Titre : mouvements et craquements

Chapô : les 150 ans du National Geographic - quand le président se fâche - des Roms bien intégrés- le chapeau neuf du pape - Jefferson reviens ! - 400.00 emplois non pourvus - agent immobilier à Cuba - un champ de navets

(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : mouvements et craquements

(Bruno Duvic) C'est une magnifique photo d'agonie. Sur une plage islandaise, un bloc de glace luisant au clair de lune. Il est échoué dans une lagune formée par un glacier en train de reculer. Il va fondre.

"Les glaciers sont des bêtes féroces (...) Ils respirent (...) ils se déplacent (...) ils luttent. Avant la révolution industrielle, on les redoutait comme des loups." Aujourd'hui, ils respirent difficilement, comme ces grands animaux sauvages en voie de disparition.

Images de la planète, trésors menacés. Cela fait 150 ans que les reporters du National Geographic les observent avec une infinie patience. Un siècle et demi d'existence, donc, pour l'édition américaine. Mais l'anniversaire est célébré aussi dans l'édition française du mois d'octobre.

A l'heure où le Giec alerte une fois de plus sur le réchauffement de la planète, les images et les mots de cette revue mythique sont à la fois chaleureux et glaçants. Pour les glaciers, photos de James Balog, texte de Robert Kunzig. Beaucoup d'autres choses dans ce numéro et en couverture, l'une des images les plus célèbres publiées dans le magazine : la petite afghane au foulard rouge et aux yeux verts.

En moyenne, un reporter du National Geographic possède quatorze appareils photos. Il faut bien cela.

Il n'y a pas que les glaciers qui craquent...

Les nerfs aussi... "Longtemps, François Hollande s'est couché de bonne humeur." Mais dans L'Express , Marcelo Wesfreid, qui a trouvé cette jolie formule décrit un autre personnage que le bonhomme à petites blagues souvent présenté. "Quand le président voit rouge". Depuis un an et demi, il est gagné par une exaspération qui fait vaciller sa jovialité légendaire. Les couacs au gouvernement, les fuites dans la presse... Alors que l'autorité du chef de l'Etat est mise en cause dans les journaux, c'est un Hollande aux colères froide qui apparait dans cet article.

Des propos foudroyants lâchés à huis clos, des mots ciselés, des petites balles : "Vous ne servez à rien" envoyé à un conseiller. Une demi-heure de tête à tête avec Jean-Marc Ayrault le jour du bug sur la pause fiscale. Et un président d'une humeur massacrante lors de la réunion qui suit.

Il faut dire que François Hollande a dû avaler quelques chapeaux à double fond depuis qu'il est à l'Elysée. L'affaire Cahuzac par exemple. L'Express décrit le climat lors de l'allocution présidentielle qui suit les aveux du ministre. Projecteurs installés à la va-vite au rez-de-chaussée de l'Elysée, les collaborateurs ont quitté leur bureau pour assister à l'enregistrement. Du monde, de la tension et un président qui n'arrive pas à se concentrer. "Sortez tous" : il est resté un caméraman et le technicien chargé du prompteur. C'est le président lui même qui a donné le top départ de l'enregistrement.

Parmi les dossiers qui provoquent des craquements au gouvernement : les Roms

Et dans Ouest France , sous la plume de Thierry Ballu, l'histoire d'une famille Rom très bien intégrée, dans la région nantaise. Si l'on devait généraliser cette histoire, on en conclurait qu'il faut du temps et davantage compter sur les bonnes volontés que sur les pouvoirs publics.

La photo d'abord. Vasile, Adela, leurs quatre enfants et un coule d'amis posent devant la maison qu'ils viennent d'acheter. Ils ont quitté la Roumanie en 2003. L'histoire commence entre hébergements d'urgence, nuits passés à la rue et petits vols pour se nourrir.

Le couple d'amis c'est Yves et Marie-Jeanne. Il est menuisier, elle anime la paroisse locale. Ils ont hébergé cette famille pendant sept ans. L'école public n'acceptait pas les enfants, les parents étaient sous le coup d'une reconduite à la frontière. L'école privée les a acceptés. Les profs ont pris sur leur temps pour les intégrer.

Cours de Français pour les parents : 20 kilomètres aller-retour à deux sur un vélo pour s'y rendre.

