A la Une de la presse ce matin, la fin d'une époque.

C'était en 2005. Une de PARIS-MATCH.

François Hollande et Nicolas Sarkozy tout sourire, côte à côte. A l'époque, écrit Jean-Marie Pottier de SLATE, les patrons du PS et de l'UMP affichaient leurs ambitions élyséennes. C'était une époque où l'avenir allait leur appartenir. On pouvait lire alors dans PARIS-MATCH que les deux hommes représentaient une nouvelle génération, une nouvelle façon d’aborder la politique. Le choc de la photo qui n'a pas plus à tout le monde, et au PS et à l'UMP, est resté. Le poids des hommes politiques en question aussi, pendant plus d'une décennie. En 2007, Nicolas Sarkozy a été élu président de la République. En 2012, François Hollande lui a succédé. Le prochain scrutin présidentiel, finalement, aura donc lieu sans eux. La Une de PARIS-MATCH prend donc aujourd'hui, des allures de conclusion d'une époque.

11 ans plus tard, au lendemain de l'annonce de François Hollande, les Unes ont changé.

Le temps n'est plus aux sourires. La tête est basse à la Une de L'ARDENNAIS, du BERRY REPUBLICAIN, de LA MONTAGNE, du POPULAIRE DU CENTRE ou encore de L'YONNE REPUBLICAINE. La tête est basse et les titres sont courts. Il renonce. Moi président, je renonce. Ou bien encore version nécrologie, 2012-2017.

Quand elle est haute comme dans LE COURRIER PICARD, ou LA NOUVELLE REPUBLIQUE, c'est la surprise du chef.

Quand François Hollande est pris en photo de dos au loin, en train de marcher dans la cour des Invalides. C'est la chute finale pour L'ECHO de HAUTE-VIENNE.

Une regard en arrière de François Hollande à la Une de LIBERATION, et c'est : Sans moi.

Photo figée lors de l'allocution télévisée d'hier, pour LE FIGARO qui titre laconique : La fin.

Vient ensuite le récit clinique de cette allocution.

Au delà du propos, ce qui marque aujourd'hui, les éditorialistes, c'est la forme.

Bernard Stéphan décrit dans LA MONTAGNE, un François Hollande très ému, digne, marqué, humble, défait.

Jean-Michel Servant du MIDI LIBRE lui a trouvé l'air triste, les larmes aux bords des yeux, des trémolos dans la voix.

Sur le site du HUFFINGTON POST, Anne Sinclair écrit ceci : "Il était très émouvant, ce retrait d'un homme, dans l'intérêt de son pays et le bien de sa famille politique.

François Hollande avait la voix blanche de celui qui est conscient de prendre la décision la plus douloureuse de sa vie publique.

Il avait le regard éteint, mais le plaidoyer éloquent. Et à la fierté de son bilan, et à la lucidité du constat qu'il fait sur la situation de la France, il a ajouté l'élégance du regret pour la déchéance de la nationalité, regret d'un chômage encore trop élevé.

Sur le site de L'OBS, Daniel Cohn Bendit commente avec emphase : "C’était un grand discours de François Hollande. Il va rentrer dans l’Histoire par son humilité. Il a su faire un discours où il n’est pas humilié. Il y avait une dramaturgie géniale. Du très grand théâtre, dans le sens positif du terme. Il a expliqué son bilan. Il a mis ses tripes sur la table. C’est enfin un homme normal à la présidence qui sait s’arrêter. C’était impressionnant. Tous les ans, on va commencer à le regretter. C’est la fin du président surpuissant qui croit au toujours plus.

Le renoncement de François Hollande s'est décidé dans les tous derniers moments.

Cécile Amar de L'OBS raconte les derniers mois, les derniers jours. Il avait des hauts et des bas. A certains, il disait : c'est jouable. A d'autres : je vais renoncer. Il y a quelques jours encore, il demandait : "tu as des idées pour la suite ?" Il y a deux semaines, un élu proche du Premier ministre pariait. Il va devoir jeter l’éponge. A partir du moment où Valls a posé un couteau sur la table, il n’ira pas. Il n’a pas de sortie, et quand Hollande n’a pas de sortie, il s’en va, il prend la tangente". Si bien vu. Depuis lundi soir, après l'interview de Manuel Valls au JOURNAL DU DIMANCHE, contrairement aux jours d’avant, Hollande n’a plus cherché de conseils. Il n’a plus cherché de soutiens. Il n’a plus parlé du programme présidentiel, plus évoqué cette déclaration de candidature. Il n’y a plus aucun signal émis, analysait un proche. Il ne prépare plus rien. Ce n’est pas normal, s’inquiétait un autre.

Et ce matin, les éditorialistes jugent sur pièces.

Résumé gauche - droite.

Laurent Joffrin - LIBERATION : Renoncement respectable. Elégance du geste.

Alexis Brezet - LE FIGARO : Il aurait pu prendre pour son dernier message politique, un peu de hauteur. En vérité, François Hollande n'a jamais été président.

Synthèse de L'OPINION : Jusqu'au bout, ce quinquennat aura été inédit.

La presse étrangère a sa propre version des faits.

Pour le NEW YORK TIMES : C'est son incapacité à réduire le taux de chômage de la France notamment chez les jeunes... qui a peut-être été le coup le plus décisif pour sa présidence.

Pour THE INDEPENDANT, c'est la faute aux sondages à son impopularité.

Et c'est ce qui justifie pour le FRANCKFURTER ALGEMEINE ZEITUNG, qu'il n'a pas eu la force de demander à nouveau la confiance des Français. Mais le fait est qu'il laisse aussi une gauche en lambaux.

C'est là que Manuel Valls fait son entrée en scène.

Et ce n'est pas un hasard si l'ensemble de la presse européenne titre immédiatement après le renoncement de François Hollande, sur la future candidature de Manuel Valls.

D'après LE PARISIEN ce matin, le premier ministre a été très ému en regardant le chef de l'Etat s'exprimer.

Mais il était prêt. L'OPINION raconte, il y a des signes qui ne trompe pas. Hier, la communication de Manuel Valls a adressé un texto aux journalistes, indiquant que le Premier ministre changeait de numéro de portable, à 20 heures précises. Il se dit aussi que le mois dernier, il a raconté à ses fidèles avoir revu dans le moindre détail, le film La Conquête, qui retraçait l'ascension... de Nicolas Sarkozy. Manuel Valls est prêt.

Mais les Hollandais ne sont pas sereins. Dans LE PARISIEN : certains prophétisent un carnage pour la primaire. Elle est morte. Ils vont tousse s'entretuer.

Les socialistes ont vite fait d'oublier François Hollande. La preuve, sur le site du Parti Socialiste ce matin, si vous cliquez sur Actualités, vous verrez un hommage à Ousmane Sow le sculpteur, mort hier. Mais pas un mot, pas même la vidéo de France Hollande.

Allez pour terminez. Si François Hollande n'avait pas fait l'actualité, on aurait parlé de quoi dans la revue de presse.

Et bien d'histoire de président et de roi figurez-vous. Roi d'Espagne... Zidane... à la Une de L'EQUIPE. Souverain de la Liga.

On aurait parlé aussi de l'élection à la présidence de la Fédération Française de Rugby où Bernard Laporte est critiqué, dans L'EQUIPE et L'HUMA.

De Jacob Zuma enfin, président Sud-Africain, dans LIBERATION. Zuma empêtré dans des affaires de corruption, mais qui lui, ne renonce pas. On le surnomme d'ailleur le président Téflon. Celui sur qui tout glisse, sans attacher.

Un surnom qu'on ne pourra pas donner à François Hollande.

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