Patrick Cohen : L'Egypte toujours bien sûr, avec un mot à la Une... Clotilde Dumetz : "Dégage !"... Un mot répété généralement deux ou trois fois en Une. "Dégage", c'est la réponse des Egyptiens à Moubarak après son discours hier soir. Le site égyptien "Bikya Masr" rapporte ce chant qui est monté de la foule des manifestants au Caire. Un chant de colère puisque "le président n'a pas semblé prendre la mesure de la protestation. Annoncer simplement qu'il ne sera pas candidat en septembre, cela veut dire encore neuf mois de Moubarak, et ça, les deux millions de personnes qui sont descendues dans les rues égyptiennes, hier, ne sont pas prêtes à l'accepter", explique l'éditorialiste du site. C'est ce que la presse française appelle "le défi de la transition". L'expression est à la Une des Echos... Et si, comme le dit La Croix, "l'Egypte se prépare à l'après-Moubarak", il semble bien que ce soit les Etats-Unis qui aient les mains dans le cambouis. La question, comme l'écrit Laurent Marchand dans Ouest-France, c'est "quelle sortie pour le raïs égyptien ?" A Washington, la nuit dernière, Barak Obama a redemandé une transition ordonnée et a indiqué au président égyptien que la transition politique devait débuter maintenant en Egypte, manière polie de dire à Moubarak qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible. Dans Le Figaro, vous lirez que des transitions sont engagées pour amener le président à déléguer ses pouvoirs et que donc, Washington s'active en coulisse. L'Administration américaine discute avec toutes les parties et c'est un ancien ambassadeur au Caire qui a été envoyé sur place pour rencontrer les hauts responsables égyptiens. Le message américain n'est pas tant à destination de Moubarak (la Maison-Blanche pense en effet qu'il n'écoutera pas) qu'à destination de l'armée. Washington semble vouloir pousser l'armée à prendre le pouvoir pour un processus de démocratisation, ce qui permettrait la chute en douceur du pouvoir. Une chute en douceur parce qu'une fois de plus, c'est le spectre de la contagion qui domine. Dans L'Humanité, vous lirez que le Yémen est gagné par la révolte... qu'il y a également un appel à manifester vendredi à Damas en Syrie. Dans Libération, c'est le roi de Jordanie qui lâche du lest. Il limoge son premier ministre pour calmer la rue. Et c'est vrai qu'en lisant une presse arabe difficile à trouver quand même sur Internet ce matin, on sent bien que tous les yeux sont braqués sur la place Tahrir, ce qui veut dire "place de la Libération". En Algérie, "El Watan" salue "une nouvelle ère pour l'Egypte" et explique que "les Egyptiens veulent en finir aujourd'hui, sinon vendredi au plus tard, avec le régime de Moubarak". Vendredi a d'ailleurs été baptisé "jour du départ". "Le départ du raïs se dessine", c'est "Le temps d'Algérie" qui le dit sous le titre "Ambiance de fin de règne en Egypte". Patrick Cohen : Et la peur de la contagion dépasse largement les pays arabes... Clotilde Dumetz : Oui, vous lirez dans Libération et dans La Croix que le mot "Egypte" est désormais censuré sur les moteurs de recherche chinois. Les médias officiels, explique Libération, recommandent bien aux Chinois en Egypte de quitter le pays, mais en raison d'une situation anormale. Et seuls les communiqués officiels égyptiens sont répercutés sur les antennes. Il faut dire que la corruption, les inégalités, l'absence de libertés, dénoncées par les manifestants au Caire, sont des maux bien connus des Chinois. La Croix note aussi que depuis l'attribution du Nobel de la Paix à Liu Xiaobo, une directive a intimé aux médias de consacrer moins de place et de temps aux sujets controversés et d'adopter un ton favorable au régime. La Chine qui la nuit prochaine, change d'année. La grande fête du Nouvel An