Tout cela se mélange, ce qui ne contribue pas à la sérénité du débat. Le Monde relève le malaise à droite, entre Eric Besson, qui souhaite que la Suisse revienne assez vite sur cette décision, et Xavier Bertrand, qui lâchait dès dimanche soir qu'on n'avait pas forcément besoin de minarets en France. Sur LePoint.fr, l'équipe de modération (qui reçoit, analyse et diffuse les messages d'internautes) publie une synthèse des plus de 2000 réactions postées en un peu plus d'un jour pour commenter le vote des Suisses. Ca n'a pas valeur de sondage mais de vox populi. Et cela donne un indice du climat, à quelques mois des élections. Les modérateurs relèvent d'abord que les messages racistes qu'ils ont censurés sont un peu plus nombreux que de coutume. Ensuite, la très grande majorité des messages applaudit le vote suisse. Il est interprété non pas comme un rejet de l'islam en tant que tel, mais comme le rejet d'un islam radical. Pour ces internautes, le minaret n'est pas un simple élément architectural, mais un symbole politico-religieux. Un argument très souvent avancé, disent les modérateurs du Point, c'est le principe de réciprocité : pas question de favoriser le culte musulman tant que, dans les pays musulmans, il y aura ce que les internautes qui ont posté ces messages ressentent comme un rejet des chrétiens. Autre message fréquent : celui qui dénonce la distance entre le peuple et les politiques. Au moins, en Suisse, grâce à la démocratie directe, le peuple peut se faire entendre. Certains messages relèvent tout de même les limites, voire les dangers de la démocratie directe. Encore une fois, c'est un élément de climat. Dans un genre plus radical, MédiaPart relève que le site d'Eric Besson sur l'identité nationale devient un défouloir raciste. Comment éviter les amalgames et les dérives ? Sur le NouvelObs.com, Jean-Marcel Bouguereau demande aux musulmans modérés de s'engager dans le débat. "Ils devraient sortir de leur silence pour soutenir ceux qui défendent une conception éclairée de l'islam. Pour la journaliste soudanaise arrêtée au Soudan parce qu'elle portait un pantalon, se rebeller est un acte de courage. Mais ici, dans une démocratie, on ne risque rien à ne pas rester silencieux". (ND : "Quoi d'autre dans la presse, ce matin ?") Allez, pour changer de ces sujets bien lourds, j'ai quelques curiosités pour vous... Le zozo du jour est une zozote... une Britannique qui a déboursé 1318 € pour offrir un lifting des mamelles à ses deux femelles labrador. Petite brève dans Libération. Drôle de Une encore, dans La Dépêche du Midi... "Vive le gras !". A quelques semaines des fêtes et des repas au foie gras, le journal de Toulouse ouvre le débat sur le gavage des oies et des canards. Dominique Delpiroux évoque une solution qui pourrait mettre défenseurs des animaux et producteurs d'accord : en Espagne, une maison prétend produire du foie gras sans gavage. On nourrit les animaux avec des aliments hautement caloriques, qu'ils mangent par goût : des figues, du miel, des glands... Les gastronomes de La Dépêche n'ont pas encore goûté ce foie gras nouvelle manière. Plus classiques, ces informations glanées dans Les Echos, L'Equipe et La Croix... Dans Les Echos, la guerre des prix relancée dans les forfaits Internet, avec la nouvelle initiative d'Alice, qui s'apprête à proposer une offre Internet, TV et téléphone à moins de 20 € par mois. Dans L'Equipe, Amélie Mauresmo va-t-elle prendre sa retraite ? La rumeur enfle un peu plus. La joueuse de tennis a convoqué toute la presse demain. Et puis, dans La Croix, les difficultés de lecture des jeunes de 15 ans... Cela ne concerne pas que les Français. Un quart des ados européens ont du mal à comprendre ce qu'ils lisent. C'est en Europe du nord qu'ils s'en sortent le mieux. Un représentant des services d'éducation à la Commission de Bruxelles avance une interprétation presque de civilisation, sur ce clivage entre Scandinaves et Méditerranéens : en Europe du sud, l'intégration dans la société passe par la parole. Les petites entreprises vous embauchent même avec des difficultés de lecture. Et puis, toujours dans La Croix, un portrait très attachant... On parle souvent sur cette antenne du slogan "France Inter, la différence". La différence, ce sont aussi les auditeurs. Bruno Bouvet a rencontré André Degaine. C'est un monsieur de 83 ans, que les fidèles du "Masque et la Plume" connaissent bien. A chaque fois que l'on parle de théâtre, il est dans le public et il intervient pour enrichir le débat des critiques de ses lumières d'amateur éclairé. André Degaine, c'est un retraité des Postes qui a eu la vocation du théâtre à l'âge des culottes courtes et des marionnettes. Son travail à La Poste a sans doute encouragé cette vocation. "Moi, dit-il, j'étais le monsieur sérieux qui arrive de derrière pour calmer la colère de l'usager furieux au guichet et lui dire qu'on va retrouver son colis perdu. Il faut être aimable mais paraître préoccupé. Le client devient ainsi le héros de sa propre tragédie". De sa voix légèrement surannée, comme l'écrit Bruno Bouvet, André Degaine parle avec bonheur de sa passion pour le théâtre. "Quand je n'ai pas aimé un spectacle, j'y retourne une seconde fois pour mieux comprendre". Dans le masque aimable et la plume douce de ce retraité des Postes, passe quelque chose que l'on appelle la culture et la civilisation. Bonne journée !

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