Autre personnage clé, un ancien ouvrier, Patrick Philippe, aujourd'hui à la tête d'une société de travaux publics. Un jour il croise Vasile dans une déchetterie.

" - Pourquoi tu ne cherches pas un vrai boulot ?

  • Je ne demande que ça."

Banco, le Patrick en question se fade les tracasseries administratives et intègre Vasile dans son entreprise. Sept ans après son arrivée, la famille a une Volvo d'occasion et une maison à crédit. Ils sont devenus des bourgeois endettés.

D'autres Roms... Ils vivent du système D à la marge. Dans Charlie Hebdo, reportage en dessin de Riss sur ce drôle de marché entre les portes de Montreuil et de Bagnolet à Paris. On y vend les objets trouvés dans les poubelles durant la semaine. Embouteillage de poussettes, de fripes et de vieux matériel déglingué. Un dessin et sa légende parmi d'autres : un vieil arabe qui ne comprend pas le rom marchande avec un Rom qui ne comprend par l'arabe. Reste le langage des signes.

Une vieille institution en mouvement

Et voilà un pape qui plait à Libération ! François 1er en couverture. Bravo à celui ou celle qui a trouvé le titre : "Le chapeau neuf du pape". "François sort l'église de sa bulle".

Qu'a-t-il changé réellement, ce pape si fort en communication ? Pour l'instant, un climat répond Libé . Et ce n'est pas rien. Dans les priorités affichées, la morale sociale a remplacé la morale tout court. La réforme de la curie a commencé. Le discours sur le capitalisme, "euthanasie silencieuse", a été remarqué.

Et sur la place des homosexuels, des femmes ou l'ordination des prêtes, pas de changement profonds à attendre mais quelques mouvements. Des accommodements par exemple pour les couples divorcés dans l'église ou un appel à une théologie de la femme.

L'Eglise ne se réformera pas en six jours avec repos du dimanche le septième. Mais des gestes concrets changent déjà les choses : le pape a supprimé le titre honorifique de "Gentilhomme de sa sainteté". Le dernier tenant de ce titre a été arrêté pour avoir détourné 10 millions d'Euros.

Une autre institution craque en ce moment. La démocratie américaine. Beaucoup d'articles sur le « shutdown » dans la presse. "Bricobama fermé tous les jours, même le dimanche", titre Le Canard Enchainé . Le journal L'Opinion fantasme sur un « shutdown » à la française pour qu'enfin le sujet de la dette soit vraiment mis sur le tapis. Le Monde déplore la disparition de cette république à l'Américaine qui savait réformer par le compromis. "La démocratie américaine d'aujourd'hui fait honte aux pères fondateurs" des Etats Unis. "Jefferson, réveille toi, ils sont devenus fous !"

Quoi d'autre dans la presse ? Le chiffre du jour

400.000. 400.000 offres d'emploi non pourvues en France. Plus précisément, des recrutements abandonnés faute de candidats. Estimation du Conseil d'orientation pour l'emploi dans Les Echos

Le métier du jour

Dans Le Figaro . Agent immobilier à Cuba. Le métier est désormais autorisé. Un signe de plus de l'ouverture du régime.

La bactérie du jour

A la Une de La Provence . Un germe provoque de graves infections digestives dans les maisons de retraites de la région. Déjà 3 morts à Marseille.

Le légume du jour

Le navet ! Double page amusante du Figaro sur des films sortis aujourd'hui ou dans les semaines à venir. Ils ne trouvent pas grâce aux yeux du journal : "Un champ de navets". Je vous laisse découvrir quels films correspondent au navet à l'anglaise, fumé, trop cru, à la normande ou à la vapeur.

Navet qu'il faut distinguer du nanar selon Eric Neuhoff. Le second est fumiste et bon enfant quand le premier est prétentieux et snob. Paroles de distributeurs de films qui essaient de cacher la misère.

Parole aussi au critique gastronomique du Figaro. Défense du navet. C'est "Le bel indifférent, adoucisseur de recettes, un tempéré. Il popote tranquillement (...) il est d'une nature docile. Ce qu'il affectionne le plus, c'est mettre en valeur les autres : un pot-au-feu, des tagliatelles, un poisson du lac (...) S'il apprenait qu'on qualifie de la sorte un piètre fil, (le navet) ne hausserait à peine qu'un sourcil. Car le navet va."

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