Léonard de Vinci, qui n'était pas que peintre, mais philosophe aussi... D'ailleurs, il se définissait comme ça... Léonard de Vinci disait : "Celui qui se réclame de l'autorité ne met pas en oeuvre l'intelligence, mais plutôt la mémoire". Pas besoin de code pour comprendre ce que disait Vinci... Le propos était très clair... Et si "L'Humanité" le met en exergue aujourd'hui, c'est pour exprimer tout son désaccord face aux déclarations de Ségolène Royal sur le terrain de la sécurité, qui semble une fois de plus être le terrain favori de la Présidentielle qui s'annonce... "Ségolène Royal : la contagion sécuritaire", proteste "L'Huma" en Une. Sa proposition de mettre sous tutelle les allocations des familles à problèmes... Autrement dit, appauvrir les plus pauvres... Et d'encadrer militairement les jeunes délinquants, fait un tabac... A droite... "Affligeant !", se lamente Claude Cabanes. D'où cette question, posée en titre dans "Le Parisien" : "Ségolène Royal est-elle de droite ?"... En tout cas, elle prend le PS à contrepied, mais pourrait séduire l'opinion, estime le journal, qui publie un dessin où l'on voit François Hollande dire à Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Lionel Jospin : "Dites-donc, les gars, j'ai l'impression que Ségolène est de droite"... "Chouette !", répondent les trois autres... "Ca libère une place pour un candidat de gauche !". De son côté, "Le Figaro" prend acte, et qualifie son discours de "discours musclé, qui sème la discorde à gauche"... Alors que "Libération" parle d'un "coup d'éclat autoritaire". Dans ce journal, Jean-Michel Thénard pose la question, la question stratégique : "Le conservatiste royaliste en matière d'ordre peut-il aider la gauche à gagner la Présidentielle sans se renier ?"... La réponse mérite mieux qu'un débat à l'emporte-pièce, surtout que, dans les quartiers populaires, note notre confrère, le propos ségolien est plus approuvé que sifflé. Vous avez remarqué au passage la nouvelle politique sémantique à laquelle il va falloir s'habituer : "royaliste", "ségolien"... En tout cas, c'est ce qui s'appelle brouiller les pistes... "En s'émancipant d'un de ces clichés qui voudraient que 'droite' rime avec 'ordre', et 'gauche' avec 'angélisme' et 'laxisme', Ségolène Royal vient de donner un grand coup de pied dans des préjugés bien enracinés qui paralysent la réflexion et nécrosent la vie politique", analyse Jacques Guyon dans "La Charente Libre". "Oui enfin, pourquoi ne pas réinventer le bagne pour mineurs, pendant qu'on y est ?", proteste Jean-François Montémont dans "Le Courrier Picard". C'est vrai que cette prise de position de la candidate pas encore officielle, est comme une sorte de virus dans le logiciel idéologique de la gauche... Mais au-delà, il semble pouvoir imposer le casting, avant même que les militants socialistes aient choisi : "Royal-Sarkozy : l'affrontement... C'est parti !", estime "Le Parisien", qui publie la photo des deux champions des sondages... Photo qui fait écho au dessin publié par "Libération", où l'on voit les deux mêmes personnages... Le premier, Nicolas Sarkozy, décline sa pensée en deux mots : "Fermeté, sécurité"... "Je dirais même plus, répond Ségolène Royal : 'sécurité, fermeté". Alors, puisqu'ils sont deux, laissons le mot de la fin à Francis Brochet, dans "Le Progrès", sur le thème du duo... "Le duo est le sommet de tout opéra... son pic dramatique et lyrique. Seuls à l'avant-scène, les deux héros, le plus souvent un homme et une femme, pour la beauté des voix entremêlées... Autour, tous les autres personnages sont rejetés dans le silence, ou l'anonymat du choeur... Eh bien, nous y sommes : Nicolas et Ségolène se sont choisis. Ils se toisent, se provoquent, s'apostrophent, et les autres chanteurs de l'opéra présidentiel sont réduits aux commentaires ou au contrepoint comique. Nicolas et Ségolène, un rêve de metteur en scène de média, car tout les oppose, et d'abord l'essentiel : le style... Mais l'opéra présidentiel est un genre long, très long... plutôt baroque... Qui avait imaginé en effet, en 2002, le couac final entre Jacques et Jean-Marie ?". Dans une semaine pile, c'est l'ouverture de la Coupe du Monde... L'événement sportif le plus universel qui soit, suivi par des milliards de personnes à la télé... Oui, elles se comptent en milliard... C'est la raison pour laquelle vous trouvez tant d'articles sur le sujet dans la presse, depuis plusieurs jours... Sur le foot et autour du foot. Alors, puisqu'il en connaît un rayon, l'hebdomadaire "La Vie" a cherché à savoir ce qu'il y a de sacré dans le football. L'hebdomadaire chrétien se demande si la Coupe du Monde n'est pas précisément l'événement planétaire le plus sacré que l'humanité soit capable de créer aujourd'hui. D'où ce titre : "Les dieux du foot sont-ils inspirés ?". En tout cas, ils semblent être vénérés... Et c'est d'abord une question de posture. Celle de Djibril Cissé, en Une, est éloquente... On le voit dans une sorte d'incantation... Tout comme le Portugais Cristiano Ronaldo... Qui, lui aussi, implore le ciel, juste avant de tirer un penalty contre la Grèce... C'est ça, le foot : joueurs en prière, spectateurs en extase, sorciers et psys mobilisés pour