Résumons. Vendredi, le journal "Le Monde" publiait des extraits de l'audition du général Rondot par les juges en charge de l'enquête Clearstream... Et l'on apprenait que Philippe Rondot leur aurait confié avoir été mandaté par Dominique de Villepin pour enquêter sur une éventuelle détention de comptes à l'étranger par Nicolas Sarkozy. Plus troublant encore, il était question d'une note saisie au domicile de Philippe Rondot, où le général résumait son entretien avec le Premier ministre en ces termes : "Enjeu politique : Nicolas Sarkozy. Fixation sur Nicolas Sarkozy : méfiance !". Eh bien aujourd'hui, c'est "Le Figaro" qui apporte sa pierre à l'édifice, avec cette fois l'interview de Philippe Rondot, qui dément catégoriquement avoir été chargé d'une enquête sur le président de l'UMP. "Jamais, dit l'officier de renseignement, jamais Dominique de Villepin ne m'a demandé de m'intéresser, à un moment ou à un autre, aux politiques"... Ajoutant : "Jamais je n'ai manipulé ou fait manipuler des listes initiales de Clearstream pour y faire apparaître notamment le nom de Sarkozy". Cela dit, Philippe Rondot reconnaît que le nom du ministre de l'Intérieur a été cité, parmi d'autres, lors d'une réunion, le 9 janvier 2004, dans le bureau de Dominique de Villepin. Et c'est là que le général note sur un carton la fameuse mention : "Fixation Sarkozy : méfiance !"... Mais il ne s'agit, selon lui, que d'une réflexion personnelle, et non d'un ordre d'enquêter. Il se trouve que les juges viennent d'adresser une deuxième convocation au général... Et c'est, affirme "Le Figaro", un homme serein qui se rendra à cette convocation judiciaire... Un homme dont le même journal publie la photo... Ce qui est une rareté... Mais une rareté logique... Rondot, officier de renseignement, est par définition un homme de l'ombre... Alors on ne connaît de lui qu'une photo d'identité, ancienne et en noir et blanc... C'est une capture d'écran, tirée d'une édition spéciale d'Antenne 2 consacrée au Liban... C'était en 1982... Le général Rondot y intervenait en tant qu'expert de la région. Et maintenant ?... Eh bien maintenant, la suite des événements va se dérouler à la fois sur les terrains politique et judiciaire... Judiciaire avec "les trois stratégies des juges Pons et d'Huy"... Trois stratégies, comme l'explique "Le Parisien"... 1 : Continuer les vérifications souterraines... 2 : Multiplier les perquisitions, y compris à Matignon... L'hypothèse n'est pas exclue... 3 : Attaquer les auditions... Les magistrats ont le choix entre ces trois méthodes... Mais quoi qu'il en soit, selon un avocat interrogé par Laurent Valdiguié, du "Parisien", les juges vont frapper fort. Voilà pour le terrain judiciaire... L'autre terrain, il est donc politique, et celui-là est, à très court terme, en pleine lumière... Dès aujourd'hui, avec pour personnage central, bien sûr, Dominique de Villepin, dont l'agenda est composé de trois rendez-vous importants... Le plus difficile pour lui était probablement celui devant l'Assemblée nationale cet après-midi, où il va devoir s'expliquer, non seulement devant l'opposition, mais devant sa majorité, qui doute de plus en plus. "Alors, Monsieur le Premier ministre, voici dix questions auxquelles vous devrez répondre", titre en Une le journal "Libération". Et parmi elles : - Avez-vous enquêté sur instruction de Jacques Chirac ? - Avez-vous demandé une enquête sur Nicolas Sarkozy ? - Pourquoi ne l'avez-vous pas prévenu ? - Savez-vous d'où provient le fichier Clearstream ? - Pourquoi n'avez-vous pas informé la justice ? - Ou encore : Savez-vous qui est le corbeau ? "Avis de gros temps pour le Premier ministre", titre encore "Libération"... C'est le moins qu'on puisse dire, à la lumière du sondage LH2 que publie ce journal ce matin... 20% d'opinions favorables pour Dominique de Villepin... Un record d'impopularité... Un seul Premier ministre a obtenu un score encore pire depuis 30 ans : c'est Edith Cresson, avec 18%... C'était en 1991. Et comme le dit Jorge d'Hulst dans "Libération Champagne" : "En sport, il existe une expression, lorsqu'il n'est plus possible, pour un parachutiste, de rétablir la situation : on dit qu'il est 'en torche'... Eh bien, c'est le cas de figure du Premier ministre... Et il n'y a pas seulement l'honneur d'un homme en jeu, mais avant tout le rayonnement d'un pays... Or, pour diriger la France, un Premier ministre doit disposer d'une autorité indiscutable... Mieux encore : d'une certaine aura". Le départ de Dominique de Villepin... Idée exprimée