La différence avec la roulette russe, c'est qu'il y a six balles dans le barillet.

"Six balles dans le barillet" C'est le titre d'un éditorial sur le site Internet du très sérieux quotidien grec Ekatimerini .

Voici ce qu'écrit le journaliste Nikos Constandaras après l'annonce d'un referendum et la remise en cause du plan européen qui voulait soigner le malade grec.

"Les Grecs ne se sentent jamais aussi vivants que lorsqu'ils flirtent avec la mort.

Dans ce pays du "Non", éternel, automatique, ce non qui est le seul élément d'unité la personne chargée de convaincre des vertus de sa politique passe le fardeau aux citoyens."

Mais c'est comme un révolver chargé à bloc que les Grecs brandissent contre eux même. Six balles dans le barillet donc. Et l'éditorialiste détaille les cartouches.

"Un leader sans conviction

Des cadres de son propre parti qui le critiquent

Le rejet de l'opinion

Une opposition comme un requin assoiffé du sang

Et le sentiment général que ce gouvernement est incapable de sortir la Grèce de la crise."

La sixième balle ce serait de refuser l'accord européen.

"Mais peut-être, conclut l'éditorialiste, qu'être au fond du trou est ce que nous voulons. Peut-être que nous ne pouvons pas supporter un pays en paix. Une fois encore notre pire ennemi c'est nous même et il est armé."

Voilà un aperçu de la presse grecque, la presse française ne comprend pas non plus l'annonce de ce referendum.

Il y a de quoi en perdre son latin. D'ailleurs Libération et La Tribune utilisent l'alphabet grec pour le titre de Une.

"Kaos" en couverture du premier

"Krak", en manchette du second.

Autres exemple de titre, "La Grèce joue avec le feu" dans Le Télégramme

Elle sème la panique, dans La Charente Libre

Elle plonge l'Euro dans la tourmente pour Ouest-France

"Ce coup de théâtre grec fait plonger les marchés" déplorent Les Echos

-6.8% à la bourse de Milan. Au delà de la Grèce, elle est là la menace numéro 1 avec ce referendum qui remet en cause l'accord de Bruxelles et mine la confiance dans l'Euro. Le cercle vicieux pour les pays les plus fragiles comme l'Italie: dette-défiance des investisseurs-qui creuse un peu plus la dette.

Le Figaro donne les détails. Hier pour acheter de l'emprunt allemand, les investisseurs demandaient moins de 2% de taux d'intérêt. Pour acheter de la dette italienne, ils en demandaient plus de 6.

Mais quelle mouche a donc piqué le Premier Ministre grec ?

C'est l'une des expressions qui revient le plus souvent avec celle de "Poker grec", utilisée notamment par Le Parisien Aujourd’hui en France . Pourquoi Georges Papandréou veut-il convoquer ce referendum ?

On a entendu l'explication psychanalytique d'un confrère grec, la pulsion de mort.

Dans Le Parisien justement, Angélique Kourounis essaie de garder la tête froide.

Dans un contexte de crise sociale aigüe en Grèce, "le vote de confiance que réclame Papandreou vise à dompter la fronde de ses troupes, écrit-elle, les mettre au pied du mur, être avec ou contre lui."

En redonnant la parole aux Grecs "il transfère au peuple souverain la responsabilité de la cure d'austérité. Mais c'est aussi un bras de fer avec ses alliés européens Il espère qu'ils seront prêts à lâcher du lest, notamment sur la mise sous surveillance de son pays."

Coup de Jarnac politique, donc, mais à quel prix !

"Papandreou, l'homme qui met l'Euro en péril" titre Le Figaro . Car pour Gaëtan de Capèle le résultat du référendum ne fait pas doutes, ce sera non.

'La Grèce se place elle-même au ban de l'Europe. Entrée par effraction dans la monnaie unique avec des comptes falsifiés, réputés pour son laxisme fiscal et son inefficacité administrative, elle a déjà été secourue deux fois par ses partenaires. Désormais la coupe est pleine."

"La Grèce, ça suffit", écrit encore Dominique Seux dans Les Echos .

On le voit, la tentation est grande de les envoyer se faire voir chez eux, ces maudits grecs, ces as de la combine.

Figurez-vous qu'à Larissa, dans la Province rurale de Thessalie, il y a plus de Porsche Cayenne par habitant qu'à Londres ou New York. Beaucoup plus que de contribuables déclarant des revenus permettant de se payer une telle voiture. L'histoire est dans Le Parisien .

Des histoires comme celles-ci, on en a lu des dizaines dans la presse ces derniers mois. Et la députée européenne Sylvie Goulard est inquiète, elle le dit dans La Croix : "on est train de radicaliser les opinions publiques les unes contre les autres. Bien sûr les gouvernements grecs ont commis de graves erreurs mais la société grecque est redoutablement frappée."

Dans ce contexte il y au moins un éditorialiste pour approuver l'appel au peuple de Papandreou.

C'est Daniel Ruiz dans La Montagne . "Enfin un vrai démocrate ! Il a le courage de se mettre en danger pour valider par la légitimité populaire une rigueur toujours accrue."

Conclusion à Nicolas Demorand dans Libération : "De la pire des manières, dans le pire contexte, avec les pires conséquences possibles pour nous tous, Papandréou soulève la seule vraie question. Totalement taboue et même refoulée jusque là. Impossible à formuler tant elle est vertigineuse, terrifiante pour ceux qui nous gouvernent. Cette question simple : que pensent les peuples de la brutale cure d'austérité qui va s'abattre sur eux ?"

Quoi d'autre dans la presse ?

Coup d'œil à la couverture de quelques hebdomadaires...

L'Express : "Marine le Pen, secrets de famille". Extraits du livre du journaliste Romain Rosso

Télérama : "Et s'il n'y avait plus de librairie ?" On en reparlera peut-être demain.

Et puis le numéro qui vaut des ennuis à Charlie Hebdo , dont les locaux ont été incendiés hier. Après la victoire des islamistes en Tunisie et la place faite à la Charia en Libye, Charlie se rebaptise Charia Hebdo . Caricature de Mahomet en couverture, qui promet "100 coups de fouet si vous n'êtes pas mort de rire." Je vous en parlais déjà hier.

A la Une du Canard enchainé , le chœur des Européens, "On s'est fait Papandréouter"

Retour à la Grèce justement pour finir.

Et si l'explication du coup de Jarnac des dirigeants grecs était à chercher dans leur épuisement ? Des mois qu'ils sont sur le pont. Un encadré du Monde laisse deviner à quel point ils sont à bout physiquement. Hier le ministre des Finances a été hospitalisé. Douleurs à l'estomac. Un conseiller du Premier Ministre a fait un infarctus après le sommet européen du 23 octobre. Un autre de ses proches a été mis au repos d'office. Hypertension.

Décidément, Athènes fait de la mauvaise Grèce en ce moment.

A demain !

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