Quand Arte , Libération, l'Union, racontent avec douceur des enfants nés dans le mauvais genre qui retrouvent leur vérité, Le philosophe Paul Preciado, dans Mediapart, part en guerre contre l'hétérosexualité. Anne Sylvestre, dans sa dernière interview à l'Obs, récusait les ultras du féminisme, mais avec indulgence.

On parle d'une petite fille. 

Que vous verrez ce soir sur la chaine Arte dans un documentaire que Télérama nous dit "beau comme un conte de Noël, avec sa maison au jardin enneigé et son monde extérieur encombré de périls". La fillette s'appelle Sasha, peut-être en avez-vous déjà entendu parler ou vous avez vu cette photo où elle danse dans son jardin, yeux fermés, déguisée en papillon. Elle n'aimait pas Sasha qu'on la filme en train de jouer, dit le réalisateur Sébastien Lifshitz au journal l'Union, car quand elle joue Sasha, elle est seule, cela ne se mime pas... Et si vous avez entendu parler de ce film; "Petite fille", vous savez que Sasha est née dans le corps d'un garçon et que toute petite elle se sentait étrangère à cette apparence...  

Et nous en reparlons ce matin, parce que l'Union et son journal-frère l'Ardennais offrent à Sasha  la Une et quatre belles pages, c'est normal, Sasha est de l'Aisne, une fille de chez nous... Ce n'est pas la première fois qu'un journal régional accompagne un enfant qui se sent différent de son corps, mais avec un tel engagement, je pense pas... 

Il se passe quelque chose de tranquillement révolutionnaire dans l'Union et l'Ardennais. Il y a dans la presse régionale une manière simple de raconte les voisins, sans l'emphase du militantisme, cela donne à Sasha la force de l'évidence. On lit alors Sasha qui pleurait les larmes de son corps quand sa maman lui disait que quand il serait grand  il serait toujours un garçon, et la maman Karine comprit qu'elle foutait en l'air la vie de son enfant; vous lirez la première fois que Sasha et maman sont allées entre filles acheter une robe des collants, au retour du magasin, Sasha avait défilé pour sa famille; au début, elle ne s'habillait ainsi qu'à la maison, puis le temps est venu d'affronter l'extérieur... 

Je vous laisse lire l'Union et l'Ardennais qui nous guident patiemment dans la simplicité de la dysphorie de genre, je vous laisse aussi visionner le film d' un réalisateur, Sébastien Lifshitz, que le Monde en septembre dernier décrivait ainsi, un  "cinéaste des êtres en métamorphose"... Il prend son temps des chrysalides jusqu'au papillon... 

Après cela, vous pourrez lire Libération, qui se donne aux enfants en l'honneur du livre jeunesse, vous y trouverez deux adolescents, qui eux avaient un corps de fille mais se savaient garçons. Ils s'appellent désormais Alex et Arsène leurs noms d'avant sont des dead names, ils parviennent au bout de leur chemin, ils ont tenu, c'est la marque du temps, en échangeant leurs expériences avec d'autres gars de leur genre sur le web sur youtube, il espèrent qu'un jour leur chemin ne sera plus qu'une anecdote dans une conversation... 

On a appris hier nos sites s'en font l'écho, qu'un acteur est né prénommé Elliot, que nous l'avons connu fille, Ellen Page qui jouait une ado enceinte dans le film Juno, elle avait fait son coming-out gay, il, "yelle" se dit désormais trans, sans assignation de genre. Netflix, sur twitter, félicite Elliot, il y a une unité d'un monde changeant de l'Union à Netflix.. 

On parle aussi d'un philosophe...

Il se nomme Paul Preciado, il est une référence progressiste en matière d'études de genre, trans lui même, il est né Beatriz, proche de Virginie Despentes; après libération, Mediapart l'a invité à chroniquer sur son site. Dans son dernier texte, il parle des femmes assassinées par leur compagnon et en conclut ceci; "L’hétérosexualité est dangereuse pour les femmes, un mouvement de libération devrait viser aujourd’hui l’abolition du mariage hétérosexuel" ... Il ajoute aussi drôlement, "J’imagine que ce que je dis ne suscite pas un enthousiasme immédiat parmi les masses". Il faut évidemment lire un texte qui possède sa logique au-delà de l'irréalité que fait naitre sa thèse, y a-t-il un lien entre le bonheur d'une fillette et une idéologie implacable. 

Il n'est pas indifférent qu'Anne Sylvestre, dont vous lisez de magnifiques portraits dans le Monde et Libération, était sur la défensive, elle la féministe de toujours, face aux ultras du nouveau féminisme qui professaient la coupure avec le monde des hommes, elle le disait dans sa dernière interview, réalisée début novembre, qui est en ligne sur le site de l'Obs. "Je ne marche pas. Tout le monde a rencontré des hommes merveilleux dans sa vie. Au moins un, au moins la moitié d’un". Mais elle disaitr aussi, "Il y a toujours des exagérations, que dans toutes les révolutions, si on vous marche sur le pied, ça ne marchera pas si vous dites simplement : « Attention, vous me marchez sur le pied. » Non, il faut crier : « Aïe ! » pour espérer être entendue." Elle était indulgente, celle qui doutait. Belle vertu

Vous vous munirez alors d'indulgence quand vous lirez deux portraits déprimants d'hommes de pouvoir, le premier dans le Canard enchaîné, le sénateur et autrefois député Philippe Folliot, passé de la droite au macronisme, mais surtout de la défense spectaculaire et enflammée des tibétains et des opposants chinois, à l'obséquiosité envers le gouvernement de la Chine, lisez. Et lisez aussi dans le Monde comment Louis-Charles Viossat, un haut fonctionnaire qui devait être le Monsieur Vaccin anti-covid français a disparu des radars, après que ses passages dans l'industrie pharmaceutiques aient provoqué une ironie bruyante. Dans une autre vie, il fut au cabinet du Premier ministre Dominique de Villepin l'inventeur du Contrat première embauche qui mit des milliers de jeunes dans la rue, il est des destins compliqués. 

On parle enfin d'autres différences.

Et des parcours des nuances qui invitent à la paix. Le Un nous offre deux cadeaux pour penser moins brutalement cette semaine, un numéro bellement ordinaire consacré au handicap dont la différence comme d'autres devrait devenir une anecdote... Et un numéro spécial consacré à Camus, dont l'humanisme ces temps-ci nous est précieux.

La Croix dans un très beau dossier ranime le pays de Camus, cette Algérie d'autrefois, en faisant dialoguer quatre vieillards qui furent jeunes dans la tourmente, Héliette la pied noir, Messaoud l'instituteur harki, Bachir qui rejoignit l'armée du FLN après avoir accompli sans déserter son service dans l'armée française, il n'avait pas déserté alors parce qu'il ne voulait pas égorger pour fuir un de ses camarades, Jean-Pierre le Normand, appelé en Algérie qui rentra chez lui les mains propres... Ils sont quatre mémoires précieuses. 

Le Parisien nous présente Amélie, une hôtelière à la sortie de Compiègne qui en plus de ses clients accueille des SDF, des êtres en errance;  parfois, ça lui crée des ennuis, elle continue, merci.

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