encore plus clairement par Pierre Taribo, dans "L'Est Républicain" : "Lorsqu'un Premier ministre est frappé par un désaveu aussi absolu, écrit-il, c'est une faute, pour le Président, de le garder". Et c'est enfin Antoine de Gaudemar, dans "Libération", qui tire ce bilan : "Le feu en banlieue pendant trois semaines, deux mois de conflit social lourd avec défaite cinglante à la sortie, et une barbouzerie qui fait scandale jusqu'au sommet de l'Etat... Quel gouvernement aura, en moins d'un an, accumulé autant de trophées, déchaînant à chaque fois les commentaires stupéfaits de nos voisins... Tel est le redoutable bilan du tandem Villepin-Sarkozy, à côté de qui Jean-Pierre Raffarin passerait pour un modèle d'habileté politique et de démocrate avisé. Or, on ne voit venir ni démission de Villepin, ni élection anticipée, comme s'il fallait payer jusqu'au bout le malentendu de la Présidentielle de 2002 et offrir, l'an prochain, sur un plateau, un nouveau second tour à l'extrême-droite", prévient notre confrère. Et c'est "Le Parisien" qui fait le lien entre Clearstream et l'autre grand sujet traité par la presse aujourd'hui : la loi sur l'immigration... Le lien, c'est Nicolas Sarkozy, évidemment... "Sarkozy sur tous les fronts", titre "Le Parisien", qui résume les quatre chantiers de cet homme à la fois président de l'UMP, ministre de l'Intérieur, candidat à la Présidentielle et acteur majeur, à son corps défendant, de l'affaire Clearstream... Ainsi donc, les quatre chantiers, sous la forme de titres : - Clearstream : Sarkozy demande aux juges d'établir la vérité... - Matignon : il a le sort de Villepin entre ses mains... - UMP : il doit rassurer les députés inquiets... - Immigration : il défie la gauche unie contre son projet. "Le gouvernement veut 'choisir', entre guillemets, et 'subir', également entre guillemets, ses immigrés", titre "Le Parisien" en pages intérieures, y voyant un appel du pied au Front National... Ce que "Libération" appelle "le tri sélectif", et que "L'Humanité" qualifie de "projet de loi honteux". "Le Figaro", lui, note tout simplement que "Nicolas Sarkozy défend sa vision d'une immigration choisie", assorti de ce commentaire d'Alexis Brezet, sur le thème de "la nécessité d'agir". "N'en déplaise aux mitres molles comme aux têtes dures du PS, écrit Brezet, il y a fort à parier qu'en ces temps agités où la politique donne d'elle-même une image peu reluisante, les Français verront au contraire la preuve que l'action publique peut poursuivre l'intérêt général et mettre en oeuvre des solutions de bon sens sans déroger à l'humanité". Grille de lecture totalement différente pour Michel Noblecourt, dans "Le Midi Libre", qui estime que ce projet nourrit le soupçon. Le ministre de l'Intérieur se défend de vouloir cloner les idées de l'extrême-droite, mais cet équilibrisme apparent risque de le desservir... A droite, en effet, il ne ralliera pas les franges extrêmes... Alors qu'au centre et à gauche, il heurtera ceux qui privilégient l'image d'une France terre d'accueil. Sur le fond, maintenant, il y a une question à laquelle on aimerait avoir une réponse : elle permettrait de juger du bien-fondé de telle ou telle position... La question, c'est : "Est-ce que l'immigration est facteur de chômage ou pas ?"... Face à ce mystère, Jean-Louis Gombeaud répond dans "Le Figaro Entreprises" "qu'il n'existe pas, justement, de corrélation probante entre chômage et immigration... En revanche, estime Gombeaud, une forte présence de migrants pèse plus sur les salaires que sur l'emploi, tout simplement parce que c'est la croissance qui fait l'emploi... Alors que les salaires, c'est autre chose". Quoiqu'il en soit, constate Pascal Aubert dans "La Tribune", l'immigration est un débat empoisonné, un sujet sur lequel la raison et les bons sentiments n'ont jamais fait bon ménage... Ce qui laisse présager une belle bagarre... Et voilà comment, après s'être copieusement déchirée sur le CPE, la France s'apprête à récidiver sur ce thème tout aussi passionnel que celui de l'immigration. Maintenant, sur le fond, poursuit Pascal Aubert, on a le droit de s'inquiéter du sort de ceux qui, demain, ne rempliront pas les critères pour obtenir un titre de séjour en France... Alors, on aimerait que ce projet de loi s'accompagne de son indispensable corrolaire : une authentique politique de développement... Hélas, en période de compétition électorale, le développement ne se monnaie pas en voix. Bonne journée !... A demain !...

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