Kamala Harris est célébrée par Elle, et par Megan Rapinoe dans l'Equipe, mais Society se souvient de son action comme procureur en Californie, où elle opposant le silence aux injustices.. Libération raconte l'épopée des Tacos. Marianne invite Pascal Quignard à nous raconter ses voyages dans la langue.

Jeune fille judoka (image d'illustration)
Jeune fille judoka (image d'illustration) © Getty / Mark Leibowitz

On parle d'une brute...

Une brute masculine et musclée vêtue d'un kimono qui pour s'amuser étouffe des jeunes femmes sous son poids sous sa force et les étrangle et les écrase jusqu'à l'évanouissement et les laisse meurtries, le visage brûlé par le frottement du tissus... Parfois aussi, la brute vient la nuit dans le lit d'une adolescente à la faveur d'un stage, ou bien la brute viole une fille de 13 ans qui rêvait de devenir une championne et lui faisait confiance, un entraîneur d'élite, il la viole le dimanche dans sa voiture après être venue la chercher chez ses parents pour l'entrainement, ou bien à la salle où ils sont seuls, il appelle cela "un randori calin".

On parle de cette brute en kimono dans le  Parisien, qui rend publique une longue enquête sur des bas-fonds du judo, les agissements de brutes qui jouaient et jouissaient de leur force.. et voilà une autre déclinaisons de ces affaires qui régulièrement percent le silence, êtes-vous blasés  par ces histoires de femmes qui ne peuvent plus embrasser adulte un homme après avoir subi... Ou bien chaque nouvelle tragédie est-elle unique ? Le Parisien ne pousse même pas à sa Une son enquête, mais il a tant à faire dans l'actualité, un sondage qui nous dit qu'à 71% nous sommes prêts à admettre un Noel confiné ou cette photographie de Samuel Paty si beau, qu’on trouve aussi en Une de la montagne de l'Echo républicain, de l’Yonne républicaine...   Les judokates violentées pansent leurs plaies en pages intérieures.   

Mais il n'est pas que des femmes victimes, d'autres sont puissantes  se battent, celles de ce matin me viennent d'Amérique à la veille d'une élection. Elles sont ces féministes flamboyantes et drolatiques qui se font appeler "les sorcières", qui usent de militantisme et de magie pour chasser Donald Trump par conviction et par incantation. C'est une histoire baroque et idéologique, sur Slate. 

Sur le site de l'Equipe, la footballeuse Megan Rapinoe, brillante et tendue, ne désespère pas de convaincre son père de voter Biden, même s'il ne l'aime pas... Rapinoe trouve de l'espérance dans la figure de Kamala Harris, cette femme de couleur  que Biden a choisi pour devenir sa vice-présidente... 

Et s’il est une femme puissante, c'est bien elle,  Kamala Harris.. Elle fait la une de Elle qui l'admire en réformiste radicale et en femme sans enfant, les Echos racontent son université de jeunesse, Howard, une faculté près de Washington surnommée le Harvard noir, voué à l’émancipation et à l'excellence, Elle décrit une sororité née à Howard, ALPHA KAPPA ALPHA une association d'anciennes étudiantes qui formerait un puissant lobby de puissantes africaines-américaines, capable de porter la puissante Kamala au pouvoir...  

Mais les belles histoires gagnent à être nuancées. Society, excellent, raconte une autre facette de Kamala Harris, femme de pouvoir cynique, qui fut procureur générale en Californie et laissa passer des bavures, des morts perpétrées par la police, de fausses accusations, dont des hommes noirs étaient les victimes... Nous savons qui elle est,  dit-on dans ce reportage, une femme qui répondait par le silence à l'injustice... Et pourtant parmi ceux qui savent on votera pour elle le plus souvent, même Jamal Truelove que Kamala Harris regardait en souriant le jour où la justice l'envoya en prison pour un meurtre qu'il n'avait pas commis, il sait cet homme noir sa priorité dans un monde imparfait...    

