"L'Obs" parle de la France et de ses terroirs. Une statue appelée "La Négresse", datant du nazisme, a été décapitée à Berlin, où un étonnant musée rassemble les sculptures chassées des rues par le temps et l'histoire, "Le Point". "Les Inrockuptibles" se donnent au sexe, la Vie brillamment nous invite au baiser !

Quand à Ubisoft on demandait aux jeunes femmes en entretien d'embauche si elles étaient prêtes à vivre dans une ambiance sexiste
Quand à Ubisoft on demandait aux jeunes femmes en entretien d'embauche si elles étaient prêtes à vivre dans une ambiance sexiste © AFP / Frederic J. BROWN

On parle d'entretien d'embauche...

Et des étranges questions que l'on posa à des femmes qui voulaient intégrer Ubisoft, géant français mondial du jeu vidéo. On leur demandait à ces candidates leur "seuil de tolérance à un environnement de blagues viriles, lourdes ou parfois un peu sexistes", et cette information donne son poids au dossier que publie Libération sur quatre pages plus la Une, superbe, où l'on voit simplement la ceinture et le jean d'un homme (un vrai) à la braguette entrouverte d'où sort phalliquement une manette de console de jeu...

Un dossier donc sur le harcèlement sexuel chez Ubisoft, dont la réputation est mise à mal par des accusations qui se répandent sur les réseaux sociaux, l'Agence France Presse s'en est fait l'écho... Le dossier de Libération développe, vous y trouverez  une ambiance : "Ah excusez-moi, il faut que j'aille me masturber", lance un responsable à la collègue arrivée en jupe. On parle de main aux fesses et de baisers volés et d'une assistante menacée au couteau par son chef qui, jusque-là, lui racontait ses ébats sexuels et lui proposait de les partager : réfugiée dans les toilettes, elle recevait des messages de collègues masculins lui demandant de ne pas divulguer l'incident... 

Une ambiance donc, de virilisme ludique où des génies créatifs falstaffiens et gamins s'aspergent de bouteilles d'eau quand ils n'embêtent pas les filles à l'abri d'une culture de dérision. On fabrique des jeux, rien n'est sérieux, et d'une lâcheté délibérée, et c'est ici que cette question qui venait en entretien d'embauche prend tout son sens, les débordements des bonhommes n'étaient pas des dérapages, mais une culture protégée par la Direction des ressources humaines, affirme Libération.

À Montmartre qui est un autre lieu ludique plus ancien que les jeux vidéos, un quinquagénaire artiste photographe attirait chez lui des jeunes filles rêvant d'être modèles : "J'ai du champagne et la weed" disait-il, et puis dans ce deux pièces aux murs couverts de photos de femmes nues et sans visages, qu'il avait fait poser dans des attitudes pornographiques, il abusait d'elles, c'est dans Le Parisien qui reprend un dossier sorti par le magazine Néon, certaines filles avaient quinze ans.

Quinze ans, c'est l'âge auquel est mort ce jeune italien dont je vois la photo, front large, cheveux drus, dans Le Figaro. Carlo Acutis est décédé en 2006 d'une leucémie. De son vivant, Carlo avait créé des sites internets pour les prêtres, et un autre sur les miracles religieux, il en avait, dit-on, accompli un lui-même. Il doit être béatifié pour devenir, c'est le vœu du pape François, le saint-patron des Internautes, qui rachètera donc nos vulgarités.

Je vois sur le site du Monde d'autres jeunes gens, beaux, libres parfois, lucides aussi et Russes. La génération Poutine qui n'a connu d'autre président que cet homme qui vient de gagner son référendum, ils essaient de grandir en faisant abstraction du président qui, pour eux, n'est pas un homme politique, mais une culture, un mode vie, c'est superbe et superbement triste.

Il y a de l'amour aussi dans les journaux.

Et La Vie, hebdomadaire chrétien, nous invite au baiser que les distanciations sociales risqueraient d'abolir, c'est un dossier brillant et sensuel, moins directement torride que le spécial sexe des Inrockuptibles, lequel est gay sinon joyeux et un peu hétéro aussi et riche de corps sculptés. La Vie n'est pas aussi caliente mais tout même on y a des souffles, des frôlements et du plaisir, car les lèvres sont des capteurs hors pair et les sensations que génère le baiser sont neurologiquement plus étendues que celles touchées par l'acte sexuel : embrasser quelqu'un, c'est le respirer par sa bouche ! J'apprends aussi que le baiser vient des souvenirs de nos mères au début de l'espèce, qui mastiquaient la nourriture qu'avalaient les bébés, que le mot "baiser" est dérivé du sanskrit bhadd ("ouvrir la bouche"), et que le premier baiser sur les lèvres est mentionné dans la littérature indienne, environ 1 500 ans avant notre ère : il est décrit comme l'inhalation de l'âme de l'autre.

L'Obs, lui pratique l'amour retrouvé de la France qui est l'horizon de nos vacances, la France, son terroir, ses saveurs, cela passe par un étang creusé à Valenciennes sur une mine effondrée, un canyon près de Nice, un jambon retrouvé au Pays Basque et les traces de Flaubert, ce Normand qui visitait la Bretagne. Sur le site de L'Obs, en prime, lisez l'histoire inventée et volée de Marie Harel, paysanne normande dont la légende dit qu'elle inventa le camembert en adaptant dans un récipient à Livarot, le Brie qu'elle fabriqua selon une recette soufflée sous la révolution par un prêtre réfractaire qui se cachait de part chez elle : c'était menti, cette femme fut niée.

On parle enfin d'une statue décapitée.

Et d'une autre femme inconnue qui était, raconte Le Point, exposée au mépris à Berlin depuis le Troisième Reich, la statue s'appelait "La Négresse", elle montrait une femme noire accroupie, courbée, aux traits exacerbés par le sculpteur nazi Arminius Hasemann. La statue avait survécu à la dénazification, elle a été décapitée ces jours-ci, la tête a disparu, et ce qui reste de la statue va rejoindre le plus étonnant des musées historiques, dans la forteresse de Spandau. On y conserve les statues que les soubresauts de l'histoire ont déraciné de Berlin, des marbres de carrare de princes prussiens, un décathlonien de bronze signé Arno Breker pour les jeux de Hitler en 36, un Lénine géant du temps du communisme : ces statues glorieuses enlevées, enterrées, revenues du passé, sont sublimes et fascinantes, comme l'Histoire qu'on affronte.

Dans les ruines de Berlin, en 1945, avait disparu un trésor français, des cartes géologiques précieuses volées à Lille par l'occupant ; on les a retrouvées ces cartes dans une université américaine en Virginie, me dit la voix du Nord, vont-elles revenir ? Le Figaro me montre un chef-d'œuvre de Camille Pissaro, La cueillette des pois, il avait été volé à la famille Bauer par un prédateur des biens juifs sous Vichy, vendu après des pérégrinations à un millionnaire de Floride. La Cour de cassation a tranché, le un vieux monsieur Bauer va récupérer le bien de sa famille, les millionnaires de Floride veulent être indemnisés par l'État français. 

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