La revue de presse de Frédéric Pommier

Quel est ton petit plaisir ?

C’est la question posée par le mensuel NEON, qui est allé interroger certains de ses lecteurs… « Mon petit plaisir, c’est de danser le rock à fond », répond Célestine, 26 ans. « Me foutre à poil dans le car de l’équipe de rugby », répond Matthieu, son compagnon. « Mon plaisir, c’est d’enlever les points noirs de mon copain », confie de son côté Manon. « Chanter sous la douche », pour Edouard. « Nettoyer mes oreilles avec un coton-tige », explique sérieusement Emmanuel. « Manger du fromage frais enroulé dans du jambon cru », lance pour sa part Victor, tandis qu’Elodie, 29 ans, témoigne de son plaisir de jeune maman : « Mon plaisir, c’est d’enfouir mon nez dans les cheveux de ma fille. »

Dans le mensuel, réjouissant mensuel, on apprend par ailleurs que le soleil peut rendre accro – pour certains, c’est même une très dangereuse addiction. On apprend également que faire l’amour peut parfois soigner la migraine – « Pas ce soir, j’ai mal à la tête », l’excuse ne tiendrait donc plus. Et puis on apprend la sortie d’un bouquin consacré à la façon de parler du chef de l’Etat : « Le Petit Macron de la langue française », une sorte de Petit Robert présidentiel, qui revient sur les expressions et formules désuètes dont Emmanuel Macron aime saupoudrer ses discours et ses interviews – lui, c’est ça, son petit plaisir… Bien sûr, il y a « la poudre de perlimpinpin », mais aussi « le pique-bœuf » (c’est une espèce d’oiseau) « in petto » et « galimatias » ou encore l’injure « gros ballot ». C’était lors d’un portrait dans « Envoyé Spécial ». Interrogé sur les critiques de ceux qui lui reprochent d’être en représentation et de faire du théâtre, l’encore candidat expliquait : « J’ai envie de leur répondre : ‘Eh ben oui, gros ballot. Toi aussi, ta vie, c’est comme ça. »

Alors bon, je ne sais pas si l’on retrouvera ces formules lors de son discours de demain, au château de Versailles.

Réunion du Congrès, avec tous les parlementaires, et si l’on en croit le JDD, le président de la République en était hier à la quatrième version de son texte… « Le cap et les coupes », c’est le titre du papier. Discours d’Emmanuel Macron ce lundi, discours de politique générale d’Edouard Philippe ce mardi. Et d’après leurs entourages, ils se sont répartis les rôles y compris « dans l’écriture des discours, pour que chacun s’assure qu’on ne soit pas dans la répétition, et puis qu’on n’oublie rien », précise l’Elysée… Rédigé par sa plume Sylvain Fort, aidé pour ce faire par plusieurs conseillers, le discours d’Emmanuel Macron sera, nous dit-on, peaufiné jusqu’à la dernière minute. Un propos d’environ une heure, dans lequel il s’attachera à brosser, je cite, « les différents défis auquel répondra le quinquennat » : le sens de son action, la réforme du Parlement, la place de la France dans l’Europe, mais il ne devrait pas y avoir d’annonces surprises et il n’a pas l’intention d’entrer dans le détail des réformes. Ça, c’est le job du Premier ministre, et ce sera donc devant les députés mardi. Un discours qu’on annonce comme une sorte de discours de la méthode, concret, précis et pragmatique. Discours dans lequel Edouard Philippe détaillera les économies budgétaires prévues par le gouvernement. Il a, semble-t-il, été arbitré qu’il n’y aurait aucun nouveau recours à l’impôt pour rester dans les clous européens cette années : il faudra, dès lors, couper dans les dépenses…

Au Premier ministre les coupes et au chef de l’Etat le cap. Mais tous les parlementaires ne seront pas là pour l’écouter… Les nouveaux députés de La France Insoumise ont ainsi décidé de sécher le Congrès de Versailles. Explication de leur leader Jean-Luc Mélenchon : « Le choix du président n’est pas républicain, dit-il. Il opère un coup de force institutionnel en s’exprimant sans débat et sans vote la veille du discours de politique générale du Premier ministre. Il vient, dicte sa ligne et s’en va. Et il franchit un seuil. Celui de l’hyper-présidentialisation sur le mode pharaonique de sa parade au Louvre le soir de sa victoire. Notre seul moyen de protestation, poursuit-il, c’est de briser la chaîne du consentement. » Et Mélenchon d’appeler à un rassemblement demain soir place de la République. « Macron aime les symboles, moi aussi confie-t-il. Mais on ne peut pas se rendre place de la Bastille car elle est en travaux. »

