(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : déjà demain

(Bruno Duvic) La femme d'aujourd'hui porte un pull camouflant. Celle de demain, un petit haut sans manche zippé à la naissance de la poitrine.

Le magazine Marie Claire fête ses 60 ans avec une double couverture en kiosque samedi. Réflexion offensive sur la femme de demain : oui elle sera puissante ! Pour demain, Marie Claire veut une femme présidente, une mariée yéménite majeure et amoureuse, une papesse, une saoudienne en mini-jupe, une coach pour les bleus et une petite fille indienne qui serait désirée par ses parents qui ne rêveraient plus seulement d'avoir un garçon. Qu'est-ce qu'une femme puissante ? Réponse d'une pléiade de personnalités. "Elle ne s'excuse pas de la place qu'elle prend" répond la chanteuse Christine and the queens.

Il y a quelques jours, Tahar Ben Jelloun disait au micro de France Inter que l'évolution du statut de la femme serait le meilleur baromètre de l'évolution des pays arabes. Il y a du chemin, à lire cet article de Courrier International . Une femme algérienne raconte le sort qui attend l'audacieuse qui ose prendre le métro passé 20 heures à Alger. Habillée tout ce qu'il y a de plus décemment. On lui demande carrément ses tarifs. « Femme ta place est à la maison ».

Le poids de la religion et des traditions dans le regard porté sur les femmes... Le poids de la religion aussi dans le débat public à travers les Unes de la presse... A la Une de Courrier International : « Athées leur chemin de Croix ». Vivre sans religion devient de plus en plus difficile. Enjeu Les Echos : Saint Patron, le pape comment il réforme le Vatican.

La religion, La Croix en suit l'actualité, entre autres rubriques depuis le 16 juin 1883. Numéro 40.000 aujourd'hui ! Pour l'occasion, 40 personnalités réfléchissent elles-aussi autour du mot demain.

Ce peut être sombre comme le texte de l'écrivain Emmanuel Carrère : « Nous avons les moyens de nous autodétruire, il serait étonnant que nous ne les utilisions pas. »

Un pied dans le présent, un autre dans l'avenir : « Il faut se préparer à exercer les métiers qui n'existent pas encore », écrit le mathématicien Cédric Villani.

Résolu, comme la directrice général de l'Unesco : « L'histoire montre le pouvoir qu'a l'humanité de vaincre la maladie, de faire avancer la paix, les droits humains et les droits des femmes. » L'ancienne gouverneure du Canada plaide pour « les armes de construction massive ».

Le Cardinal Etchegarray : « Demain, la providence se lèvera plus tôt que le soleil. Réflexion de la romancière Maylis de Kerangal : « Demain excite les amants, galvanise les révolutionnaires, inquiète les politiques qui le convertissent en courbes à infléchir. Demain me rappelle que le temps peut-être un allié. Seuls les enfants se méfient de cet increvable. Aux adultes qui rusent en arguant de demain, ils répondent : maintenant ! »

Demain, en Grande Bretagne ?

Des cabines téléphoniques vertes ! Les rouges ne servent quasiment plus que pour le folklore. Hier à Londres au carrefour de Tottenham Court Road a été inaugurée la première cabine téléphonique peinte en vert. Panneau solaire et à l'intérieur non pas un téléphone à pièces mais des prises pour recharger votre portable. C'est déjà demain en Grande Bretagne. « L'élection commence ici », titre The Guardian à propos du discours de David Cameron au congrès des conservateurs à Birmingham. Discours violemment anti-européen. Le Figaro résume : « Cameron veut en finir avec la libre circulation dans l'Union Européenne ». Lemonde.fr ajoute : « Cameron veut sortir le Royaume uni de la cour européenne des droits de l'homme ». Promesse également de fortes baisses d'impôts. La presse populaire est aux anges : « Enfin un vrai Premier Ministre », titre le Daily Mail . Cameron inspire son parti en vantant les valeurs britanniques. Jeu de mots à la Une du Sun : « Here Cams the Sun ». « Cams » pour Cameron qui reprendrait là l'essentiel de ce que défend le Tabloïd.

La campagne a commencé en Grande Bretagne. En France aussi semble-t-il, à droite, tout au moins. « Et c'est une bonne nouvelle, écrit Guillaume Tabard dans Le Figaro , la place est plus importante qu'on pouvait le redouter pour le débat des idées.

C'est vrai qu'en ce milieu-fin de semaine, les éléments de projets se multiplient.

François Fillon ce matin sur France Inter. « Avec son plan drastique pour réduire les dépenses publiques, Fillon opte pour la rupture », titre Libération .

Nicolas Sarkozy dans Le Figaro Magazine , proposition choc : un nouveau contrat de 5 ans dans la fonction publique - pas plus de détail pour l'instant. Réserver dans la Constitution la PMA aux couples hétérosexuels infertiles et interdire la GPA.

