Et l’actualité est tissée de sang et de fantômes…

Le sang de Marseille évidemment, c’est la Une de la Provence, le Choc, celle du Parisien, de Nice Matin, et puis les fantômes de Toulouse et Montauban, des 7 victimes de Mohamed Merah en 2012 que réveillent le procès de son frère …

Dans la Croix, dans la dépêche et dans le Parisien… On entend les voix fragiles qui tutoient les fantômes, les familles des disparus… « Je ne suis nulle part, ma petite est au ciel, Moi, je ne suis ni là-bas, ni ici. Je ne suis nulle part », dit dans la Croix Yacov Monsonego, directeur de l’école juive Ozar Atorah, dont la fille Myriam fut assassinée à 7 ans… Il survit pour « ”Construire” un maximum d’enfants»… la dépêche le décrit plongé dans les textes sacrés, « Il étudie, sans jamais se convaincre de ce qu’il vient de lire. Ce qu’il apprend est toujours remis en question», et l’on devine que chez cet homme la vérité se dérobera toujours…"

« Je me demande souvent où était le bon Dieu ce 19 mars », dit Samuel Sandler, dans la croix le père de Jonathan, le grand-père de Arie 5 ans et Gabriel 3 ans, qui avait encore une tétine dans la bouche…

Il y a dans ce qu’on lit une dimension spirituelle, tant Merah, a frappé des familles souvent pieuses. Albert Chennouf –le père du caporal Abel Chennouf, « porte haut sa foi chrétienne » lit-on dans la croix…

En Israel, Eve Sandler a ouvert un centre talmudique portant le nom de son époux.

En France, la famille du soldat Mohamed Legouad subit une double peine, c’est l’avocat de la famille, qui parle : « à la souffrance d’avoir perdu Mohamed s’ajoute le fait d’appartenir, en tant que musulmans, à une communauté de plus en plus stigmatisée ». Et Djema, la maman de Legouad et sa soeur radia voudront témoigner de l’islam paisible de leur frère.

On parle de Dieu, on survit parmi les hommes.

Le caporal-chef Loic Liber a survécu à ses amis Abel Chennouf et Mohamed Legouad. Il est tétraplégique. il parle dans le Parisien, de ses modestes victoires, il respire seul, il bouge un peu les épaules,

Mais il dit surtout ceci, Loic Liber, et c’est à entendre au moment où un procès démarre, qui ranime aussi Mohamed Merah. Il dit, Liber, qu’il ne veut pas prononcer le nom de son bourreau… « C’est un lâche. Son nom ne m’intéresse pas. C’est un type dégueulasse. » Et ce refus, on l’entend chez Latifa ibn Ziaten, la mère d’Imad, dans la dépeche… « J’ai le sentiment qu’on a oublié toutes les victimes et qu’on ne parle que de Merah. » Et chez Samuel Sandler dans la croix. « Privons de nom ceux qui nous ont privés de vie »

Mais comment lui obéir ?

L’attentat de la gare Saint Charles est l’autre sujet des journaux…

Et on est dans une horreur symétrique de Toulouse, des années avant le deuil inextinguible mais dans l’effroi –c’est le mot du Parisien- du premier sang…

On l’entend dans la Provence, le journal de Marseille … « Le ballet mortuaire observé à Paris, à Nice, s’organise ici, sur ce parvis qui surplombe fièrement Marseille, périmètre de sécurité, évacuation de centaines de visages hagards, pompiers s’acharnant en vain pour ramener à la vie. »

Le Choc est fait de la banalité de scènes d’horreurs …

Les journaux hésitent sur l’âge des deux victimes, elles seraient cousines, on n’est pas encore dans ce moment où elles peuvent être racontées…

On lit alors, la description de la panique, et aussi, en tournant les pages la cruauté involontaire de la vie qui reprend, qui n’a jamais cessé. Dans la Provence, on parle aussi d’une victoire l’OM contre Nice, quelle Remontada ou l’échec commercial de docks village, un ensemble commercial destiné à gentrifier la ville…

La vie… qui reprenait même gare st charles après le drame… « trois heures pour enlever les corps, ça va suffire, non », dit une passagère pressée de prendre son train, dans la Provence…

Il y a aussi les discours que le drame produit … « Que ces militaires anonymes de la force sentinelle soient remerciés », écrit le Parisien dans un éditorial, qui tire le drame vers les polémiques sécuritaires. « On entend parfois des voix s’élever pour dire que le danger est exagéré et que l’on vit dans un état policier, des voix qui pourraient réfléchir à se faire plus nuancées».

Curieusement, le parisien est corrigé par un autre éditorial dans la provence… Il s’appelle Résister. « Marseille devra s’engager sur la seule voix possible… résister à la peur, résister aux polémiques résurgentes sur l’état d’urgence par exemple, à forte valeur ajoutée pour les baromètres de satisfaction politique… » Ainsi un journal prend le deuil en essayant de ne pas en être dupe…

Le référendum catalan s’impose aussi dans les journaux…

Il est la Une de la Croix, la Une du Figaro, « les violences creusent le fossé entre Madrid et la catalogne », de l’humanité et de libération. « Le coup de force » pour libération, qui vise le gouvernement de Madrid… la une aussi de l’indépendant, le journal de Perpignan, « vote sous violence ». Le journal raconte en voisin le vote de rupture des communes de Portbou, Puigcerda ou Maçanet, de l’autre côté de la frontière, et dénonce la guardia civil qui « charge les gens de paix ». Libération et l’Indépendant accompagnent le mouvement catalan, le Figaro donne la parole aux défenseurs de Madrid… et curieusement, fait le lien entre le drame catalan et la grogne de nos régions contre le gouvernement Macron : en France on ne veut pas rompre avec Paris mais on a peur de l’abandon…

Dans l’opinion, Eric Le Boucher se désespère sur le triomphe de l’émotion irrationnelle, et s’interroge sur la victoire des identités, ces mauvaises passions enfouies… Nous vivons avec, au-delà de la Catalogne…

Et un témoignage dans l’équipe, enfin…

Le témoignage terrifiant d’un homme, Jean-Claude Buisine, stadier lillois qui a échappé à l’effondrement d’une barrière de tribune, samedi soir à Amiens. Il décrit ce que l’on fait aux supporters de football dans ce pays, parqués dans un espace réduit, une tribune bricolée, « on avait signalé que la grille bougeait », dit-il… et finalement gazés par les crs, après l’accident … et ce que des supporters se font aussi, cherchant un affrontement après le drame et l’ayant peut-être précipité en en se jetant contre le grillage… Tout ceci est étrange au temps du deuil ? Nous parlons des passions mauvaises.

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