Bonjour... Il s'en est allé à la nuit tombée. Dans les rédactions de la presse française, l'Histoire retiendra que les douze coups de minuit venaient de retentir quand une dépêche laconique a annoncé la mort d'Yves Saint-Laurent. Minuit, pour les quotidiens, c'est l'heure difficile. L'actualité suspend son vol, le bouclage est là, les camions attendent... La distribution des journaux ne souffre aucun retard. Quelques-uns de mes confrères ont réussi à accrocher en Une l'information de la nuit : "La haute couture en deuil"... "Le créateur Yves Saint-Laurent est mort"... "Il avait révolutionné la haute couture"... "Le Républicain Lorrain", "La Dépêche du Midi", "Les Dernières Nouvelles d'Alsace", "L'Est Républicain", "La Provence" n'ont pas pris de retard ; pas plus que "Le Figaro"... Il a juste eu le temps de bouleverser sa Une, avec en grosses lettres ce titre : "La mort d'Yves Saint-Laurent, le plus grand couturier du monde". Dessous, une photo-portrait de jeunesse, une épreuve non signée, très belle... Derrière ses lunettes-écaille, Saint-Laurent fixe l'objectif du photographe de ses yeux clairs, un sourire aux lèvres, des fleurs dans la main. Une seconde photo, plus petite que la première, illustre l'annonce de la mort d'Yves Saint-Laurent en première page du "Figaro" (ce cliché a été pris lors de ses adieux à la haute couture il y a six ans). En légende, ces quelques mots : "Yves Saint-Laurent a sublimé le quotidien de millions de femmes avec ses modèles allant des robes pop-art au premier smoking féminin de l'histoire de la mode". Yves Saint-Laurent, c'est l'homme qui a vêtu les Françaises, au quotidien, de pantalons. Peut-être l'avez-vous entendu dans le journal de 7 heures ?... Il y a 40 ans, en 1968, quand notre consoeur de France Inter Christiane Paul-Fort lui demandait s'il fallait être grande et mince pour porter des pantalons, Saint-Laurent répondait tout simplement "non". Hier, à Paris, quelques heures avant que le grand couturier ne rende son dernier souffle, c'est une femme qui portait la culotte au Parti Socialiste... Qu'y a-t-il de mieux que des pantalons pour qui prend d'assaut une citadelle ? L'opération fut presque militaire : une rafale en direction de Ségolène Royal et de sa démocratie participative, une autre pour Bertrand Delanoë et son libéralisme... Pour "Libération" (le titre occupe toute la Une du journal), "la guerre des douze roses" est ouverte ("douze", allusion à la douzaine de prétendants à la direction du parti ou à l'investiture des socialistes pour la prochaine Présidentielle). "La guerre des douze roses", un titre qui renvoie aussi au film que le plus Britannique des réalisateurs américains Terry Gilliam tourna il y a treize ans, film intitulé : "L'armée des douze singes". Ici, les singes seraient plutôt des éléphants (c'est à chacun de juger). Dans cette journée des "reconstructeurs", "L'Humanité" veut voir l'occasion (pour les partisans de DSK, de Laurent Fabius, d'Arnaud Montebourg et de Martine Aubry) de conclure un "pacte", "pacte de bonne conduite"... Ce n'est pas l'avis de Jacques Camus, dans "La République du Centre" : à ses yeux, la "journée d'échanges et de débats" organisée hier autour de Martine Aubry "a-t-elle davantage ressemblé à une entreprise de démolition qu'à une ébauche de reconstruction". Cette tonalité, vous la retrouverez dans la plupart de vos éditoriaux. Selon Patrick Fluckiger, pour "L'Alsace", "la dame des 35 heures a décidément une méthode bien à elle pour assurer la paix civile (...) Il va falloir d'urgence convoquer un Conseil de Sécurité pour pacifier les pacificateurs". Michel Noblecourt, du "Midi Libre", voit dans la réunion des reconstructeurs "le rendez-vous des faux-semblants", "un rassemblement hétéroclite". Ces reconstructeurs, ajoute Jean-Michel Helvig dans "La République des Pyrénées", "on attend toujours de voir ce sur quoi ils s'accordent désormais, sinon pour éliminer des rivaux dangereux". Dans "Libération", qui consacre un grand nombre de lignes à cet événement socialiste et dominical, Didier Pourquery considère que le PS donne là "l'image d'un navire qui tangue ; trop de gens veulent prendre la barre". Pourquery suggère alors ceci : "Le PS devrait au plus tôt tenter de reprendre le dialogue avec la base. Le peuple de gauche s'impatiente. Et Besancenot se frotte les mains". Quant à Hervé Cannet, dans l'éditorial de "La Nouvelle République du Centre-Ouest", il compte : "Et un, et deux, et trois candidats"... Et il conclut par