Xavier Bertrand dans Valeurs actuelles , le premier à évoquer une abrogation de la loi Taubira sur le mariage et l'adoption pour tous. Sans revenir sur les adoptions ou les contrats signés entre temps. Mais aussi, Bruno Le Maire, Hervé Mariton.

Pour l'instant, relève Raphaël Legendre dans L'Opinion , le seul qui ne soit pas sorti des généralités, c'est Alain Juppé - ce soir peut-être sur France 2.

Un certain nombre de lignes de force apparaissent déjà, commente Guillaume Tabard : « On annonçait une course au centre c'est au contraire un consensus sur un réformisme économique assumé, une fermeté accrue en matière d'immigration, une défense renforcée de la famille. »

Pourquoi cet emballement ? Pression des électeurs, enjeu de crédibilité. « La droite est accusée de ne pas avoir tenu ses promesses quand elle a exercé le pouvoir, d'avoir manqué de courage. »

La droite qui traine encore pas mal de casseroles. Trois anciens cadres de Bygmalion mis en examen. Ils « renvoient la balle à l'UMP », titre Libé .

Préparer demain, c'est le rôle du budget, moment crucial de l'année politique.

Résumé de la loi de finances 2015 en titres de Unes :

« Les ministères mis à la diète » dans Le Monde

« Les impôts baissent mais tout augment », pour Le Parisien-Aujourd'hui en France - redevance audiovisuelle et prix du gazole notamment.

Même esprit à la Une du Progrès de Lyon : « Impôts en baisse, taxes en hausse ».

Le gouvernement est comme souvent coincé entre une droite qui la soupçonne d'incompétence et une gauche frondeuse qui l'accuse de trahison.

« Les coupes budgétaires plombent la France », titre L'Humanité . « Austérité, inégalités, dettes », pour Mediapart .

Les chiffres donnés hier par Michel Sapin sont-ils fiables ? Le plan d’économie déjà mis en doute, titre Le Figaro éco. Ce sont les failles du budget 2015 pour les Echos. L'Opinon parle carrément de mensonge d'Etat.

Résumé sous la plume de Jacques Camus dans les journaux du centre : « En voulant tenir les cordons de la bourse par les deux bouts (réduction des déficits sans augmentation de l'impôt), le gouvernement s'est condamné aux demi-mesures. C'est un budget emprunté, dans tous les sens du terme. »

Pas emprunté pour un sou : Gérard Depardieu

Les sous justement, Poutine, les origines modestes... De tout cela il est question dans une interview assez fascinante que Gérard Depardieu accorde au Point cette semaine.

Interview réalisée par Christophe Ono-Dit-Bio à l’occasion de la sortie d’un livre de mémoire, intitulé « Ca s’est fait comme ça ».

« Je voulais leur montrer comment était le grand-père. Et arrêter le n’importe quoi », dit Depardieu, à propos de ce livre.

  • Beaucoup de gens nous demandent de vos nouvelles. Or on apprend que vous êtes dans la Vallée de la mort aux Etats-Unis… On leur dit quoi ?

  • Tu leur dis que je vais impeccable, merci. Je suis à l’extérieur de tout ce merdier. Je ne vis plus là-bas

  • Là-bas, c’est comme ça que vous appelez la France ?

  • Vous dites dans ce livre : « Ce n’est pas moi qui abandonne la France, ce sont les Français qui s’abandonnent »

  • Oui, ils ont perdu leur bonheur, ils n’y croient plus. Ils ont même perdu leur ouïe, leur odorat, leur vitalité. C’est pour ça que je suis pas mécontent que les Bretons aient foutu le feu

(…) Je suis parti parce que j’avais l’impression qu’on allait me tondre. Je trouve ça normal de payer (des impôts) mais pas à des cons qu’ils pensent qu’ils font le bien. Il y a ici une haine de l’argent. Alors que je me fous de l’argent.

Depardieu parle de son père, « Le Dédé. On l’appelait comme ça parce qu’il ne savait écrire que deux lettres, le D de son nom et le D de Dieu »

Poutine ? « Il est comme moi. Il arrive de loin et personne n’aurait misé un sou sur lui quand il était gosse. Poutine a eu la vocation de la patrie, comme Kalachnikov. Bien sûr le KGB c’est un monstre noir, mais tous les services secrets sont des monstres noirs.

Depardieu qui voit la vieillesse arriver sans trembler : « Si on dit à quelqu’un ‘’Il vous reste trois semaines à vivre’’, c’est dur à avaler. Moi, tu peux me le dire, je n’accepterai jamais. J’ai même survécu aux aiguilles à tricoter de ma mère ».

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