forcer le destin... Transes et communion... Partout, les religions sont enrôlées pour la victoire... Comportement que nous montre "La Vie", à travers des photos saisissantes, comme celle de ce supporter brésilien qui vient physiquement vénérer le joueur Ronaldinho, qu'il prend pour le Pape, puisqu'il vient lui baiser la main sur le terrain... On y voit aussi 2.000 moines bouddhistes, venus prier en avril 2002 pour le bon déroulement de la Coupe du Monde en Corée du Sud. C'est aussi l'équipe d'Arabie saoudite au complet, en prière au stade du roi Fahd... C'est enfin, lors de la Coupe africaine des Nations, un supporter venu avec ses gri-gri... D'ailleurs, en Afrique, certains sorciers n'hésitent pas à déposer des poudres dans les cages de l'équipe d'en face. Le foot serait-il le dernier avatar du sacré ?... Oui, assurément. Plus prosaïque, l'hebdomadaire "Politis" place le football entre nationalisme et mondialisation, estimant que ce sport est une parfaite illustration des excès de notre monde, et le miroir de nos folies. Il y a surtout débat... Pour les uns, écrit "Politis", le football, c'est la vulgarité des foules avinées, le pire nationalisme, le racisme... Pour les autres, c'est un sport populaire aux vertus collectives, avec des règles simples, qui constitue un jeu universel. C'est aussi un peu d'opium... Enfin, un truc qui endort un peu, puisque le 9 juin, adieu Clearstream, adieu Ségolène, adieu Sarkozy !... Place à la Coupe du Monde !... Enfin le foot, ce n'est pas toujours l'élégance, mais c'est souvent pittoresque, à l'image de cette photo publiée par "Politis", où l'on voit six supporters anglais faire leurs besoins... Debout, de dos, je vous rassure... Ils ont l'air inspiré, tous avec le même maillot estampillé Beckham et flanqué du numéro 7. Plus sérieusement, le football, c'est aussi une carte de la planète, comme le souligne "Le Monde Diplomatique", qui en fait sa Une pour son numéro du mois de juin, et qui nous rappelle d'abord que le jour de la finale, plus de 2 milliards de personnes suivront l'événement à la télé... Dans 113 pays, alors que l'ONU ne compte que 91 Etats... C'est un tiers de l'humanité qui se sentira concerné par l'événement. Et "Le Monde Diplomatique", lui aussi, met l'accent sur le côté "on oublie tout"... Oui, écrit le mensuel, la compétition agira comme un formidable paravent, et occultera tout autre événement, au grand soulagement de certains. Moralité : le football n'est pas qu'un sport, c'est un fait social total, comme le disait l'essayiste Norbert Elias. On pourrait même affirmer qu'il constitue une métaphore de la condition humaine, car il donne à voir l'incertitude des statuts individuels et collectifs, ainsi que les aléas de la fortune et du destin. Bon, là, ça devient un peu compliqué... Mais quand "Le Monde Diplomatique" parle de foot, il en parle à sa façon. Que veut-il nous dire en fait ?... Eh bien, que le foot favorise la réflexion sur le rôle de l'individu et le travail d'équipe, et qu'il permet aussi le débat sur la simulation, la triche, l'arbitraire ou l'injustice... Un aspect des choses auquel s'intéresse aussi "Enfant Magazine", sur la foi d'un sondage IPSOS sur le thème "papas footballeurs"... Enquête d'où il ressort qu'entre père et fils, ça "foote" grave... Oui, les hommes ont envie de partager des moments foot avec leur fils, quand il sera plus grand... Un rêve de père assez classique... Une valeur sûre. Reste la face, de moins en cachée et de plus en plus fâcheuse, de la place de l'argent dans le foot... Thème choisi à la fois par "Le Monde 2" et le supplément "Coupe du Monde" de "Libération" et de "So Foot"... Stars, sponsors, télés, arbitres, fédérations, clubs... Qui détient le pouvoir dans le foot ? Et puis, concernant l'argent, cette sonnette d'alarme tirée par "Le Monde 2", et qui résume ainsi la situation : les clubs les plus riches ne veulent plus prêter pour rien leurs joueurs aux équipes nationales... Alors, faute d'accord, des compétitions comme la Coupe du Monde sont menacées. Mais comme le pire n'est jamais sûr, disons-nous qu'en 2010, la Coupe du Monde existera encore... Mais peut-être avec des joueurs différents, non seulement parce qu'ils ne seront pas tous les mêmes, mais différents dans leurs équipements... Sujet auquel s'intéresse "Sciences & Avenir", dans un dossier intitulé "Le footballeur du futur". Le mensuel scientifique nous parle ainsi de ces innovations, comme le maillot électronique, qui pourra donner en temps réel le rythme cardiaque... Un système qui permet, grâce à la lecture à distance, d'augmenter ou d'abaisser la charge de travail du joueur... Le ballon, lui aussi, pourrait devenir électronique... Très intelligent, et grâce aux émetteurs radio qu'il contiendra, on saura, en cas de litige, si le ballon a passé oui ou non la fameuse ligne de but préalablement étalonnée. Vivement demain !... Rien n'est prévu, en revanche, pour faire accepter aux joueurs et aux entraîneurs l'idée que le football, ça consiste d'abord à marquer des buts, plus que de tout faire pour éviter d'en prendre. Bref, que le foot, ça doit aussi être un spectacle. Bonne journée. A lundi.

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