(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : des hommes et des lieux

(Bruno Duvic) Nous allons d'abord au pub à Longford au centre de l'Irlande. Une journaliste locale est amère comme une pinte de Guiness : "Ca été un choc, c'est la première fois que les gens ont mesuré l'ampleur de la perte de notre souveraineté !"

De quoi parle-t-elle ? Du septième budget de rigueur en trois ans qui sera présenté la semaine prochaine à Dublin. Les Irlandais en connaissent déjà la principale mesure : hausse de la TVA de 2 points. Comment l'ont-ils appris ? Par la presse allemande.

Explications d'Eric Albert dans Le Monde . Les comptes de l'Irlande sont toujours sont le contrôle de la "troïka" : FMI, Banque centrale européenne et commission. Dublin leur a donc soumis son projet de budget. Un des experts de la "troïka" a cru bon de transmettre le projet à un comité parlementaire du Bundestag. La presse allemande en a eu vent et en a aussitôt parlé.

Voilà un petit indice supplémentaire de l'influence de l'Allemagne en Europe.

Et le discours de Nicolas Sarkozy à Toulon, cette ville où le Président aime parler, était-il en « version allemande », comme l'écrit Xavier Panon dans La Montagne ?

Discours de concessions à l'Allemagne, de vérité, ou discours flou... Voilà les principaux chapitres des commentaires ce matin dans la presse

D'abord : "la vérité"

Rue 89 a pris le président au mot et repéré les termes revenus les plus souvent dans son discours de président candidat - dans la mesure où il a critiqué à de nombreuses reprises l'opposition.

Mots le plus souvent employés :

  • crise : 45 fois

  • travail : 21 fois

  • vérité : 11 apparitions

  • peur : 7 tremblements

"Sarkozy a parlé, que fallait-il entendre ?" Question du jour sur le site quoi.info . Derrière les mots employés, il fallait comprendre : je suis le seul qui vous protège, il va encore falloir vous serrer la ceinture et derrière le thème du travail, il y a le thème des 35 heures. Autrement dit la situation actuelle, c'est la faute aux socialistes.

Tout cela est salutaire pour Etienne Mougeotte dans Le Figaro . "On pourra faire toutes sortes de reproches à Nicolas Sarkozy sauf celui d'avoir caché la vérité aux Français".

Tout cela mène dans une impasse pour Nicolas Demorand dans Libération . " Discours raté (…) Nicolas Sarkozy est venu sur un terrain politicien qui n'est plus le sien. "

Quels commentaires sur la partie européenne du discours ?

Discipline plus stricte, sanctions budgétaires plus automatiques et solidarité sans faille….

Tout le monde y voit des concessions faites à madame Merkel. Et Jean-Francis Pécresse dans Les Echos trouve qu'il y a de "l'audace à proposer aux Français de lier comme jamais auparavant leur destin à celui des Allemands (...) au moment où une partie de la classe politique agite la peur d'un hégémonisme germanique. »

Ce n'est pas de l'audace, c'est une « démission nationale » pour Patrick Appel Muller dans L'Humanité . L'Huma qui se déchaine dans les titres. A la Une : « Sarkozy à Toulon, la France en rade ». E en pages intérieures : « Le joueur de flûte au zénith de Toulon ».

Entre Toulon 2008 et Toulon 2011, il y a aussi une perte de pouvoir face à la crise : « le président a réduit à la cuisson » écrit Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain .

Et précisément, quel plat a-t-il proposé ? Pour les mesures concrètes concernant l'Europe, on attendra qu'il y ait un accord franco allemand. Traduction avec le titre à la Une de La Tribune : un certain flou européen.

L'Europe est à l'eau plate. On pensait trouver un peu de réconfort en visitant les caves de Buckingham Palace avec Point de Vue Images du Monde cette semaine. On rêvait de voutes millénaires, de poussière noble et de flacons merveilleux. Y’en a !