cette question : "Et à la fin du match, c'est toujours la droite qui gagne ?". Et François Hollande, au fait, que fait-il pendant ce temps-là ?... Dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, vous apprendrez que le Premier secrétaire du Parti Socialiste "veut profiter de ses derniers mois à la tête du PS pour se donner une image de présidentiable". Il voyage à l'étranger. François Hollande s'envole aujourd'hui pour le Québec, retour prévu jeudi... Un autre déplacement, en Inde cette fois, est programmé d'ici à la fin de l'année. Avant d'évoquer la colère syndicale qui monte autour des 35 heures et les conséquences de la flambée du coût du gazole, cette petite histoire, relevée dans les pages du "Parisien-Aujourd'hui en France"... ...Sous le titre "La surprenante offre d'emploi d'un chômeur", vous apprendrez qu'un habitant de Villeneuve-lès-Maguelone, dans l'Hérault, a reçu un bien curieux courrier de l'ANPE. Claude Davaine a 58 ans. Il est au chômage depuis neuf ans. Cet ancien enquêteur de compagnie d'assurance s'est vu proposer "un travail à temps partiel d'une heure par semaine à Sartene, en Corse, rémunérée 9 euros". C'était ça... où "la radiation". Finalement, ce chômeur de longue durée a vu l'Agence nationale pour l'Emploi faire amende honorable et préciser que l'offre qui lui avait été faite "ne saurait bien sûr constituer une offre raisonnable d'emploi telle qu'elle est définie par l'avant-projet de loi en cours de discussion". Nous voilà rassurés. J'en viens donc aux 35 heures, et à leur "détricotage" comme le craignent les dirigeants de la CGT et de la CFDT. Les deux centrales syndicales (ainsi que "Solidaires") appellent à une très forte mobilisation le 17 juin, la veille de la présentation en Conseil des Ministres du projet de loi sur le temps de travail. Dans "Le Parisien" toujours (et dès la page Une), Bernard Thibault affiche clairement son courroux, sa détermination et son objectif. Il déclare : "Il faut atteindre un million de manifestants". Dans "La Tribune", sous le titre "Les entreprises maîtres du jeu", Jean-Christophe Chanut revient sur "la nouveauté introduite par le texte gouvernemental. Les entreprises pourront fixer librement leur contingent annuel d'heures supplémentaires ; un salarié ne pourra pas refuser de les effectuer. Il faudra cependant qu'un accord d'entreprise ait été conclu avec des syndicats ayant obtenu au moins 30% des suffrages aux dernières élections professionnelles, et que les autres organisations syndicales (créditées d'au moins 50% des votes) n'aient pas fait jouer leur droit d'opposition. Pour Philippe Waucampt, dans "Le Républicain Lorrain", les surenchères de la majorité dans ce dossier ont fini par "mettre en porte-à-faux François Chérèque et Bernard Thibault qui, début avril, avaient pris le risque d'accepter des dérogations aux 35 heures". Selon Waucampt, "cela fait plaisir à une majorité de plus en plus rétive, mais au prix d'une possible radicalisation de la CFDT et de la CGT, la rancune des cocus étant la plus tenace". Force Ouvrière et la CFE-CGC diront aujourd'hui si elles ont l'intention de participer ou non à la journée d'action du 17 juin. "La contestation s'étend à travers le territoire"... "Les routiers et les agriculteurs montent en première ligne" : c'est dans "France-Soir"... "Les paysans après les pêcheurs" : c'est dans "L'Humanité"... ...Des titres comme ceux-ci, vous en trouverez à la pelle ce matin dans vos journaux. Tous, ils vous annoncent les actions envisagées cette semaine par les transporteurs routiers, les agriculteurs, les chauffeurs de taxi. "Le Télégramme" voit venir "un nouveau front de contestation" ; "Paris-Normandie" prévient : "Galère probable sur les routes". Aujourd'hui, le ministre des Transports Dominique Bussereau recevra les routiers, la ministre de l'Economie Christine Lagarde rencontrera ses collègues européens... Au cours de cette réunion, il sera question de la TVA pétrolière, que Nicolas Sarkozy voudrait voir plafonnée. A Bruxelles, on le sait, certains font déjà la grimace. Dans "Le Dauphiné Libéré", Didier Pobel évoque l'éventualité d'"émeutes du plein", comme il existe ailleurs des "émeutes du pain". Il écrit : "La marge de manoeuvre est étroite sous les nuages couleur de fioul qui s'amoncellent en cette veille de l'été, au figuré comme au sens propre. Car oui, en plus, il ne fait que pleuvoir. Un vrai temps à opération escargot".

Alain LE GOUGUEC

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