Dans l’hebdo, on peut lire en outre que Jean-Luc Mélenchon se rêve aujourd’hui en patron de presse – voilà ce que serait son petit plaisir… Il aimerait racheter les locaux de LA MARSEILLAISE et en devenir le directeur. « Ecrire mon édito chaque matin, ce serait l’une de mes ambitions les plus folles », dit-il.

Et puis dans le même journal, vous pourrez lire aussi l’enquête consacrée à la soirée organisée pour Emmanuel Macron à Las Vegas en 2016… Des e-mails révèlent que Muriel Pénicaud, actuelle ministre du Travail et organisatrice de l’événement, aurait été mise au courant des problèmes financiers que posait la soirée, avant même que celle-ci ne soit déroulée.

L’hyper-présidentialisation d’Emmanuel Macron, c’est aussi ce que point LE PARISIEN DIMANCHE. Le portrait officiel du chef de l’Etat à la Une du journal – et le titre, c’est donc « L’hyper-président : Emmanuel Macron décide de tout, monopolise la parole, contrôle sa communication » - la verrouille, regrettent certains. Décryptage d’une méthode déjà contestée. On le retrouve d’ailleurs également en Une du TELEGRAMME – il a inauguré hier la ligne à grande vitesse entre Paris et la Bretagne. Et même les TER vont être plus rapides grâce à la ligne TGV, nous explique PRESSE OCEAN, évoquant les liaisons entre Nantes, Angers, Laval et Rennes…

Photo de Benoît Hamon en Une de LA PROVENCE

« Il quitte lui aussi le PS » pour lancer un nouveau mouvement. « Hamon donne le coup de grâce au Parti Socialiste », estime LE PARISIEN… « Oui, le PS est entré dans une lente décomposition », explique le politologue Gérard Grunberg. Il l’estime même déjà mort.

Enfin, deux conseils de lecture : la lecture de deux interviews dans LE JDD – celle de Christiane Taubira et celle de Régis Debray qui, tous les deux, témoignent de leur amour pour la lecture. Régulièrement, l’ancienne ministre de la Justice affirme ainsi que les livres l’ont sauvée. Oui, mais « Sauvée de quoi ? », lui demande l’hebdomadaire. « Sauvée de l’aliénation et du ressentiment », rétorque Christine Taubira. « J’aurais pu être une boule de haine en découvrant toute seule, sans y être préparée, l’histoire de l’esclavage. La littérature m’a aidée à m’accepter telle que je suis. Et puis elle m’a permis de pénétrer d’autres imaginaires et sans elle – grâce à Gide, à Zola, à Victor Hugo, je n’aurais pas été aussi attentive aux autres. A l’école, dit-elle encore, la pire menace des bonnes sœurs, c’était de me priver de livres. »

Passion identique chez Régis Debray, qui a même expliqué qu’il avait abandonné le jury du Prix Goncourt, parce qu’il voulait du temps pour relire les classiques… Voire, pour certains, les lire, précise-t-il en citant Cervantès, Dante et Balzac. Mais « Pourquoi lisez-vous ? », questionne le journal. Et le philosophe distingue alors plusieurs saisons… « A l’adolescence, on lit pour se dépayser et trouver des modèles d’identification – Julien Sorel dans ‘Le Rouge et le Noir’ ou Fabrice des Dongo dans ‘La Chartreuse de Parme’. Puis il y a la lecture de l’intellectuel – l’idée de trouver les bonnes clés pour comprendre le monde. » Mais aujourd’hui, confie ensuite Régis Debray, je lis surtout « pour le plaisir »… Un plaisir solitaire, un plaisir dans le silence, dit-il… De fait, le bruit, c’est très gênant et, comme le résume le dicton, c’est connu : là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir.

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