On parle aussi d'un dilemme français...

Et c'est une phrase de Megan Rapinoe dans l'Equipe, qui me ramène à nous: parlant de son pays, la sportive cite l'écrivain James Baldwin: "J'aime l'Amérique plus que tout autre pays dans le monde et,précisément pour cette raison, j'insiste sur le droit de la critiquer à perpétuité."   

Pourrions nous pourrions dire cela également citoyens d'un pays blessé? Megan Rapinoe voudrait que notre Kylian MBappe devienne militant, il pourrait changer le monde, y croit-on? En attendant Kylian, la France est splendidement dite dans une forte tribune publiée ce week-end sur le site du Monde par des intellectuels musulmans, emmenés par  le recteur de la grande mosquée de Paris Chems-eddine Hafiz... Les signataires s'insurgent contre le boycott que subit la France, ils donnent au Coran la possibilité d'une lecture progressiste et laïque: « Croira qui voudra et niera qui voudra ». Mais ils  citent aussi le philosophe Alain, figure de la république jadis, pour nous rappeler à la tolérance fraternelle: « Ne vouloir faire société qu'avec ceux qu'on approuve en tout, c'est chimérique, et c'est le fanatisme même. » C'est un bonheur pour un pays de nourrir des intelligences...  

A propos de fanatisme, je trouve dans le Monde une histoire qui vient du Canada, juste à côté des Etats-Unis, et qui fait echo à nos disputes. En septembre dernier, dans un cours qu'elle donnait à l'université d’Ottawa, une prof d'histoire et théorie de l'art nommée Verishka Lieutenant-Duval expliqua à ses étudiants le concept,de  « resignification subversive », quand une injure est revendiquée et retournée par une communauté opprimée... Ainsi le mot queer,  insultant à l’origine pour les homosexuels repris par la communauté LGBT, ou le mot nègre, nigger détourné par des artistes de la communauté afro-américaine.  Pour avoir dit "Nigger"   la prof a été suspendue et les étudiants choqués pourront ne plus suivre son cours... On se déchire autour d'elle, ceux qui la défendent sont taxés de racisme et pensent avec effroi parfois à notre Samuel Paty... Une femme politique, patronne du parti Libéral, refuse qu'on raye un mot du lexique, sinon comment enseigner l'histoire, elle s’appelle Dominique Anglade, elle est noire n est-ce pas plus simple... Est-ce loin de nous?   

Et on parle enfin d'identité...

Et de mémoire, elle est souvent blessée, comme la mémoire bretonne quand le Télégramme rappelle  l'odyssée de soldats bretons recrutés pour combattre le Prussien en 1870 et qui furent abandonnés dans un camp insalubre  et puis envoyés au feu mal armés, mal entraînés, mal équipés... Les dire leur rend justice...  

Mais l'identité est aussi joyeuse, et même goûteuse et allez donc saliver dans Libération qui raconte comment le Tacos, ce sandwich faussement mexicain mais pleinement français, une sorte de panini garni de viande, de frites et de sauce fromagère, avec aussi parfois de la tchoutchouka, fut inventé en Rhône-Alpes, pour la gloire première de Vaulx-en-Velin, puis de Grenoble, ça grésille et cela raconte aussi notre pays de nourriture urbaine, de viande halal aussi, et de mémoires...  

Comme la France est plurielle, vous la compéterez d'un superbe entretien que publie Marianne avec l'écrivain Pascal Quignard, dont le grand père avant 14-18 allait dans les campagnes ardennaises avec un phonographe porté par un âme pour enregistrer nos patois...  Quignard,, en digne petit-fils, arpente notre langue de ses lectures et écritures il évoque "l’expérience difficile, infinie géniale dangereuse" de la littérature. Il dit: "Je veux me perdre dans quelque chose de plus grand que moi"... 

Le tacos, lui, est plus gras, c'est parfait aussi.

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