Le Figaro innocente Maurras des violences des Black Blocs, Edouard Louis raconte dans les Inrockuptibles l'histoire politique du corps de son père, l'Est républicain se souvient du printemps 68 à Peugeot Montbéliard... Et Mahmoud Abbas attribue l'antisémitisme européen au rôle des juifs dans "l'usure et la banque".

On parle de violence ce matin...

La violence évidemment, mais ce ne sont pas seulement les « saccages en plein Paris » qui font la Une et l'indignation du Figaro, mais toute la violence qui saisit le pays et le discours qu'on tient sur cette violence.

Car on fait de la politique quand les casseurs cassent. Ainsi dans SUD OUEST dont l'éditorial signé Bruno Dive frôle le complotisme. "On veut croire que le pouvoir n'a pas laissé agir ces casseurs avec l'idée de discréditer le mouvement syndical" car Dive reproche à Emmanuel Macron de se satisfaire de l'affaiblissement des syndicats.

On fait de la politique aussi dans le Figaro en enfonçant des clous idéologiques. Les casseurs sont hantés par les "pavés de mai 68", lit-on dans le billet de Une et l'éditorialiste Guillaume Tabard fait la jonction de la droite et de l'extrême droite, citant ensemble Laurent Wauquiez et Marine Le Pen, et écrivant ceci "Imaginons un instant des débordements analogues en marge d'une manifestation du Front national, il n'aurait pas fallu longtemps  pour que les pourfendeurs de l'extrême droite mettent en relation le discours des uns et le comportement des autres. En tous cas on doute que ce soit une lecture excessive de Maurras qui inspire le comportement des blacks blocks..." Et voilà le fantôme de l'extrême droite monarchiste défendu dans le Figaro, à la divine surprise des casseurs.

Mais un hebdomadaire de gauche parle aussi de violence.

De violence sociale, c'est l'autre face de l’idéologie.  

Les Inrockuptibles ont remis les clés à l'écrivain Edouard Louis, qui use d'une écriture sociologique pour décrire cette violence à partir de son expérience.  Lui, d'extrême gauche et homosexuel est né dans une famille prolétaire,  raciste et homophobe, et il la raconte d'autant plus qu'il s'en est éloigné. Il publie un livre, "Qui a tué mon père", qui ne parle pas d'un décès mais d'une destruction.  Edouard Louis dans les Inrocks : "Il a seulement 50 ans, il a besoin d'une machine pour respirer la nuit, il vit avec un risque permanent d'arrêt cardiaque, il ne peut plus se déplacer normalement, ce corps détruit est dû à la vie que le monde lui a réservé (…) et à des décennies de politiques françaises catastrophiques pour les plus pauvres." Et Edouard Louis veut raconter  l'histoire politique du corps de son père, qui était ouvrier en usine quand un poids lui a broyé le dos."A ce moment on est passé du RMI au RSA, on forçait les gens à se remettre au travail, même avec une santé catastrophique", et le père est devenu balayeur "lui qui avait déjà le dos en miette".

Texte et numéro à lire, pour contempler une idéologie. Car Edouard Louis, qui admet sa honte d'être écrivain amène aux Inrockuptibles la cohérence d'une gauche et conclut: "La violence sociale a atteint un tel niveau qu'on ne peut pas faire autrement, il faut se révolter". 

Si les black blocks n'ont pas lu Charles Maurras, il reste Edouard Louis.

En comparaison, la longue défense de Mai 68 dans Libération, a quelque chose de trop propre, comme si le quotidien ne s'intéressait qu'à son histoire,  une « révolution festive pacifique et verbale » écrit Laurent Joffrin. Mais en quittant Paris et Libé, direction la Franche-Comté et l'Est républicain, on a une autre mémoire, prolétaire et violente.

L'Est Républicain se souvient du printemps 68 aux usines Peugeot à Montbéliard, quand deux ouvriers furent tués dans des manifestations, l'un d'eux d'une balle de CRS, quand les non-grévistes étaient menacés, quand les grévistes étaient prêts à chercher les fusils de chasse et quand le Cercle hôtel, la table de prestige de Peugeot,  " où dormaient les principales huiles de la firme ou leurs prestigieux invités" fut pris d'assaut et pillé. 

Trois ans plus tôt, les Peugeot était parti en grève pour 22 centimes d'augmentation et avaient perdu, était-ce une revanche.

C'était de la violence déjà, mais un autre monde.

Le Parisien aujourd'hui en France fait sa Une sur les impatiences des Français en matière de pouvoir d'achat. A-t-elle une revendication prolétaire, Anna, étudiante dijonnaise  qui mange pour 100 euros par mois ? Le Parisien donne ses conseils à la classe moyenne pour économiser au quotidien. Une application, permet d'acheter les invendus dans les commerces de bouche, à prix cassé.

Et une polémique monte entre Israel et la Palestine...

Qui rappelle nos débats sur l'antisémitisme et n'a pas atteint nos journaux, mais qui se répand sur les réseaux sociaux. Mahmoud Abbas, le président palestinien, a affirmé que les juifs avaient été persécutés en Europe non pas pour leur religion, mais pour leur « comportement social », dans l'usure et dans la banque. C'était lundi, dans son discours au Conseil national palestinien, une digression qui l'a vu aussi expliquer que Staline était juif.

Tout ceci est raconté par la BBC et par Haaretz, qui est le grand quotidien progressiste israelien, en faveur de la paix, et qui se désole de voir "un parfum tenace d'antisémitisme dans les propos de Abbas" renforcer la communication du gouvernement Netanyaou... Et Haaretz décrit Abbas comme un homme autoritaire avant tout. D'autres, comme le journaliste Charles Enderlin sur Facebook, disent trop vieux.

La vieillesse est un naufrage, la jeunesse nous console-t-elle ? 

De retour en France, et j'en termine, à la Une du Progrès, le visage d'un jeune homme, Marin, qui avait ému le pays en novembre 2016, frappé sur le crane a coup de béquilles par un autre jeune homme, laissé pour mort après avoir défendu un coupe, d'amoureux qui se faisaient importuner. Le procès de l'agresseur de Marin, 17 ans à l'époque commence aujourd'hui. Marin y assistera, qui n'a pas retrouvé son corps d'avant, et qui est allé se réchauffer, c'est dans la croix, évidemment, auprès du pape François. La violence encore, on y survit parfois.

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