Fillon candidat jusqu'au bout, indignité ou saine réaction face au dégagisme judiciaire? en tout cas, l'hémorragie a commencé dans son camp

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

La presse qui revient évidemment sur la journée hier de François Fillon

Procédons dans l’ordre : les titres, les faits, les commentaires, et la suite..

« Le forcené de la Sarthe » à la Une de Libération, avec photo de François Fillon qui fait presque penser aux Unes de Détective… « Fillon s’accroche envers et contre tout » pour la Charente Libre ; « Jusqu’au bout » prévient la Dépêche « Fillon candidat coûte que coûte » dit Ouest France, « Quitte à ce qu’ils le quittent » prévient l’Echo républicain avec photos des élus dubitatifs à la Une, Palme du titre le plus elliptique décerné à la Nouvelle République « Fillon, le juge, le mur »

Le récit maintenant de la journée d’hier, journée exceptionnelle s’il en est dans une campagne présidentielle : François Fillon sait depuis la veille au soir par son avocat dit le Parisien, que les juges le convoqueront le 15 mars prochain. Mais le secret a été bien gardé. «Il est 8h25 hier matin raconte Ludovic Vigogne dans l’Opinion, le directeur de campagne Patrick Stéfanini appelle François Fillon qu’il attend au QG, « ça va être dur le prévient il. Tu penses qu’il faut que j’arrête ? le questionne François Fillon. Oui répond Stéfanini » OUI, dit le directeur de campagne. Dans le Figaro, jean baptiste garat et Judith Waintraub ajoutent qu’il a même pensé démissionner, « tu ne peux pas me faire ce coup-là » lui aurait dit Fillon, « d’accord je ferai ta campagne » a concédé l’homme-orchestre. Il ne sera pas le seul hier matin à dire ses doutes, Bernard Accoyer, Gérard Larcher, deux fidèles fillonnistes ont aussi conseillé à François Fillon de se retirer « tu avais dit que tu partirais si tu étais mis en examen » lui a rappelé Accoyer, qui depuis a publié un communiqué de soutien. Conversation tendue avec Bruno Lemaire, qui lui, fera très vite défection, emmenant avec lui quelques chevilles ouvrières de la campagne nous dit Nathalie Schuck dans Le Parisien, notamment l’homme chargé des déplacements de campagne du candidat. Coup de fil également à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, « la décision, elle t’appartient » lui aurait dit l’ancien chef de l’Etat en l’assurant de son soutien. Divergence d’interprétation en revanche sur la conversation avec Alain Juppé, Fillon a-t-il évoqué avec lui un éventuel retrait en lui demandant s’il accepterait de la remplacer ? Juppé aurait dit non croit savoir un fillonniste, les sarkozystes démentent dans le Figaro. Info ou intox ? Dans Libération, Alain Auffray raconte que de toute façon, Nicolas Sarkozy est suspecté par tous d’être celui qui depuis le départ, met son veto à la solution Juppé.

Qu’importe le résultat est là. Le candidat reste et l’hémorragie a commencé. Ce matin dans un entretien au Midi libre François Fillon persiste et signe « j’ai écouté les prudents, senti le soutien des courageux. J’ai pris ma décision en conscience. Je m’y tiendrai avec le soutien de tous les français qui ne veulent pas se laisser voler l’élection présidentielle »

Passons aux commentaires maintenant…

Le hiatus entre 2 façons de juger l’attitude du candidat ne saurait être mieux illustrée que par l’opposition Libération/ le Figaro ce matin. « Jusqu’où descendra t on dans l’indignité ? s’interroge Laurent Joffrin le patron de Libé« l’important n’est pas que Fillon auto promu Jean Moulin des prétoires cherche à discréditer d’autres politiques ou la presse qui en a vu d’autres. C’est que dans sa course suicidaire il mine l’Etat de droit sur lequel repose notre contrat social ». En miroir, le patron des rédactions du Figaro Alexis Brézet rétorque : Fillon a raison de rester « céder aux injonctions du dégagisme judiciaire eut été entériner un déni de justice autant qu’un déni de démocratie ». Au peuple de trancher, « aucun coup de force des juges ne saurait lui retirer ce droit ». Une analyse plutôt minoritaire dans les éditos ce matin ; beaucoup dans la presse régionale soulignent la dangerosité à jeter le pays dans ce que Yann MArec du Midi Libre appelle « la rébellion institutionnelle », Jean-marcel Bouguereau dans la République des pyrénées accuse le candidat d’alimenter la campagne de marine le Pen et de causer des dégâts immenses à la démocratie « la responsabilité de François Fillon face à l’histoire sera écrasante » prévient-il. La presse étrangère, lue par Courrier International, est sur la même longueur d’onde. Le journal Suisse le Temps évoque une « présidentielle de tous les dangers, où Fillon a choisi de tout risquer, son avenir, celui de sa famille politique et quelque part celui de la cohésion républicaine ». Ce matin, le Wall Street Journal fait sa Une sur l’attaque commune contre la justice de 2 candidats « Fillon et le Pen »