Mais Point de Vue nous explique que la Reine surveille le budget de la royale bibine. En majorité, le comité qui choisit pour sa majesté sélectionne des Champagne on millésimés, des Sauvignons blancs de Nouvelle Zélande et des Bordeaux rouges basiques. Quant à la cave, elle a un petit côté hôpital victorien : voutes carrelés et casiers métalliques partout.

Des hommes et des lieux, suite : une passerelle et une place

Des hommes et des lieux... Des hommes et des dieux…

On dit parfois de la paix qu'elle est un pont jeté entre les hommes.

La passerelle est à Jérusalem. C'est celle qui relie l'esplanade du Mur des Lamentations, lieu le plus sacré du judaïsme, à celle des Mosquées, 3ème lieu saint de l'islam.

Cette passerelle devait être provisoire, elle a été construite en 2004 après un orage qui a eu raison de l'ancienne rampe dite des Maghrébins.

Sept ans plus tard, la passerelle est branlante et dangereuse, il faudrait la détruire. Mais ce serait trop simple dans un lieu aussi sensible. Déjà les Frères musulmans en Egypte y voient une nouvelle preuve de la judaïsation de Jérusalem. Lundi Benyamin Netanyahu a ordonné le report d'une semaine des travaux. C’est à lire dans Le Monde .

Est-il impossible que plusieurs religions partagent un même lieu ?

A Bussy Saint-Georges, une Place des religions verra le jour l’an prochain. L'histoire est racontée dans Témoignage Chrétien cette semaine.

Bussy Saint Georges, Seine et Marne, 21.000 habitants, 50% d'origine étrangère, dont une majorité d'asiatiques. L'an prochain, sur une même place vont être construites deux pagodes bouddhistes, une synagogue et une mosquée. Parking commun, architecture discrète, aucune barrière ne séparera les différents lieux.

A Bussy on trouve déjà une stèle hommage aux boat people, une avenue Itzhak Rabin et une église Notre Dame du Val.

Quel est le secret ? Bussy c'est 33% de cadres et 22% de professions intermédiaires. Un contexte social qui favorise la cohabitation. Et puis, dit le maire, notre ville n'a pas d'identité forte, nous dessinons sur une page vierge.

Sur la Place des religions, en plus des bâtiments prévus, il reste encore deux endroits à pourvoir. Un temple protestant chinois et un centre arménien orthodoxe tiennent la corde.

Quoi d'autre dans la presse ? D'abord le titre du jour

"Back in the USSR". Couverture de Courrier International à la veille des législatives en Russie. On ne sait pas si c'est Poutine ou Brejnev à la Une. « En Russie, l'Etat s'aggrave », titre également Libération .

La vidéo du jour ?

Réalisée par la BBC relayé par atlantico.fr . Un phénomène naturel rare et jamais filmé jusque là. Le doigt de la mort. C'est en Antarctique. Une colonne de glace descend vers le fond des eaux et gèle tout ce qu'elle touche, y compris les êtres vivants.

Le comeback du jour ?

Wikileaks. Après les télégrammes diplomatiques, le site qui veut tout mettre sur la place publique s'attaque aux entreprises qui surveillent nos mails, téléphones portables et autres conversations. Quitte à donner des armes aux dictatures. Le média partenaire de cette opération en France, c'est owni.fr

Enfin la phrase du jour ?

Dans Le Figaro qui rend hommage à François Lesage, maître de la broderie qui vient de disparaitre. Il a embelli les collections de couture des plus grands - St Laurent, Lacroix ou la maison Chanel.

En 2007, on lui avait remis l'insigne rouge de la légion d'honneur. Il l'avait dédié à toutes les petites brodeuses qui travaillaient pour lui sans relâche et qui avaient dû mille fois se piquer les doigts avec l'aiguille : "Cette petite tâche de sang que je porterai à la boutonnière, c'est un peu la vôtre".

Bon week-end

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