chinois... fini l'année du Tigre, bienvenue dans l'année du lapin ! Et sur "Rue89", vous verrez comment "la censure chinoise chasse les lapins en colère du Web"... … Son « Peuple des lapins »… La musique, c'est celle de comptines pour enfants bien connues en Chine. Et cette vidéo d'animation très bien faite, est une féroce satire du régime chinois. Un appel à peine voilé à la révolte explique Pierre Haski. Elle n'est pas traduite évidemment, mais avec quelques souvenirs de l'actualité, on la décrypte aisément. Il y a ces bébés lapins qui explosent quand on leur donne un biberon, référence au scandale du lait contaminé à la Mélanine. Il y a ces familles de lapins désemparées face à leurs maisons qui s'écroulent. Là, c'est le scandale des expropriations violentes de maisons par des promoteurs immobiliers sans scrupule liés aux cadres locaux du Parti Communiste. Et il y cette jeune lapine qui s'est fait écrasée. Là, c'est l'affaire Li Gang, du nom d'un dirigeant local du parti, dont le fils vient d'être condamné pour conduite dangereuse, mais qui avait tenté d'échapper aux poursuites en disant "Mon père s'appelle Li Gang". Une réplique qui est devenue l'un des gags les plus entendus en Chine aujourd'hui quand on est en retard à un rendez-vous, ou quand on se retrouve dans une situation embarrassante. A la fin de la vidéo, les paroles de la chanson ne sont plus aussi innocentes qu'au début... "Ne poussez pas le petit lapin obéissant jusqu'à l'insupportable". Patrick Cohen : Retour en France avec Michèle Alliot-Marie épinglée par Le Canard Enchainé... Clotilde Dumetz : Un nouvel épisode dans le dossier Tunisie dont n'arrive pas à se débarrasser la chef de la diplomatie française. L'hebdomadaire révèle qu'entre Noël et le jour de l'An, la ministre et son ministre de conjoint ont utilisé le jet privé d'un homme d'affaire tunisien pour rejoindre leur lieu de villégiature à Tabarka. Le Canard présente cet homme d'affaire comme un membre du clan Ben Ali. Hier soir, le cabinet de la ministre a reconnu ce vol qui s'est fait à l'invitation d'Aziz Miled. Mais, explique-t-on au Quai d'Orsay, ce dernier n'est pas membre du clan Ben Ali, il s'est même fait prendre 20% de ses parts dans la compagnie aérienne qu'il dirige, par la famille. Et puis, dans la presse ce matin, vous lirez cette grande enquête sur les enfants du divorce. Une enquête européenne rapportée par Le Figaro, Le Parisien-Aujourd'hui-en-France et La Croix où l'on y constate les séquelles psychologiques, la rancœur, et aussi l'impact sur les études et le niveau de vie. Dans La Tribune et L'Humanité, retour sur le déplacement, hier, de Nicolas Sarkozy dans le Cher. Le président de la République y a appelé les exécutifs locaux à la rigueur. Il leur a fait la leçon. "Un long plaidoyer en faveur de sa politique de maitrise des dépenses publiques" rapporte La Tribune. "Il a fait culpabiliser les maires ruraux" rétorque L'Humanité. A un maire communiste, qui l'interpellait sur la dégradation du service public à la campagne et prenait l'exemple d'une lettre qui mettait huit jours à arriver à son destinataire, Nicolas Sarkozy a répondu : "Si vous n'êtes pas content, vous n'avez qu'à les distribuer vous-même !" A lire aussi dans Télérama, une enquête sur l'enseignement de la musique. Une enquête titrée "La cacophonie" où l'on comprend qu'en France, enseigner cette matière réduite à portion congrue, est un véritable cauchemar ! Et puis, pour finir, comme c'est mercredi, jour de cinéma, et que tous vos journaux parlent du "Discours d'un roi", qui sort aujourd'hui en France et est favori des Oscars... l'histoire vraie de George VI... on va décerner le prix du meilleur titre sur le sujet à Libération : "Bègue and breakfast"...

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