Un mot, sur ceux utilisés hier par le candidat, « Assassinat politique » a dit François Fillon. « C’est lui qui assassine la justice » lui répond Libération, c’est lui aussi qui « tue avec préméditation sa famille politique « accuse Bernard Stéfan dans la Montagne. Sur les réseaux sociaux, un dessin publié par le dessinateur de presse Deligne : « 1963 JFK, on y voit le président américain touché par une balle dans sa voiture à Dallas, 2017, Fillon se prend juste un petit baiser sur le nez du Canard, canard enchainé bien sûr. Une façon de relativiser l’assassinat, les internautes ont d’ailleurs été nombreux à rappeler les « vrais assassinats politiques » de Jaurès à Rosa Luxembourg, en passant par Indira Gandi où il y a quelques mois, celui de la parlementaire britannique Joe Cox tuée en pleine campagne sur le Brexit. Le journal 20 minutes raconte également comment la formule utilisée hier par Fillon « La France est plus grande que mes erreurs » a nourri la twittopshère, « je vais braquer une banque, ou je ne paierai pas mon loyer ce mois ci mais pas grave se sont amusés les twittos hashtag « ma France est plus grande que mes erreurs ». Une phrase déjà culte qui va rejoindre « Merci pour ce moment » ou « Si tu reviens j’annule tout » au Panthéon des bad buzz politiques dit 20 minutes. Voilà, une idée de titre pour une nouvelle émission de Charline Vanhoneker !

On passe à la suite ?

La suite c’est dimanche avec l’appel à la manifestation au Trocadéro, le magazine Valeurs actuelles a été le premier à donner l’information parlant d’un « rassemblement contre le coup d’Etat des juges », le conseiller spécial de François Fillon Jérôme Chartier a rectifié le tir en parlant lui de « rassemblement de soutien à François Fillon »(8H). Guillaume tabard dans le Figaro rappelle que cette manifestation vise évidemment à « ranimer le souvenir du raz de marée gaulliste du 30 mai 68 », mais ni les circonstances, ni les acteurs ne sont les mêmes. Reste que l’appel au peuple est la dernière carte de Fillon pour conjurer le sauve qui peut dans son camp ». Dans la rubrique Sauve qui peut, on lira avec intérêt la tribune hebdomadaire de Luc ferry dans Le Figaro. Le 22 février dernier, le philosophe avait pris fait et cause pour Fillon sur le thème « bon ok, il n’est pas parfait, mais il n’a commis aucun crime atroce qui invaliderait sa candidature à l’élysée, d’ailleurs en le punissant, nous nous punirions nous-mêmes » disait il. Ce matin, on sent une petite inflexion « Fillon reste le président le plus souhaitable affirme t il, mais doit s’ouvrir le temps des hypothèses affirme t il. L’hypothèse, c’est que Fillon ne soit pas au 2ème tour, dans ce cas écrit il « les êtres raisonnables au nombre desquels j’ai la faiblesse de me compter soutiendront Macron ». Voilà c’est dit et écrit. L’hémorragie n’est pas finie

On termine par l’autre candidat qui fait parler de lui ce matin…

Le programme d’Emmanuel Macron dévoilé en avant-première dans Aujourd’hui/le Parisien ce matin. On retiendra, au-delà d’une loi de moralisation de la vie publique, et des mesures contre le népotisme des élus directement inspirées de l’actualité, la mise en place d’un « système universel de retraite ». Ce qui en clair signifie, la fin des régimes spéciaux des fonctionnaires, de quoi commencer à « cliver » comme on dit, dans le pays…Et pendant ce temps nous raconte Serge Raffy dans l’Obs cette semaine, les grandes manœuvres continuent chez Macron. Pas question de faire d’En marche, un refuge pour les refuznik roses comprenez les élus socialistes, pour autant quelques gros éléphants sont encore pistés par le candidat. Dans son viseur, Jean Yves le drian, Jean Marc Ayrault et Bertrand Delanoé, quand le soutien de Ségolène Royal n’est plus franchement souhaité. Crainte d’une hémorragie d’un côté, perfusion au compte-goutte, de produits très choisis de l’autre.

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